Nous sommes le dimanche 12 juillet 2026, le soleil est éclatant, le thermomètre affiche trente-deux degrés et le ciel est d’un bleu insolent. Clairement, la journée parfaite. Et puis, une fois n’est pas coutume… aujourd’hui, Daily Rock se transforme en Daily Pop-Rock le temps d’une soirée. Oui, chez Daily Rock, on aime les grands écarts musicaux et on assume complètement nos guilty pleasures. Après tout, pourquoi faudrait-il choisir entre le death metal et une reine de la pop ?
Ce soir, direction le concert de Katy Perry. Parce que soyons honnêtes : tout le monde connaît Katy Perry. Impossible d’avoir échappé à l’un de ses tubes depuis près de vingt ans. À la radio, dans les magasins, dans les pubs, dans les soirées… partout. Qu’on le veuille ou non, elle fait partie de notre bande-son collective. Alors, grâce à une ouverture musicale qui nous pousse parfois à aller voir ailleurs que du côté des grosses guitares saturées… nous voilà ! Et puis après tout, nous sommes des femmes, on aime Katy Perry… doit-on vraiment se justifier ?
20 heures tapantes, c’est le jeune Australien Ruel qui ouvre la soirée. Il s’est révélé en 2017, à seulement quatorze ans. Aujourd’hui, le jeune chanteur, né en Angleterre mais installé en Australie, a déjà plusieurs tournées internationales, des millions d’écoutes à son actif, ainsi qu’une nomination aux ARIA Awards, et le voilà devant le public français. La mise en scène reste minimaliste. Aucun décor spectaculaire, juste son nom, « RUEL », affiché en immenses lettres rouges sur l’écran géant derrière lui. Seul avec sa guitare, le chanteur livre une prestation tout en douceur. Une première partie apaisée, qui contraste avec le show XXL attendu quelques heures plus tard. Sa voix est précise, chaleureuse, délicate, sans chercher à en faire trop. Petite surprise avec la reprise de « Girls Just Want To Have Fun » de Cyndi Lauper, revisitée avec beaucoup de simplicité.
Le moment le plus drôle arrive lorsqu’il tente quelques mots en français. Il raconte avoir étudié notre langue durant trois ans à l’école en Australie. Malheureusement, cela ne lui a servi qu’à apprendre une seule phrase : « Je ne parle pas français ». Le tout avec un accent australien absolument irrésistible qui déclenche instantanément les sourires, surtout dans la fosse composée très majoritairement de femmes. Il glisse ensuite qu’il sera au stand merchandising après le concert si certains souhaitent venir le rencontrer. Une proximité simple, sans artifice.
Dans le public justement, toutes les générations se mélangent : des adolescentes aux familles, en passant par les trentenaires et quadragénaires qui ont grandi avec les premiers tubes célèbres de l’artiste, comme « I Kissed A Girl » ou « Hot N Cold ». Tous les styles vestimentaires se croisent. Autour de nous, c’est une explosion permanente de couleurs : tenues flashy, strass, paillettes, accessoires improbables, serre-têtes lumineux… Honnêtement, on n’a pas l’habitude d’être entourés d’autant de rose et de brillant. Espérons simplement que ce ne soit pas contagieux !
Pendant que les derniers réglages s’effectuent, la scène prend progressivement vie. Une gigantesque banane blanche trône au premier plan, difficile de ne pas penser à celle présente sur le merchandising du Classics Tour. Derrière, un immense ordinateur portable blanc domine l’ensemble. A ses côtés, se trouvent une gourde géante estampillée « KatyVade », une pile de livres, une plante verte dans son pot et, tout à droite, un smartphone monumental. En arrière-plan se découpe une immense fenêtre. Très vite, le décor prend tout son sens : on est littéralement dans le bureau de Katy Perry. Un espace de travail géant, ultra-pop et rempli d’objets du quotidien qui, je dois bien l’avouer, ressemble presque au mien.
Katy Perry n’est plus à présenter. Révélée mondialement en 2008 avec « I Kissed A Girl », l’Américaine s’est imposée comme l’une des plus grandes figures de la pop moderne grâce à des albums devenus cultes. Au fil des années, elle a construit un univers immédiatement reconnaissable, mêlant pop explosive, humour assumé, esthétique colorée et productions calibrées pour les plus grandes scènes du monde.
Néanmoins, à 21 h 37, toujours aucune Katy Perry. 21 h 53… toujours rien. L’impatience commence sérieusement à gagner les gradins. Quelques huées se font entendre ici et là. On sent que la foule commence à trouver le temps long. Et soudain… à 22 heures, l’écran s’allume. Une vidéo démarre, comme si quelqu’un filmait avec son téléphone portable. On y voit Katy Perry courir à toute vitesse tandis que, presque discrètement, les musiciens prennent place sur scène dans la pénombre. Quelques secondes plus tard, elle apparaît enfin. Dès les premiers morceaux, elle enchaîne les tubes « California Girls » puis « Teenage Dream » et « Last Friday Night (T.G.I.F.) ». Rapidement, un fan attire son attention en lui tendant… une baguette de pain. Oui, une vraie baguette. Amusée, Katy la récupère, mord dedans sous les cris du public, puis lui demande depuis combien de temps il la transporte avec lui. Un échange totalement absurde et forcément très drôle. Elle s’excuse de ne pas parler français, mais promet de se rattraper autrement. Plus tard, sur le titre « E.T. », plusieurs danseurs apparaissent déguisés en astronautes tandis que le drapeau français vient s’intégrer au spectacle.
