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Après s’être lamentablement perdu dans les bouchons Barcelonais, avoir textoté avec le tour manager pour prévenir de son retard, et avoir couru quelques centaines de mètres pour limiter la casse, c’est dans un état tout sauf présentable que votre serviteur arrive au Razzmattaz 2, pile à temps pour constater que High On Fire est encore plus à la bourre, et voir une version privée de Fertile Green en guise de balance…

Superbe moment qui en annonçait un autre, tant Jeff Matz, bassiste au sein du groupe, s’est montré disponible pour répondre à toutes mes questions, quelques minutes avant de monter sur scène le temps d’un set incendiaire.


Salut Jeff, comment vas-tu ? La tournée s’est bien passée ?
Ouais, ça va très bien. On a commencé il y a un peu plus de deux semaines, en République Tchèque, on a passé deux jours à répéter puis on est partis sur la route, on a joué quasiment tous les jours. En fait on n’a eu qu’un seul jour de repos il me semble.

C’est votre dernier show de la tournée ce soir, n’est-ce pas ?
Exactement, hier soir on a joué à Madrid, on s’est vraiment éclatés, on est arrivés ce matin ici et ce soir on termine cette tournée.

Le rythme est particulièrement intense, c’est quoi ta journée typique quand tu es sur la route ?
(Rires) Tu sais, on a un espèce de tour bus… à vrai dire c’est plus un van avec des banquettes, donc on roule pas mal, et quand on peut, on fait du tourisme. Là aujourd’hui on est allés voir la Sagrada Familia, et demain on visite un peu plus Barcelone avant de rentrer aux Etats-Unis.

Je me suis souvent posé la question, puisqu’on en parle… j’imagine que quand vous tournez, il doit y avoir suffisamment de demande pour jouer un peu où vous voulez, est-ce que ça vous arrive de demander à jouer dans certains villes que vous voulez visiter, ou bien parce que vous n’y êtes encore jamais allés ?
En général on laisse faire notre booker, mais c’est vrai que ça nous est arrivé de demander à passer dans tel ou tel pays pour les raisons que tu as citées. Après, il faut aussi que ça tombe bien sur le parcours, etc… Donc c’est pas évident, on essaye de ne pas trop s’en mêler pour laisser le tourneur faire son travail.

Vous êtes passés cette été par des festivals et par des salles. C’est quoi ta préférence : une grosse scène devant un gros public ou une salle avec une atmosphère suffocante ?
En fait ce sont deux choses totalement différentes. Je pense qu’on a donné nos meilleurs shows dans des petites salles, archi bondées, parce que c’est super stimulant de voir les gens à quelques centimètres de toi qui donnent tout, tu puises ton énergie là-dedans, tu croises le regard des gens. En festival, c’est totalement différent, tu joues devant des marrées humaines, c’est parfois difficile de sentir une connexion avec le public, il y a pas mal d’espace entre la scène et les premiers rangs. Tu regardes le Hellfest, c’était de très loin le plus gros show de cette tournée, c’était vraiment incroyable de voir autant de gens !

C’est vrai que le Hellfest a grossi super vite depuis quelques années, tu y étais passé avant que ça soit aussi énorme ?
Oui, je me souviens que j’y avais joué avec mon autre groupe Zeke, en 2004, quand ça s’appelait encore Fury Fest. Slipknot était passé et avait reçu un accueil assez « particulier » (ndlr : à l’époque, l’organisation était un tantinet DIY, et Slipknot avait décalé sa prestation et rallongé ses balances. Le bruit ayant couru dans le public, majoritairement orienté punk/HxC, le groupe avait reçu des projectiles mais avait assuré son show jusqu’au bout).

Tu sais que l’année d’après, l’organisation, des mecs qui sont à la base des fans de musique, s’était fait arnaquer par un soi-disant partenaire qui a piqué une bonne partie de la caisse avant de disparaître ?
C’est vrai ??? Je savais que ces gars était des fans de musique oui, mais je ne connaissais pas cet épisode. Le problème, quand tu n’es pas pro, c’est de bien s’entourer, de travailler avec les bonnes personnes. Parfois, après un show, il nous arrive d’avoir à insister un peu auprès du promoteur local pour récupérer notre cachet. Il faut savoir que une tournée, ça se budgète, et que tu comptes sur ces recettes pour amortir tes déplacements, ton staff, etc… Mais en ce qui les concerne, les mecs se sont remarquablement sortis d’affaire, j’imagine que l’expérience les a aidé à s’améliorer.

