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Plus sombre, violent et mélancolique, l’univers d’AqME explore toujours plus loin ce qu’il y a d’obscur en nous. Une évolution gravée dans les sillons des derniers disques sortis par le combo dont le line-up a été modifié récemment. C’est par téléphone qu’Etienne, batteur du groupe, répond à nos questions…
C’est la quatrième fois que vous bossez avec Daniel Bergstrand. Comment se déroule une journée type en studio?
Ça commence à la machine à café. On fait la queue pour avoir un expresso et après seulement on démarre la journée (rires). Non, il n’y a pas de journée type avec Daniel, cela dépend de ce que l’on a à faire. Par moments, c’est lui qui nous veut seuls sur nos prises pour améliorer ce qu’on a déjà fait. Par moments, c’est nous qui souffrons dans la cabine d’enregistrement pour arriver à faire quelque chose digne de ce nom… C’est surtout beaucoup de boulot, beaucoup d’heures supplémentaires car il faut de toute façon que cela soit prêt à la fin, vu que nous sommes en Suède, sans parachute de secours. C’est une période de temps donnée où il faut avoir terminé absolument. Donc il n’y a pas d’heures : on donne tout tant qu’on peut !
Est-ce que la manière de travailler avec lui a évolué au fil des albums ?
Non, cela n’a pas évolué mais cela se passe beaucoup mieux au niveau relationnel qu’à nos débuts. On se connait bien mieux, on connait nos forces et nos faiblesses, les défauts de chacun. Humainement, on s’apprécie donc on est capable d’éviter de se prendre la tête sur certains trucs alors que par le passé cela nous était arrivé, sur des choix, etc… Pour lui, aujourd’hui, bosser avec AqME, c’est comme bosser en famille ! Cela se passe toujours bien et comme on est de concert avec lui, on peut tester bien plus de trucs. Et c’est vraiment une position agréable de travail parce que pour moi il n’y a rien de pire que de partir toujours avec le même producteur pour avoir le même résultat. Nous partons toujours avec Daniel parce qu’on sait que le résultat sera bon et professionnel, mais aussi parce qu’avec lui on sait qu’on testera de nouvelles choses. Ce nouvel album change déjà vraiment des précédents, rien qu’au niveau son et direction artistique.
Comment pourrait se traduire l’évolution d’AqME musicalement ?
L’évolution existe depuis le début. Nous n’avons jamais fait deux fois le même disque. J’ai surtout l’impression que plus on vieillit, plus on devient méchant (rires). Le passage à l’âge adulte ne nous adoucit pas. La plupart de gens se calment, mais nous c’est le contraire. La vie nous durcit. Nous étions un peu habités par certains trucs qui correspondaient bien sûr à notre période post-adolescente aux débuts d’AqME. Ces démons là-passés, il a fallu se tourner vers d’autres problèmes car la vie ne nous a pas épargné et c’est ce qui est ressorti sur les derniers disques. Et nous sommes plus durs, clairement. Aussi bien dans le fond, au niveau des textes, que dans la forme, au niveau musical.
Et justement, en ce qui concerne les textes ?
C’est essentiellement Thomas qui s’en occupe, avec notre regard critique, ou pas d’ailleurs (rires). On lui fait part de nos commentaires et on essaie de l’aider, mais c’est clairement lui qui fait la grande partie du boulot. Et on fonctionne de la même manière au niveau de la musique. Mais globalement, on est du même avis. Il n’y a pratiquement pas eu de grosses divergences sur cet album, une véritable osmose !
Quelle est la signification d’Uppe Pa Berget’, le dernier titre?
Tout d’abord, c’est en rapport avec mes origines suédoises. J’y suis très attaché et aujourd’hui les autres membres d’AqME le sont aussi devenus au fil des enregistrements là-bas. La traduction c’est : Là-haut dans la montagne. Quand je disais que la vie ne nous a pas épargné : mon frère est mort en février passé dans une avalanche. Cela fait mal à chaque fois que j’en parle, mais il y a certaines choses qu’il faut expliquer dans le disque et cela en fait partie. Avec les samples de villes, de gens qui passent, qui discutent, cela représente la solitude que l’on peut ressentir sur terre quand les autres sont partis. Les autres sont là-haut dans la montagne et nous nous restons dans nos villes tout en bas et ce n’est pas parce qu’il y a plein de gens autour de nous que nous ne sommes pas seuls. La solitude dans les grandes villes est terrible. C’est un titre que, personnellement, je n’arrive pas à écouter. Il m’a été envoyé par notre nouveau guitariste, quelques jours après la mort de mon frère, et on s’est dit que c’était le minimum que l’on pouvait faire pour lui sur le disque. Il s’est rajouté à la tracklist, pour le symbole. On a toujours un peu obsédés par la mort mais le fait de la croiser sur notre chemin est une autre affaire.
Vous avez proposés des vidéos sur DailyMotion pendant la production de l’album. Qui avait eu l’idée et comment trouvez vous ce contact avec les fans?
