La soirée débute avec Wille and the Bandits. Formé en 2010, le groupe britannique a progressivement construit sa réputation à travers un mélange singulier de blues-rock, de folk et de rock sudiste. On s’attend presque instinctivement à voir débarquer une véritable bande de musiciens, pourtant, rien de cela ne se produit : aucun décor particulier, aucune scénographie spectaculaire, aucune volonté apparente d’impressionner visuellement le public. Les instruments de Beth Hart sont déjà installés, occupant une grande partie de la scène, et deux musiciens seulement viennent prendre place discrètement sur l’estrade de la batterie. La simplicité est totale. Pendant que le public continue encore d’arriver progressivement dans la salle, les deux hommes débutent leur prestation avec un dépouillement absolu : deux guitares, deux voix et un charleston actionné au pied pour soutenir discrètement la rythmique. Cela pourrait presque sembler insuffisant, mais cette impression disparaît rapidement, les voix possèdent cette rugosité chaleureuse caractéristique du blues le plus authentique, une texture presque poussiéreuse. À plusieurs reprises, l’impression devient presque troublante tant il paraît difficile de croire que ces musiciens viennent réellement d’Angleterre. Pendant une trentaine de minutes, Wille and the Bandits construit ainsi une atmosphère sincère et sans artifices, préférant l’authenticité à la démonstration.
À 21 heures, le concert s’ouvre sur un contraste saisissant, du Sepultura retentit soudainement dans la sono de la salle. L’effet de surprise est immédiat et se prolonge lorsque Beth Hart n’apparaît là où personne ne l’attend : au fond de la salle, au milieu des gradins. Figure majeure du blues-rock, elle remercie chaleureusement les spectateurs pour leur fidélité après une précédente annulation, puis prend le temps de présenter ses musiciens. Dès les premiers morceaux, son interprétation marque les esprits. Beth Hart ne se contente pas de chanter : elle habite chaque chanson avec une intensité physique et émotionnelle rare, allant jusqu’à se mettre à genoux ou se rouler sur scène. Entre les titres, elle échange librement avec le public, mêlant humour et sincérité, plaisantant même sur son besoin de parler entre les morceaux et invitant les spectateurs à la faire taire si elle en fait trop.

Beth Hart lors de son dernier passage à la Z7 en 2023.
Elle ponctue le concert de confidences personnelles, notamment lorsqu’elle évoque sa mère avant d’interpréter « Love Is A Lie ». L’atmosphère devient alors plus intime lorsqu’elle se rapproche du public avec une guitare acoustique, demandant à voir les visages dans la salle. Sa reprise de « Your Heart Is Black » illustre parfaitement sa capacité à transmettre une émotion brute et profonde, suspendant presque le temps. Le concert alterne ainsi entre moments introspectifs et envolées plus puissantes. Beth Hart partage également son parcours personnel, évoquant sa rencontre avec son mari et un passé marqué par des périodes difficiles, renforçant encore le lien avec le public. La complicité évidente avec ses musiciens, nourrie d’échanges spontanés, donne au spectacle une dimension vivante et imprévisible. Quelques instants inattendus, comme l’apparition furtive d’un fan venu lui adresser un geste affectueux sur scène, viennent accentuer cette impression de proximité.
Au fil des morceaux, l’intensité ne faiblit pas. Installée tour à tour au piano ou accompagnée d’une guitare acoustique, elle crée des ambiances variées, toujours portées par une interprétation sincère et engagée. Après près de deux heures, les musiciens quittent une première fois la scène, laissant planer un doute, avant de revenir pour un final explosif. Avec « Whole Lotta Love » de Led Zeppelin, l’énergie se libère dans une déferlante rock beaucoup plus sauvage. Les guitares se font tranchantes, l’intensité grimpe encore et la salle bascule dans une toute autre dynamique, concluant le concert sur une note puissante et électrique.
Ces deux heures auront finalement suffi pour donner cette impression assez particulière que Beth Hart aurait probablement pu continuer encore longtemps si personne n’avait été là pour lui rappeler qu’une soirée finit forcément par s’arrêter. Avant de quitter définitivement la scène, elle remercie une dernière fois ses musiciens, tandis que « Respect » de Pantera résonne pour conclure la soirée.
Il existe des concerts techniquement irréprochables, parfaitement maîtrisés jusque dans leurs moindres détails, où chaque seconde semble avoir été pensée à l’avance. Et puis il existe ces concerts plus rares, ceux qui donnent l’impression de se construire sous les yeux du public, dans la spontanéité. Beth Hart n’a pas simplement livré une performance vocale remarquable ce soir-là, elle a surtout offert quelque chose de plus difficile à décrire, un moment profondément humain où l’émotion, l’imprévu et l’authenticité ont pris davantage de place que la perfection elle-même.
Texte : Adeline Pusceddu