On va forcément parler un peu de ‘Luminiferous’, qui est sorti en Europe la semaine dernière. Il a été super bien reçu par les fans et la presse métal, il a aussi eu de super critiques dans des médias un peu plus généralistes, ça fait quoi ?
(Rires) oui j’ai vu ça effectivement. Clairement, nos racines, la base de notre musique, c’est l’underground, et ça fait un peu bizarre de voir des chroniques, et encore plus positives dans Rolling Stone ou Spin Magazine… En fait c’est cool et bizarre (Rires). J’imagine que ça veut dire que le groupe touche un public un peu plus large, et c’est forcément positif pour nous. Notre priorité, c’est de faire plaisir à nos fans, mais si d’autres personnes écoutent nos disques et les aiment, j’imagine que c’est bien (hésitant)… mais c’est un peu bizarre. Peut être que ça vient aussi du fait que le stoner et le sludge marchent bien depuis quelques temps, et on est un peu rattachés à cette scène. En fait j’en sais rien (Rires).

En même temps, vous n’êtes pas vraiment un groupe de stoner, ni de sludge, ni de doom… Mais c’est vrai que vous êtes toujours rattachés à cette scène. J’imagine que tu n’aimes pas trop qu’on colle une étiquette à High On Fire ?
Il y a effectivement pas mal d’influences dans notre musique… À la base, il y a le Classic Rock, et le Heavy Metal… du Heavy Rock en fait. Puis après il y a le Blues, on écoute aussi beaucoup de classique, personnellement je suis également pas mal dans les musiques traditionnelles de l’orient et du moyen orient, et plein d’autres choses. Depuis le début, on nous a un peu catalogués comme un groupe de stoner, mais notre musique s’est diversifiée avec le temps. Elle s’est aussi un peu durcie, et incorpore pas mal d’influence purement metal…Mais effectivement, c’est impossible de coller une étiquette à High On Fire (Rires).

J’avais déjà trouvé que votre précédent album représentait un sommet dans le genre, mais vous avez fait encore mieux cette fois-ci niveau production. Le son est super massif, direct, mais en même temps jamais bordélique, chaque instrument est parfaitement audible, c’est une vraie réussite. C’est, comme pour ‘De Vermis Mysteriis’, Kurt Ballou, le guitariste de Converge qui était aux manettes…
Exact. C’était quelqu’un qu’on avait un peu dans notre radar depuis quelques temps, on avait envie de travailler avec lui. On a fait ‘De Vermis Mysteriis’ avec lui et ça c’est super bien passé. On a senti comme une sorte d’alchimie avec lui, et il a fait un superbe travail. Même quand on était en studio pour les démos, on sentait qu’il avait une vraie vision sur le son de High On Fire, et on a été très contents dès le début. Donc on a sorti ce disque, on en a été très satisfait, et il nous semblait logique de poursuivre avec lui: pourquoi se priver des bonnes chose ? (Rires) Je pense également que son travail est encore meilleur cette fois-ci, il s’améliore avec le temps, en tant que producteur et ingé son, et il obtient à chaque fois des sons massifs et surpuissants, mais, comme tu l’as dit, en gardant une certaine finesse. Il y a une définition très précise pour chaque instrument, et ça donne un résultat assez exceptionnel. Bon, en plus de ça, c’est un gars génial, c’est aussi un musicien, il a des idées sur comment améliorer les morceaux, etc…

Donc ça n’a pas été juste de la production au sens sonore, il a également guidé votre songwritting ?
Oui et non. En fait quand on est arrivés en studio, une bonne partie de l’écriture était déjà réalisée. Disons qu’il nous a suggéré pas mal d’idées sur la structure des morceaux, rajouter un pont, doubler un passage, etc… C’est toujours bon d’avoir un oeil extérieur parce que quand tu composes, tu n’as pas beaucoup de recul sur ce que tu fais, mais avec un peu plus de distance, tu peux parfois significativement améliorer tes chansons.

