Choisir la mélancolie et les mélodies sombres pour conter les turpitudes de l’esprit, est un des grands classiques du rock. Eh bien le duo de Brighton a opté lui, pour narrer ses moments de doute et les dérives de son existence, de faire danser, de faire transpirer, comme pour offrir à l’âme blessée un peu de bon temps ! Après quatre années de silence discographique, avec l’arrivée en septembre d’un premier single « Trouble’s Coming », on avait bien cru comprendre quelles étaient les intentions de Mike Kerr et Ben Thatcher. Ses démons étouffants, ses vides que l’on ne comble pas, étaient pris à contre-pied et bombardés par un beat pulsant, une basse métronomique et des voix tout en couleur. Il aura fallu attendre encore sept longs mois avant d’avoir une confirmation définitive. Même si entre temps, avec la mise en ligne de trois autres titres on avait bien senti cette pulsion continuer à monter. Et « Limbo », avec cette personne que l’on croise dans le miroir sans le reconnaître, perdu au-delà du réel, était renvoyé au centre de la piste de danse par une ligne de batterie renversante et une basse poisseuse. Il n’y avait alors plus de doute à l’écoute des onze titres, le combo avait bien choisi de bouleverser son rock à grand coup de riffs dansants, et d’affirmer par-là que sa culture musicale n’est pas que binaire, mais que la jeunesse des protagonistes avait été bercée par la French Touch. Si défier le disco, ses battements carrés, ses mélodies effervescentes, ses synthès clinquants, ses voix brillantes, n’est pas d’une grande complexité, entreprendre de le confronter à un rock ravageur doit se faire avec beaucoup de maîtrise. L’aventure pouvant aisément tourner à la perte d’équilibre, comme quand on se laisser aller à une mélodie trop facile, et que l’on ne sert pas le rythme d’assez près (« Million and One »). Alors qu’au contraire si l’on ose décaler le tempo, si on laisse gonfler le son et les voix grimper hors du cadre, on peut découvrir des lignes somptueuses (« Either you got it »). Tout comme en attaquant la roche à grand coups de basse massive et de tempo renversant on peut se laisser pendre dans le vide à la recherche d’un frisson vivifiant (« Boilermaker »). Et en permettant à la nudité du piano-voix de clore l’album (« All We Have Now »), en cédant finalement un petit peu d’espace à la mélancolie, Royal Blood prouve qu’ils ont eu raison dans leur choix de casser les codes, de mettre à l’épreuve leurs propres règles. Et l’âme de finir détendue, pendant que les guiboles sont agréablement fatiguées.

www.royalbloodband.com

Note: 4/5

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