Musicalement, le groupe reste volontairement dans l’ombre. Quatre musiciens occupent la scène, sur le côté droit : un guitariste, un bassiste et un claviériste, tandis que le batteur est installé complètement à gauche, quasiment dissimulé derrière l’immense banane. Une dizaine de danseurs investissent constamment l’espace. Tantôt au complet, tantôt en petits groupes de quatre, cinq ou sept, ils sont toujours vêtus de blanc. Les chorégraphies sont millimétrées, ultra-dynamiques et parfaitement synchronisées. Tout respire la pop spectaculaire. Katy Perry apparaît d’abord vêtue d’une très longue chemise blanche portée comme une robe, sur laquelle il est écrit « I AM NOT A ROBOT », accompagnée d’une immense cravate à paillettes reprenant les couleurs du drapeau américain. Des chaussettes montantes jusqu’aux genoux et des chaussures façon écolière complètent une silhouette volontairement décalée, fidèle à son univers.
Sur le titre « I’m His, He’s Mine », elle plaisante avec le public en affirmant que les Français ont certainement inventé le sexe, avant de dédier le morceau à son mari, présent ce soir au Zénith Open Air de Nancy. Quelques instants plus tard, elle ouvre sa longue chemise et dévoile une magnifique robe verte qu’elle offre gracieusement. C’est l’occasion d’inviter le public à scanner un QR code afin de participer et contribuer à une récolte de fonds pour sa fondation.
Katy Perry est pleine de surprises et demande à son public s’il aime l’intelligence artificielle avant de lancer un petit jeu collectif. La caméra sélectionne plusieurs spectateurs qui doivent reproduire les consignes affichées à l’écran : prendre une pose de bodybuilder, jouer une rencontre avec son ex, rester totalement impassible… Les rires fusent. Puis, comme prévu, le gigantesque ordinateur portable installé sur scène « plante ». Katy rigole : « Est-ce qu’il existe un Apple Store à Nancy ? Mon ordinateur aurait bien besoin d’un pansement… ». Une transition parfaite pour lancer le morceau « Bandaids ». Plus tard, pendant le titre « Watch It Burn », l’écran de l’ordinateur prend littéralement feu. Les flammes envahissent progressivement toute la partie supérieure de l’accessoire dans un joli petit effet pyrotechnique. Sur le titre « Heads Will Roll », reprise du groupe Yeah Yeah Yeahs, elle présente un à un les membres de son équipe, invite tout le monde à danser, puis prend le temps de remercier chacun d’eux. Une séquence simple mais sincère. A ce moment-là, tout le premier anneau des gradins est debout. Difficile de résister.
Le rythme retombe ensuite brusquement. Katy Perry explique vouloir dédier la prochaine chanson à son tout premier chagrin d’amour. Elle saisit une guitare acoustique et entame « Thinking Of You ». Immédiatement, des milliers de téléphones illuminent le Zénith. Les lumières ondulent doucement de gauche à droite, créant cette parenthèse suspendue que chaque grand concert finit toujours par offrir. Enfin, sur « Hot N Cold », elle fixe une petite caméra directement sur elle et se filme à quelques centimètres de son visage, projetant en direct des images très rapprochées sur les écrans géants. Encore une idée simple… mais qui fonctionne parfaitement. Mais Katy Perry n’est jamais à court d’idées : « I Kissed A Girl » résonne, quand soudain l’énorme bouteille d’eau gonflable posée sur la scène devient un immense tube gonflable dans lequel elle s’insère. Le public s’empare alors de l’objet, faisant voyager Katy sur la foule. Après 1 h 20 de spectacle, elle clôture le show avec ses célèbres tubes « Roar » et « Firework ». Durant ces derniers, un gigantesque tube de dentifrice déverse de la mousse sur le public. Évidemment, pour continuer sur le ton de l’humour, la chanteuse y passe la tête et se retrouve aspergée à son tour.
Finalement, ce concert rappelle surtout une chose : les préjugés musicaux ne tiennent souvent que jusqu’au moment où les lumières s’éteignent. Derrière les tubes planétaires et l’image ultra-colorée de Katy Perry se cache un véritable sens du spectacle. Tout est pensé, du moindre accessoire aux transitions vidéo, en passant par les chorégraphies, les interactions avec le public et les effets visuels. C’est généreux, assumé, spectaculaire, sans jamais sombrer dans la démonstration gratuite. Alors non, ce n’était pas une soirée métal. Et alors ? Pendant près d’une heure et demie, on s’est laissé embarquer dans un immense terrain de jeu pop, bourré d’humour, de couleurs et de refrains que, finalement… tout le monde connaît déjà, même ceux qui prétendent le contraire. Et ça fait du bien !



Texte & photos : Adeline Pusceddu
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