scorpions

Il y a cinq ans, le trio Meine/Schenker/Jabs annonçait à grand fracas une tournée d’adieu. En 2015, les contribuables de Hanovre publient un dix-neuvième recueil de nouvelles sonores et fêtent un demi-siècle d’existence. Le sympathique chanteur exulte.

 

Le titre du disque semble se référer à la fois au passé et à l’avenir du groupe. Comment doit-on le comprendre?

Klaus Meine: Tout est ouvert, c’est une fin sans en être une. Vous ne savez jamais ce que la vie vous réserve. Tout au long du «Farewell Tour», nous avons redécouvert la passion, l’énergie, la créativité. Nous adorons ce que nous faisons et ne sommes pas prêts de nous arrêter. En 2010, une question s’était posée à nous: «Comment pouvons-nous continuer à ce rythme?» Alors nous nous sommes dit qu’il serait judicieux de terminer sur une note élevée et avons annoncé, en toute honnêteté, que la tournée à venir serait la dernière. A la fin de celle-ci, nous avons réalisé que nous ne pouvions pas nous séparer, que Scorpions s’était construit sur l’amitié. Nous avons alors commencé à bosser sur d’anciennes ébauches de chansons qui dataient des années quatre-vingt avec Mikael Nord Andersson, le producteur suédois de «Sting in the Tail» et «Comeblack». En 2013, nous avons mis tout cela de côté pour pouvoir nous consacrer au projet «MTV Unplugged: Live in Athens», à la suite de quoi nous nous sommes remis à travailler sur ces démos. Nous avons évidemment composé de nouveaux titres pour créer un équilibre. Ce disque est le fruit d’un processus qui s’est déroulé sur ces deux ou trois dernières années.

Que nous réserve donc Scorpions pour son cinquantième anniversaire?

L’année dernière, Rudolf a retrouvé un vieux livre. Il s’agit du journal intime qu’il tenait à l’époque. Il datait de 1965, date à laquelle le groupe a fait ses débuts. Ce fut un sentiment inexprimable. Ajoutez à cela le fait que nous sommes demandés partout dans le monde et vous aurez la réponse: nous allons tourner de manière intensive. C’est tellement difficile de dire non quand vous êtes autant sollicités. Il y a une nouvelle génération de fans, notamment des jeunes, qui veulent voir Scorpions en concert. Tenez, nous avons 6 millions de fans qui nous suivent sur Facebook ! Tous les soirs, il y a plein de jeunes qui viennent à nos concerts et qui nous demandent quand nous reviendrons. Nos concerts sont devenus un rassemblement de trois générations. C’est un privilège que d’avoir une telle audience globale.

Votre motivation est donc intacte?

Nous sommes passionnés comme au premier jour et excités à l’idée de poursuivre l’aventure. Nous venons de nous produire pour la première fois en Chine. Il y a de nouveaux territoires à conquérir. Nous aimons ce que nous faisons et sommes reconnaissants de pouvoir faire ce que nous aimons. Les groupes de rock’n’roll vieillissent, c’est vrai. Mais Aerosmith, AC/DC, Motörhead et Scorpions sont toujours là, parce que tous prennent encore du plaisir.

En 1965, quels sont les groupes qui vous ont donné envie de faire de la musique?

Pour ma part, c’était clairement les Beatles, tandis que Rudolf était plutôt attiré par les Stones. Mais il y avait aussi Led Zeppelin, les Who, les Beach Boys, et les Kinks. Lorsque j’ai vu les Kinks pour la première fois à Hanovre, je les ai trouvés géniaux. Les voir chanter «You Really got me» a été très inspirant. Toute cette musique qui nous venait du Royaume-Uni, c’était magique ! Aujourd’hui encore, quand je compose des chansons, je sais que tous ces groupes continuent de m’influencer. Le fait que certains d’entre eux sont encore en activité est incroyable. A ce propos, l’année dernière à Berlin, je suis allé voir les Rolling Stones. J’y ai vécu un moment inoubliable en compagnie de Steven Tyler et Joe Perry. A un moment donné, Steven s’est écrié: «Dire que Mick Jagger a septante ans ! Et moi qui ai 66 ans !» C’est alors que j’ai répondu: «Moi aussi j’ai soixante-six ans ! » Nous avons tous les trois éclaté de rire ! Mick Jagger reste un frontman hors pair. Et quand il a fait semblant d’entonner «Wind of change», j’en ai été ému.

