DominumAvantasiaSavatage – Sabaton

Jour 1

Depuis maintenant plusieurs années, le Heavy Week-End s’est imposé comme l’un des rendez-vous incontournables des amateurs de décibels en France. Né en 2022 au Zénith de Nancy, le festival a rapidement trouvé son identité : réunir sur quelques jours ce que le hard rock, le heavy metal traditionnel, le power metal, le metal symphonique ou encore le metal extrême produisent de plus spectaculaire. Scorpions, Megadeth, Deep Purple, Europe, Powerwolf ou encore Saxon ont déjà foulé ses planches, faisant du rendez-vous nancéien une véritable célébration des musiques lourdes sous toutes leurs formes.

Pour cette édition 2026, la météo aura joué avec les nerfs des festivaliers jusqu’au bout. Après une semaine entière de pluie, de ciel gris et d’averses incessantes, le soleil décide finalement de refaire surface en cette fin d’après-midi. Une apparition presque miraculeuse. On en viendrait presque à oublier les vestes de pluie dans la voiture. Mieux encore : il fait presque chaud. Lunettes de soleil de sortie, l’ambiance est idéale pour lancer ce premier jour.

Les contraintes professionnelles et quelques joyeusetés routières auront malheureusement raison de notre ponctualité. Impossible d’arriver à temps pour Dominum. Depuis le parking, on captera seulement les dernières notes de leur set, dont une reprise de « Thriller » de Michael Jackson qui semble avoir particulièrement bien fonctionné auprès du public. Frustrant, forcément. Mais la soirée ne fait que commencer.

À 18 h 30 précises, place à Avantasia. Créé en 1999 par Tobias Sammet, déjà connu pour être la voix d’Edguy, Avantasia est devenu au fil des années l’une des références absolues du metal symphonique et du power metal mélodique. Véritable opéra metal moderne, le concept reste inchangé : réunir sur scène une distribution digne d’une superproduction.

L’ouverture se fait sur « Creepshow ». Immédiatement, le décor familier apparaît. Le portail d’un cimetière trône au centre de la scène tandis qu’un immense écran diffuse un ciel nocturne percé d’une arche laissant entrevoir une lune pâle et mystérieuse. Un décor théâtral, gothique sans être excessif, qui fonctionne toujours aussi bien.

Tobias Sammet apparaît sous les acclamations du public. Fidèle à lui-même, impossible de le manquer avec son superbe haut-de-forme zébré rouge et noir, ses lunettes de soleil, son petit bouc caractéristique et son foulard flottant autour du cou.

La fosse n’est remplie qu’à environ un tiers et les gradins affichent encore de nombreux espaces vides. Pourtant, dès les premières sollicitations du chanteur, la réponse du public est immédiate. Ça hurle, ça chante, ça applaudit. Les spectateurs présents ont clairement décidé de compenser le nombre par l’enthousiasme.

Comme toujours avec Avantasia, les invités se succèdent. Au fil du concert, pas moins de cinq vocalistes supplémentaires se relaient sur scène, offrant cette variété de timbres qui fait toute la richesse du projet. L’un d’eux assure régulièrement les chœurs aux côtés d’une chanteuse qui fera son apparition après une trentaine de minutes sur « Farewell ». Avec son immense chevelure rousse tombant jusqu’au bas du dos.

Entre deux morceaux, Tobias rappelle avec humour qu’il joue en France depuis 1998 et que c’est toujours un immense plaisir d’y revenir. Puis le voilà installé derrière son piano pour un moment plus intimiste. Quelques minutes plus tard, il glisse en souriant qu’il jouait autrefois dans un groupe de heavy metal avant de devenir… commercial. L’autodérision fait mouche.

Moment particulièrement symbolique lorsque l’ensemble des chanteurs se retrouve réuni sur scène pour célébrer les vingt-cinq ans du premier album. Onze musiciens occupent alors simultanément l’espace scénique. Une heure de spectacle qui passe à une vitesse folle.

À 20 heures, c’est au tour de Savatage. Fondé en 1979 par les frères Oliva en Floride, Savatage fait figure de monument du heavy metal américain. La disparition tragique de Criss Oliva en 1993 demeure l’un des événements les plus marquants de son histoire, mais l’héritage musical du groupe reste immense.

Pas de décor monumental cette fois. La sobriété domine. Sur l’écran géant, le logo du groupe apparaît en bleu électrique tandis que défilent des visuels psychédéliques, des ciels nocturnes baignés de lune et même des photographies d’archives retraçant les débuts de l’aventure. Une rétrospective émouvante. Et puis le soleil commence lentement à disparaître derrière le Zénith.

À mesure que la lumière naturelle s’éteint, les projecteurs prennent le relais. Les faisceaux deviennent plus présents, plus incisifs, plus spectaculaires. La scène s’embrase progressivement de couleurs profondes.

Musicalement, c’est une véritable démonstration. Les guitaristes n’ont absolument rien perdu de leur superbe. Les décennies semblent n’avoir aucune emprise sur leur technique. Les solos restent précis, inspirés. Vocalement aussi, la prestation impressionne. Pas de nostalgie forcée ici : Savatage joue avec la classe et la maîtrise de ceux qui savent exactement qui ils sont.

Puis vient l’attente. Quarante-cinq longues minutes durant lesquelles les techniciens s’activent dans tous les sens tandis que le public scrute chaque mouvement. Car tout le monde sait ce qui arrive.

