Cette année, en ce vendredi 24 juillet on s’accorde un petit plaisir et on a posé un jour de congé exprès pour prendre la route d’Insming et retrouver le MozHell Open Air. Parce qu’un festival, ça commence bien avant le premier riff. Ça commence dans la voiture en regardant le GPS annoncer l’heure d’arrivée.
Pour ceux qui vivent en Lorraine, on le sait, l’été est parfois un concept assez flou. Alors, voir le soleil bien installé dès le matin, sans une goutte de pluie annoncée, c’est presque suspect. Il fait chaud, oui, mais juste ce qu’il faut. Les températures infernales des jours précédents sont enfin retombées. On respire. Sur place, tout est bien indiqué et on trouve facilement une place pour se garer. Les bénévoles orientent les voitures avec le sourire et, à 17 h 45, on rejoint tranquillement la file d’attente.
C’est le groupe Astrayed Place qui lance officiellement cette édition 2026. Les Mosellans défendent un metalcore moderne où alternent grosses montées en puissance, passages mélodiques et voix écorchées. C’est un groupe qui s’est fait une vraie petite place sur la scène régionale à force de concerts et d’une belle régularité. Ils héritent pour commencer de la plus petite des deux scènes. Pas simple. L’espace est réduit, et il est difficile d’installer un décor dans cet endroit. Derrière eux, un simple fond noir affiche le logo du groupe. Le public, lui, prend doucement ses marques. Certains découvrent encore le site, d’autres font la tournée des stands avant de vraiment s’installer. Devant la scène, ça reste très aéré. C’est un début de festival, tout simplement. Les cervicales ne sont pas encore complètement échauffées.
Le ton change complètement avec Alea Jacta Est. Les Franciliens, actifs depuis quasiment vingt ans maintenant, évoluent dans un hardcore plus frontal. Cette fois, terminé l’échauffement : le son gagne clairement en puissance. Ça cogne plus fort, ça hurle plus fort, les premiers pogos prennent de l’ampleur et les épaules commencent à se rencontrer. Il y a quelque chose d’assez primaire dans leur musique, et pas dans le mauvais sens du terme. C’est brut. Ça ne cherche pas à être joli, ça cherche à être efficace. Mission accomplie. Et parce qu’ils ont de l’humour malgré tout, ils quittent la scène sur la musique du film Rocky. On venait de prendre quarante minutes de coups de poing sonores… autant quitter la scène avec un thème de vainqueur.
Il est aux alentours de 20h lorsque le festival décide qu’il est temps de remplacer les classiques vêtements noirs par du léopard et des paillettes, et de faire place à Blazon Fire. Imaginez l’enfant illégitime de Mötley Crüe et de Steel Panther élevé dans un petit village lorrain. Voilà. Vous avez une assez bonne idée du résultat. Le groupe ne se prend jamais au sérieux et c’est précisément ce qui fait tout son charme. Les refrains sentent les années quatre-vingts à plein nez, les vannes s’enchaînent presque autant que les morceaux et, très vite, le chanteur décide d’afficher publiquement son guitariste : « Il n’est pas accordé… c’est un con ! » Motif de l’accusation ? Il aurait changé ses cordes juste avant le concert. Mauvaise idée, visiblement. Des gerbes d’étincelles explosent devant la scène, à peine plus grosses que les bougies magiques d’un gâteau d’anniversaire. Mais franchement… ça fait son petit effet. Le groupe se présente comme les « Bon Jovi » du pauvre, une qualification qu’ils attribuent très sérieusement à la presse américaine, bien évidemment.
Retour à quelque chose de beaucoup moins léger avec Terror. Les Californiens n’ont plus rien à prouver : plus de vingt ans de carrière et une influence énorme sur le hardcore actuel. Si certains étaient encore frais après Alea Jacta Est, ils ont dû vite déchanter. Un énorme drap blanc arborant le nom du groupe en fond de scène, pendant près d’une heure, ça déroule sans respirer. Le chanteur arpente la scène de long en large, non-stop, survolté. Les effets stroboscopiques des jeux de lumière s’ajoutent à l’excitation ambiante déjà bien chargée. Les slams se multiplient, les Circle Pits grossissent encore. Pas une seconde de répit. C’est ce genre de concert où, même en restant tout au fond, on finit par avoir envie de courir se jeter dans le pit.
Puis arrive Kült45. Les plus jeunes de la soirée apportent immédiatement une autre couleur. Littéralement. Entre la guitare jaune fluo, la crête rouge du bassiste, le chanteur aux cheveux décolorés cachés sous sa casquette et les jeux de lumière ultra-colorés, difficile de les rater. Il y a déjà une vraie personnalité qui se dégage : le chanteur alterne chant clair en français et scream. Une belle performance vocale, à mi-chemin entre les cousins de Landmvrks et d’Enhancer. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils savent mettre l’ambiance, ils poussent même le vice jusqu’à l’explosion de confettis pour ajouter leur touche. Une très belle découverte que nous vous recommandons sans hésitation.
L’honneur de clôturer cette première soirée revient au groupe Enhancer. Impossible de ne pas ressentir une petite montée de nostalgie quand les premiers morceaux démarrent. Pour toute une génération, leurs chansons sentent immédiatement les années collège/lycée, les vieux MP3 et les compilations gravées à la maison. Une heure durant, le groupe déroule un concert généreux. Les éclairages rouges et blancs donnent une vraie puissance aux morceaux. Pas besoin d’en faire des tonnes : parfois, deux couleurs suffisent largement à créer une ambiance. À mi-set, le frontman descend chanter au milieu du public pendant qu’un immense Circle Pit se dessine autour de lui. Un de ces moments qu’on adore voir dans les festivals parce qu’ils rappellent que, finalement, la frontière entre la scène et le public est souvent très fine. Comme souvent avec Enhancer, les invités se succèdent. Ce soir, c’est Clem, le chanteur d’Ashen, qui rejoint le groupe sur le titre mythique « Cinglés ». Puis, sur le dernier morceau, ce sont les gars de Kült45 qui débarquent à leur tour. Tout le monde court dans tous les sens, saute, chante, se percute. C’est le bazar. Un beau bazar.
Minuit sonne et c’est déjà fini… Six groupes et presque autant d’univers différents : c’est finalement un joli résumé de ce que le métal sait proposer aujourd’hui. Du metalcore au hardcore, en passant par du glam complètement décomplexé au néo-métal nostalgique, il y en avait vraiment pour tous les goûts. Une organisation bien rodée, une météo parfaite, quelques très belles découvertes et une ambiance qui est montée en puissance au fil des heures. Si le reste du week-end est du même niveau, le MozHell Open Air tient clairement une très belle édition.
Texte : Adeline Pusceddu
Photos : Catherine Florian – By CFK Photographies
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