Comment ça se passe quand il faut composer un nouveau disque ?
Moi j’arrive toujours avec des riffs. Quand j’ai une idée, je l’enregistre. Je joue beaucoup chez moi, et parfois, tu as une idée, c’est comme ça, ça tombe tout seul, parfois tu dois un peu plus travailler, façonner une mélodie, un riff… Mike joue également beaucoup, et fait la même chose. Parfois, on est ensemble et on jam. Dez commence sur un rythme de batterie, et moi ou Matt partons dessus, parfois on lance un riff qu’on avait en tête et au fur et à mesure, on progresse, petit à petit, vers un morceau, etc… On n’a pas de process défini, ni d’idée arrêtée sur ce que notre musique doit être. Je pense que sur ce disque, nous avons un peu élargi notre palette, on a des chansons qui sont plus extrêmes que ce que l’on a sorti par le passé, et à l’inverse, d’autres qui sont un peu plus calmes (ndlr: « ballady » en anglais, si quelqu’un arrive à traduire ça, qu’il se manifeste).

Justement, j’allais te parler de ‘The Cave’. De la guitare acoustique, du chant clair… C’est très différent de ce à quoi on peut s’attendre de votre part, mais ça sonne toujours comme du High On Fire !
En fait ça a commencé avec une ligne de basse, qu’on entend dans le morceau final. Je la jouais, je l’avais en tête depuis des années à vrai dire, et c’est un peu bizarre, mais j’essayais de créer une ambiance de musique traditionnelle turque. Les autres aimaient bien, on a pas mal jammé dessus, Matt a apporté un riff, j’en ai amené un autre également… Mais tout ça, c’est parti d’une influence orientale. Et tu vois… en fait… bah en fait je pense que c’est une chanson assez cool (Rires). Quelque chose que j’adore, c’est la voix de Matt, son chant est vraiment superbe. J’ai un peu joué aussi d’une sorte de luth turc, du Baglama.

Je pensais naïvement qu’il s’agissait d’une guitare acoustique un peu traitée en studio !
Non non je te jure, c’est un instrument à sept cordes, c’est ça qu’on entend dans les passages calmes de la chanson. Et donc voila, on a commencé en se disant que ça pourrait être cool de mettre ça sur le disque, mais finalement, c’est une de mes chansons préférées, elle est chargée d’émotions, mais aussi très puissante. Et comme tu le dis, ça ne fait pas tâche au milieu du disque. C’était une de mes craintes au début, d’avoir une chanson calme au milieu de toutes ces chansons rapides, mais je trouve que le disque est assez cohérent, son écoute est assez limpide.

Certains groupes sortent un disque tous les deux ans, et entre les deux, tournent quasi continuellement. Vous n’avez pas trop l’air de fonctionner comme ça, quels sont vos plans pour la suite ? D’ailleurs est-ce que vous planifiez un peu votre carrière ou vous faites comme ça vient ?
(Hésitant) Mmhhh, ouais, disons qu’effectivement on ne pense pas attendre cinq ans avant de sortir un nouveau disque… mais… attends je vais essayer de m’exprimer clairement (Rires). Pour moi, tu ne peux pas tourner éternellement sur un album. Il y a un moment, tu dois arrêter ou ralentir les concerts, et faire de l’écriture de nouvelles chansons ta priorité. Parce que tu sais, c’est pas toujours évident de te concentrer sur l’écriture quand tu es en tournée, surtout quand tu joues les mêmes morceaux depuis quelques temps tous les soirs, et que tu les as parfaitement en tête et dans les doigts. J’aimerais qu’on ne prenne pas plus de temps que pour Luminiferous, deux ans, quelque chose dans ces eaux-là… Mais on n’aime pas non plus forcer les choses. Si on sent que notre musique n’est pas prête, qu’on n’a pas un disque solide, alors on ne le publie pas. On veut sortir un disque, ok, mais on veut avant-tout sortir un bon disque !

Quand tu regardes dans le rétro, quelle est ta plus grande fièrté ?
Être un musicien professionnel, et rendre des gens heureux avec la musique qu’on fait. Je n’ai jamais envisagé, étant jeune, de vivre de la musique. Pendant des années, j’ai joué dans des groupes, et on avait tous des petits jobs, d’ailleurs on ne les gardait jamais très longtemps (Rires), et notre travail servait uniquement à nous permettre de partir en tournée, etc. Donc c’est carrément génial de pouvoir voyager, prendre du plaisir à jouer de la musique, voir les gens qui s’éclatent à nos concerts, c’est quelque chose d’assez fort pour moi. On a aussi pu jouer avec des groupes géniaux en tournée, on a visité beaucoup d’endroits superbes…Je ne souhaite rien de plus que de continuer à mener cette vie !

Lisez notre chronique de ‘Luminiferous’ !

cd_high.on.fire-luminiferousFICHE CD
Luminiferous
Century Media
www.highonfire.net

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