Nous avons toujours été très proches de nos fans mais sans révéler notre intimité. Nous gardions un peu ce côté secret, mystérieux. Cette fois-ci, avec la venue d’un nouveau membre, nous avons décidé de passer par Twitter et DailyMotion pour ouvrir nos portes et communiquer à fond sur ces nouveaux médias. Créer un peu le buzz autour du disque finalement. C’est un ami qui m’a balancé que nous étions vraiment absents de la toile et que c’est là que cela se passe aujourd’hui. Alors, on s’est dit que s’il fallait, autant y aller à fond ! Nous avons quand même décidé quoi publier, pas trop révéler non plus, rester focalisé sur la musique avec les séances d’enregistrement par exemple. C’est motivant aussi parce que ce sont des choses nouvelles et cela nous occupait aussi pendant les temps morts.
Comment s’est passé l’intégration du nouveau guitariste Julien et le départ de Ben?
Le départ de Ben s’est fait en novembre 2008. On a appelé de suite Julien car on savait déjà que Ben allait partir et nous le voulions absolument pour le groupe. Pour nous c’était lui ou personne. Et son intégration s’est très bien déroulée.
Vous le connaissiez déjà ?
Oui, cela fait quinze ans que nous le connaissons. Nous savions très bien qu’il avait le profil idéal pour le groupe et qu’il pourrait apporter tout ce que nous attendions : fraicheur, jeu de guitare, un vrai coup de boost finalement ! Autour de nous, nous n’avions vraiment aucune idée de quel musicien prendre à part lui. Cela s’est fait le plus naturellement du monde, le courant est passé direct. On a tout de suite pondu des morceaux. J’en avais déjà dans mon stock dont je savais que le style ne correspondait pas à Ben et que je pouvais alors sortir aux autres et à Julien, qui m’ont tous dit : Banco, allons-y ! On a donc commencé à bosser sur les morceaux que j’avais et Julien est arrivé avec ses idées neuves, et cela a donné un beau mélange !
Est-ce que cela explique une présence plus soutenue des guitares sur le disque par rapport aux précédents albums?
C’est à la fois grâce à sa venue et au départ de Ben, l’un ne va pas sans l’autre évidemment. Cela nous a libérés, car nous avions certains compromis artistiques. Ben était moins orienté metal et, au bout d’un moment, les compromis ça va bien, mais pour pouvoir avancer, il faut aussi savoir s’en affranchir. Nous n’avions donc plus envie d’en faire, lui comme nous d’ailleurs, d’où nos chemins séparés désormais. Cela nous a tout d’abord libérés, puis l’arrivée de Julien nous a confortés dans nos certitudes. Une démarche tout d’abord au sein du groupe, puis une arrivée extérieure qui remet tout en question, avec une mise en commun de nos envies.
Une idée de setlist qui se dessine?
Très vaguement. Nous allons jouer un maximum de titres de ‘En l’honneur de Jupiter’, c’est sûr. Nous ne nous sommes jamais reposés sur les anciens titres. C’est clair qu’il y a les classiques mais dans l’ensemble, ce sera orienté sur le dernier album.
Tu as un side-project comme les autres membres du groupe, comment arrives-tu à gérer autant de travail?
AqME est vraiment le seul groupe dont nous nous occupons actuellement. Les projets parallèles, cela vient presque toujours de frustrations ou de déséquilibre. On ne se sent plus épanouis dans ce que l’on fait. C’était sans doute le cas à l’époque, pour moi, quand j’ai créé Grymt. Mais aujourd’hui, nous sommes tellement heureux dans ce que nous faisons au sein d’AqME que les projets parallèles sont complètement en sommeil. Pour Grymt, le but était seulement de sortir un album, terminé. Cela m’a par contre beaucoup apporté au niveau technique et j’ai pu apporter cette expérience au sein d’AqME. Mais cela n’a jamais remis en cause l’existence d’AqME.
Avec dix ans de carrière, quel serait le bilan pour AqME?
Il y a de quoi être fier ! Nous avons toujours tracé notre propre route, sans compromis. Le côté négatif, par contre, c’est que la scène metal française va moins bien que par le passé. Je suis content que certains mauvais groupes, à mes yeux, aient disparus mais cela reste difficile pour les groupes qui arrivent et ceux qui sont encore là : Lofo, Mass et nous. Il faut vraiment relancer l’engouement pour cette scène auprès du public parce qu’on sent que c’est un peu le creux de la vague.
Quels sont tes coups de cœur musicaux du moment?
Pas mal de bons trucs ces temps ! Le dernier Poison the Well est excellent. Celui de Megadeth aussi. Un vrai bon disque, d’un bout à l’autre. Pour moi, c’est le seul groupe de thrash des Big Four qui continue à sortir de bons disques. Déçu par contre du dernier Slayer. Je suis un fan extrême et absolu donc sans pitié. Ils ne se foulent plus beaucoup il faut dire : trois notes, un riff, ça va vite et les gens sont contents. Je suis un peu méchant mais quand on voit ces musiciens aussi talentueux, on est en droit d’attendre un peu plus d’eux, un regard un peu plus critique sur leur travail de leur part. Et sinon encore le dernier Alice In Chains !
Pas de date prévue
Gagne une copie de l’album « En l’honneur de Jupiter » en écrivant à concours@daily-rock.com et en répondant à la question suivante : Comment s'appelle le nouveau guitariste du groupe?
FICHE CD
Nom de l’album : En l’Honneur de Jupiter
Label : At(h)ome/Disques Office
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