Morrissey à la Rockhal : la lumière qui ne s’éteint jamais…

Vendredi soir, le 20 février 2026, la Rockhal d’Esch-sur-Alzette a vibré au son d’une icône intemporelle : Morrissey. À 66 ans, l’ancien chanteur des Smiths a offert une prestation magistrale, confirmant qu’il reste l’un des artistes les plus captivants et controversés de sa génération.

Né en 1959 à Manchester, Steven Patrick Morrissey a révolutionné la pop britannique dans les années 80 avec les Smiths, aux côtés de Johnny Marr. Leur musique – mélange unique de jangle pop mélancolique et de textes poétiques, ironiques, souvent sombres – a marqué des millions d’âmes sensibles. Après la séparation du groupe en 1987, Morrissey a poursuivi une carrière solo prolifique, avec des albums cultes comme Viva Hate, Your Arsenal ou Vauxhall and I. Sa voix, son charisme androgyne et ses prises de position tranchées – sur le végétarisme, l’immigration, la monarchie ou la culture pop – ont fait de lui une figure polarisante : adulé par ses fans comme un prophète, critiqué par d’autres pour ses déclarations provocatrices. Pourtant, sur scène, ces controverses s’effacent devant l’artiste pur.

Ce soir, Morrissey a prouvé que le temps n’a rien entamé de son talent. Sa voix reste intacte : riche, expressive, capable de passer de la tendresse fragile à la plainte déchirante sans effort apparent. Le quintet de musiciens qui l’accompagnait était somptueux – une formation affûtée, alternant avec maestria des passages d’une dureté rock tranchante et des moments lancinants, presque cinématographiques. Les guitares, tantôt rageuses et incisives, tantôt discrètes et effleurées, savaient toujours se fondre exactement dans l’humeur et le ton de l’instant : jamais un accord de trop, jamais une note qui détonne. Elles portaient cette clarté cristalline héritée des Smiths, mais enrichie d’une maturité nouvelle, capable de hurler la colère comme de murmurer la mélancolie avec une précision émotionnelle rare.

La setlist fut un équilibre parfait entre répertoire solo et héritage smithsien. Dès l’ouverture avec Billy Budd, l’ambiance était posée. Puis vint Shoplifters of the World Unite, premier clin d’œil aux Smiths, accueilli par un rugissement collectif. Plus tard, A Rush and a Push and the Land Is Ours raviva l’esprit rebelle et poétique du groupe. Le sommet émotionnel arriva avec I Know It’s Over, interprétée avec une intensité bouleversante, la voix de Morrissey se brisant sur les notes les plus hautes comme en 1986. How Soon Is Now?, hymne existentialiste par excellence, fit trembler la salle entière. Enfin, en rappel, There Is a Light That Never Goes Out offrit un moment de communion absolue – ces paroles (« Take me anywhere, I don’t care ») résonnant plus fort que jamais.

Entre ces perles smithsiennes, les titres solo brillaient : Suedehead et Everyday Is Like Sunday en versions live explosives, Now My Heart Is Full déclamée avec une théâtralité poignante, Jack the Ripper et I Will See You in Far-Off Places portés par une tension dramatique magistrale. Même les morceaux plus récents comme Notre-Dame (Morrissey est-il en quête de spiritualité?) ou World Peace Is None of Your Business trouvaient leur place avec une fraîcheur surprenante.

Morrissey, chemise ouverte, bouquet de fleurs à la main, a semblé habité, généreux avec son public, échangeant regards et sourires. Pas de polémique hier soir : juste un artiste au sommet de son art, entouré de musiciens exceptionnels, livrant un concert d’une intensité rare.

En sortant de la Rockhal, on se disait que, malgré les tempêtes et les controverses, Morrissey reste essentiel. Sa voix, ses mots, sa présence scénique : tout cela transcende le temps. Un concert inoubliable, un moment de grâce. Merci, Moz.

Textes : Thibaut André & Carl Neyroud

Photos : Deadly Sexy Carl

Liens utiles :

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.