À 22 heures, Sabaton entre en guerre. Fondé en 1999 à Falun, en Suède, Sabaton est devenu au fil des années l’un des plus grands ambassadeurs du power metal moderne. Sa particularité ? Raconter en musique les grandes batailles, les héros, les tragédies et les exploits militaires qui ont marqué l’Histoire. Une formule unique qui lui a permis de conquérir des milliers de fans à travers le monde et de remplir les plus grandes salles européennes.

Il fait encore jour. Le ciel n’est pas totalement noir. Pourtant, l’atmosphère change instantanément. Des lumières rouges s’allument sur scène. Sur les écrans latéraux apparaît l’emblématique « S » de Sabaton. Au centre, des éclairs écarlates traversent l’écran géant comme si une tempête électrique s’apprêtait à frapper Nancy. Le public explose.

Dès le premier morceau, pétards, gerbes pyrotechniques et explosions lumineuses envahissent l’espace. Chez Sabaton, le spectaculaire n’est jamais une option. C’est une nécessité. Habitués à des décors absolument gigantesques, les Suédois proposent cette fois une scénographie légèrement plus compacte que lors de leur précédente tournée, mais toujours impressionnante. Deux chars encadrent la scène tandis qu’un immense blindé constitue l’élément central du décor. Tout en haut, perché, le batteur règne sur l’ensemble du dispositif.

Le public est tellement bruyant que le chanteur peine parfois à prendre la parole entre les chansons. Sur « The Red Baron », un petit avion rouge traverse un ciel bleu projeté sur les écrans, renforçant encore cette immersion historique qui caractérise le groupe. Le travail visuel est remarquable.

Nous les avions vus l’an dernier au Luxembourg. La scénographie est totalement différente. Et surtout ce soir, la pyrotechnie franchit encore un cap. Les flammes montent plus haut. Les explosions sont plus nombreuses. Certaines illuminent même les abords des gradins, donnant l’impression que la bataille déborde largement du cadre de la scène.

L’humour typiquement scandinave n’est jamais loin. Les musiciens plaisantent sur l’absence momentanée du second guitariste, expliquant qu’il serait en train de subir un examen de la prostate en coulisses parce qu’il est vieux. Lorsqu’il réapparaît finalement pour lancer « Stormtroopers », il est accueilli par un tonitruant « old bastard » déclenchant les rires du public.

L’un des moments les plus marquants survient lors de « Christmas Truce ». Le chanteur demande aux spectateurs d’allumer les lampes de leurs téléphones. Peu à peu, des milliers de petites lumières blanches apparaissent dans l’obscurité. Six choristes prennent alors place au sommet des chars. Les harmonies apportent une ampleur supplémentaire à ce morceau déjà particulièrement émouvant.

Le travail sur les éclairages est tout simplement phénoménal. Rouge sang, bleu glacial, or incandescent… chaque chanson possède sa propre identité visuelle. Chez Sabaton, la lumière fait partie intégrante du spectacle au même titre que les guitares ou la batterie.

La setlist est intelligemment construite. Le groupe débute avec des titres solides mais légèrement moins fédérateurs avant d’enchaîner progressivement les incontournables. Une montée en puissance parfaitement maîtrisée qui maintient la tension jusqu’aux derniers instants. Les hymnes arrivent au moment exact où le public en réclame davantage.

Un Templier surgit alors sur scène pour embraser quatre braseros placés en bordure. Quelques minutes plus tard, un personnage incarnant Napoléon apparaît. En français s’il vous plaît. Immédiatement, le public se met à chanter la Marseillaise. L’ambiance devient délirante. Le personnage chauffe la foule, lance des « Saba ! » auxquels répondent des milliers de « Ton ! ».

Présentation des musiciens. Le batteur, lui, continue de marteler ses fûts sans interruption, comme possédé. Alors que la fin approche, Napoléon revient brandissant un drapeau français frappé du célèbre S de Sabaton. Sur les dernières mesures de « Swedish Pagans », tous les musiciens se regroupent en ligne au bord de la scène. Une image puissante. Presque guerrière.

Une ultime tirade, une dernière explosion, et c’est déjà terminé. Enfin… presque. Sabaton reviendra encore pour deux morceaux supplémentaires avant de quitter définitivement le champ de bataille après une heure quarante-cinq d’un spectacle total.

Cette première journée du Heavy Week-End aura offert un fascinant voyage à travers plusieurs générations du heavy metal. Savatage, né à la fin des années 70. Avantasia, enfant des années 90, incarnait le metal symphonique moderne et l’ambition théâtrale. Quant à Sabaton, formation du tournant des années 2000, il démontrait à quel point le heavy metal contemporain peut encore repousser les limites du spectacle vivant. Trois époques. Trois visions. Trois façons de faire vibrer le public.

Et pourtant, malgré la qualité exceptionnelle de l’affiche, la fréquentation laisse un léger goût d’inachevé. Le second niveau des gradins est resté presque désert tout au long de la soirée et la fosse n’a jamais réellement affiché complet. Dommage, tant les groupes présents méritaient une enceinte pleine à craquer.

Mais ceux qui avaient fait le déplacement le savent. Ils ont assisté à quelque chose de spécial.
Et ce n’était que le premier jour.

Texte : Adeline Pusceddu

Photos : Stéphane Bée

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