Salle comble, lumières rouges saturées et circle pits inattendus : Carpenter Brut a retourné Les Docks de Lausanne le 11 mars avec un show millimétré mêlant nouveaux titres de Leather Temple et classiques synthwave devenus incontournables. Quand les lumières s’éteignent, la salle est déjà pleine comme un œuf. La soirée s’ouvre avec Ghost Dance, finalement annoncé à la place de Danger.
Seul derrière sa table de machines, l’artiste livre environ trente-cinq minutes d’un set froid et mécanique, quelque part entre dark electro et techno industrielle. Les beats sont métronomiques, les basses tranchantes, et quelques screams viennent ponctuer les morceaux, ajoutant une tension inattendue dans un set autrement très club.
L’exercice n’est pas évident — ouvrir pour Carpenter Brut avec une proposition plus technoïde peut sembler risqué — mais le public lausannois se laisse rapidement embarquer. Les premiers rangs bougent déjà franchement, et la salle commence à se transformer en piste de danse sombre.
Après une trentaine de minutes de changement de plateau, l’obscurité retombe sur la salle. Les premières notes de « Deus Ex Machina », l’intro du nouvel album Leather Temple, résonnent et installent immédiatement la tension. Carpenter Brut apparaît accompagné de ses deux fidèles partenaires de scène : un guitariste et un batteur issus du groupe Hacride, qui apportent depuis plusieurs années la dimension organique du projet en live.
Dès les premiers morceaux, l’équilibre qui fait la force de Carpenter Brut se met en place. Les synthés massifs pilotent l’ensemble, mais la guitare et la batterie donnent au set une énergie plus physique, presque metal par moments. On aurait d’ailleurs parfois aimé que ces deux instruments soient un peu plus mis en avant dans le mix, tant leur présence renforce l’impact des morceaux.
La setlist fait la part belle au nouvel album Leather Temple, sorti fin février, tout en laissant une place généreuse aux classiques qui ont construit la réputation du projet. « Leather Temple », « Neon Requiem » ou encore « Turbo Killer » déclenchent immédiatement les réactions attendues. Les premiers circle pits apparaissent, bientôt suivis par un wall of death qui transforme le centre de la salle en vortex humain. Cette hybridation improbable — rave d’un côté, concert metal de l’autre — reste l’une des signatures les plus efficaces de Carpenter Brut en live.
Visuellement, le spectacle est tout aussi maîtrisé. Un écran géant occupe l’arrière de la scène tandis que les lumières plongent régulièrement la salle dans un bain rouge saturé. Néons, flashes et stroboscopes dessinent une esthétique synthwave assumée, entre rétro-futurisme et rave industrielle. Les Docks sont habitués aux belles configurations lumière, mais ce dispositif fonctionne particulièrement bien avec l’univers visuel du projet.
Le concert suit ainsi une trajectoire très fluide, alternant morceaux plus dansants et explosions sonores plus frontales. Un seul petit détail vient parfois casser le lien direct avec la salle : les interactions avec le public passent par des messages pré-enregistrés déclenchés depuis le sampler de Carpenter Brut, plutôt que par un micro. L’effet fonctionne sur le plan du spectacle, mais laisse parfois une légère distance avec le public, pourtant très impliqué.
La fin du concert va toutefois balayer toute réserve. Dès les premières notes de « Maniac », reprise désormais classique de Michael Sembello, la salle comprend immédiatement ce qui arrive. Un mouvement parcourt le public, les gens s’écartent, se regardent, anticipent. Quelques secondes plus tard, le circle pit explose. On ne s’attend pas forcément à cocher « circle pit sur Maniac » sur sa bucket list — et pourtant, aux Docks ce soir-là, l’idée semble parfaitement naturelle.
Texte : Antony Pradervand
Photos : Davide Gostoli
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