Ce soir encore, nous sommes dans la petite salle de la Rockhal. Et ce genre de salle, on le sait, peut transformer un concert en véritable immersion.

Parce que oui, il faut bien l’avouer, l’exercice demande un petit échauffement mental. Mercredi encore, on se faisait secouer par les rafales d’un death metal mélodique bien musclé. Et voilà que, jeudi soir, changement radical de décor : nappes synthétiques, pulsations électroniques et ambiance clubbing. Le grand écart musical, en quelque sorte.

Dans la fosse, on reconnaît quelques survivants de la veille. Vestes à patchs, cheveux longs. Les mêmes acrobates sonores que nous. Ceux qui aiment passer du blast beat aux beats électroniques. Mais bon… il faut se mettre dans l’ambiance techno à 20h30 un jeudi soir, et c’est… disons… un petit défi.

Ghost Dance

20h30 tapantes. La petite salle de la Rockhal se transforme en club. Lumières rouges et blanches qui découpent l’espace, pulsations épaisses qui montent des subs.

Le style de Ghost Dance est très orienté dark electro et techno industrielle. Un concept assez minimaliste : un DJ seul derrière ses machines. Sur scène, donc, un set frontal. Brut. Sans détour. Le DJ est concentré, plongé dans son univers sonore. Les textures synthétiques s’empilent, les basses vibrent, on sent une progression dans le set. Lentement, presque méthodiquement. À un moment il prend le micro… mais là, honnêtement, impossible de vous dire ce qu’il raconte. Saturation totale. Une bouillie sonore. Dommage. Musicalement, c’est de l’électro pure, sans détour. Pas vraiment de mélange des genres, pas d’écart vers autre chose. C’est un style précis, assumé, presque exclusif. Faut aimer.

Et pour être honnête, ce n’est pas tout à fait notre came. On assume. Mais on reconnaît sans problème que le type assure sérieusement derrière ses machines. Pour les amateurs du genre, clairement, ça vaut le coup d’œil. 30 minutes de set.

Carpenter Brut 

Dans la foule, un t-shirt Hellfest attire l’œil. Voilà qui résume bien l’étrange mélange du public ce soir, entre métalleux curieux, et amateurs d’électro.

La scène, elle, est petite. Très petite. On sent vite que l’espace limite un peu les possibilités. La batterie est installée sur le côté droit, le support clavier trône au centre… tout paraît légèrement serré. Mais derrière, un immense écran vidéo promet déjà autre chose. Dix minutes de retard. Rien de dramatique. Puis la salle s’assombrit.

Une vidéo d’introduction apparaît : univers rétro-futuriste, images presque cinématographiques. Une ambiance sombre, un monde qui semble déjà en train de s’effondrer. Une musique d’orgue plane au-dessus du public… et soudain, entrée sur scène de Carpenter Brut.

Derrière ce projet se cache Franck Hueso, producteur français qui lance Carpenter Brut en 2012. Son style : une synthwave ultra-énergétique, nourrie autant par la culture des films des années 80 que par le métal et l’électro industrielle. Sur scène, ils sont trois. Batteur. Guitariste. Et Franck, évidemment, aux claviers et aux machines. Et là, petite surprise : contrairement à beaucoup de sets électroniques, les morceaux ne s’enchaînent pas. Pas de mix continu. Chaque titre s’arrête… silence… puis le suivant démarre. Chaque morceau a son moment propre, presque comme dans un concert rock classique.

Le guitariste accompagne l’ensemble, mais on regrettera qu’il ne soit pas davantage mis en avant. Son instrument disparaît parfois dans le mur synthétique, sauf lors de quelques solos où la guitare perce enfin la masse sonore. En revanche, et là il faut le dire, les lumières sont absolument impressionnantes. Un véritable dispositif immersif. Des vagues lumineuses qui montent, qui descendent, qui balayent la salle. Par moments, on a presque l’impression d’être dans une installation visuelle plus que dans un simple concert. Le son et la lumière avancent ensemble.

Pour communiquer avec le public, Franck utilise des voix électroniques pré-enregistrées, déclenchées depuis ses machines. Un procédé assez malin, qui reste parfaitement dans l’esthétique futuriste du projet.

Et le public… est conquis. Ça saute. Ça danse. Ça secoue la tête. Entre pogo discret et transe clubbing. Les titres emblématiques s’enchaînent, dont l’inévitable Turbo Killer, accueilli comme un classique. Et pour finir, la reprise explosive de ‘Maniac’. Là, la salle explose vraiment. Une dernière montée d’énergie collective, presque euphorique.

Ghost Dance aura proposé une ouverture radicale, pour les amateurs purs et durs d’ electro. Carpenter Brut, lui, aura livré un spectacle beaucoup plus visuel, plus narratif aussi, à mi-chemin entre concert électronique et performance audiovisuelle.

Et au moment de quitter la Rockhal, une petite pensée traverse l’esprit : on aurait bien prolongé la nuit. Encore quelques morceaux. Dehors, il est à peine 23h… et la réalité revient brutalement.

Texte : Adeline Pusceddu

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