A votre âge, que faites-vous pour conserver votre forme physique?

Lorsque nous ne sommes pas en tournée, je me rends à un centre de fitness une à deux fois par semaine. Je suis trop occupé pour y aller davantage. Cet entraînement est nécessaire, car tourner est très éprouvant physiquement, cela demande beaucoup d’énergie. Il faut être en excellente condition. J’essaie d’avoir un bon équilibre de vie, de tout faire pour rester en bonne santé.

Lors de votre prochain passage à Sion le 18 juillet, Gotthard assurera votre première partie. Avez-vous des contacts avec le groupe?

Nous les connaissons, mais n’avons jamais été très proches d’eux. Nous nous sommes rencontrés en tournée, bien sûr, et avons partagé un souper en commun à Zurich il y a quelques années. J’ai été très triste d’apprendre la disparition de Steve Lee, c’était un chanteur exceptionnel. Cette période a dû être très pénible pour le groupe, qui s’est décidé à aller de l’avant. Nous avons perdu plusieurs amis ces dernières années. Cela nous fait réfléchir et apprécier ce que nous vivons à présent.

Le business de la musique a beaucoup changé. Un coffret limité de «Return to Forever», contenant en outre une photo signée, un T-shirt et un 45t au format vinyle, sera commercialisé à un prix modique. Que pensez-vous de ces groupes qui vendent des «Meet & Greet» à prix d’or?

Ces tickets très onéreux qui permettent de rencontrer des artistes constituent un business très lucratif, aux Etats-Unis en particulier. En achetant un billet de concert, vous avez le choix entre de multiples packages. C’est une tendance qui se développe grandement aux Etats-Unis. Ces groupes prennent de l’argent aux fans. C’est une chose insensée, très américaine. Nous faisons tout pour rester aussi proches que possible de nos fans, mais n’allons certainement pas en faire un commerce.

Alors que les groupes qui vous entouraient faisaient dans la provocation pour se montrer dangereux (Ozzy, Alice Cooper, Kiss, Mötley Crüe), Scorpions est toujours resté un groupe «gentil». Est-ce la preuve qu’on peut être à la fois rock’n’roll et rester soi-même?

Il est vrai que certains groupes ont versé dans les clichés. Ce qui est paradoxal, c’est certains de ceux que vous nommez sont les personnes les plus gentilles du monde. Prenez l’exemple d’Alice Cooper: ce gars est très cool, il joue même du golf ! Nous avons très vite appris, au sein de Scorpions, qu’il était stupide d’essayer d’incarner un cliché et avons décidé de rester nous-mêmes coûte que coûte, avec les hauts et les bas, et de suivre notre propre chemin: ne pas prétendre être quelqu’un, mais rester soi-même, pour le meilleur et pour le moins bon. Cela nous a quelque peu écartés des autres groupes, c’est vrai. C’est certainement dû en partie à notre mentalité allemande. Nous sommes un groupe international, mais restons très allemands dans l’âme. Nous faisons preuve de discipline, un mot qui n’est pas toujours très bien vu dans le rock. Si nous avions voulu vivre selon le slogan «sex, drugs and rock’n’roll», jamais nous n’aurions duré cinquante ans ! Mais nous avons parfois joué avec le feu…

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‘Return to forever’
Sony Music

En concert le 18 juillet à Sion (Tourbillon), le 19 juillet au festival Guitare En Scène (St-Julien, France) et le 28 novembre à Zurich (Hallenstadion)

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