Dimanche 26 juillet… C’est déjà, hélas, le tout dernier jour de cette édition du festival. On a toujours cette sensation que le temps file trop vite, c’est inévitablement le cas avec les bonnes choses. Il convient donc de profiter pleinement de cette ultime journée.

On attaque dès 14 h 15 avec Late Blossom. Créé en 2018, ce combo français navigue entre pop-punk ensoleillé et indie-rock. Bon, soyons honnêtes, y a pas encore foule devant la scène, un petit noyau quand même. Ce n’est pas complètement désert non plus, mais on devine sans mal que le réveil a dû être un poil difficile sous les tentes pour certains festivaliers. Pas de scénographie particulière, et pour cause, l’ambiance est totalement bon enfant. Entre deux accords, les musiciens balancent des confettis multicolores, des bouées et un énorme crocodile gonflable qui navigue sur les têtes. Ça lance la journée dans une douce euphorie, exactement le shot de bonne humeur qu’il nous fallait.

Changement radical de registre avec Gruiik. Visuellement, le groupe assume un décalage total, bob Cochonou pour le guitariste, jupe assortie et masque de cochon noir pour la bassiste, t-shirt minimaliste barré du mot « bisous » pour le chanteur. Entre deux morceaux, la formation distribue des frites de piscine aux spectateurs. Dans la lignée directe d’un Gutalax, la proposition musicale ne relève certes pas des standards conventionnels, et ce n’est pas forcément notre tasse de thé. Cependant force est de saluer la prodigieuse technique vocale du chanteur. Ce travail d’une précision chirurgicale sur les growls témoigne d’une maîtrise et d’une prouesse absolue indispensable pour préserver ses cordes vocales au quotidien.

Place ensuite à Coming Wolves, créé en 2012, ce groupe de punk-rock et metal alternatif français célèbre ici son 100ème concert, un cap important fêté dignement au Mozhell Open Air. Le concert est marqué par une séquence particulièrement insolite lorsque, au milieu du public, une jeune femme demande à son compagnon s’il souhaite se pacser avec elle. L’échange se prolonge sur scène, sous les acclamations du public et se solde par une réponse positive. Et puis, mention spéciale, à ce papa courageux qui porte sa petite fille sur les épaules, bien accrochée, au cœur même du pogo survolté de Coming Wolves. Magique !

La température monte d’un cran avec Skindred formé en 1998, le groupe propose un métissage explosif de reggae, de metal et de dancehall. Le chanteur fait son apparition sous un imposant gilet de fausse fourrure qu’il s’empresse de retirer, témoignant de la fournaise ambiante. En véritable maître de cérémonie, il dirige l’audience du Mozhell Open Air à travers des interactions vocales minutieusement orchestrées. Trente minutes plus tard, le showman opte pour une veste à paillettes rouges et une chapka assortie, agrémentée d’un long ruban scintillant fixé au micro. Pour l’interprétation du titre « Kill The Power », un drapeau britannique noir et blanc est arboré sur le pied de micro. Nouveau changement vestimentaire pour une veste en cuir blanc frangée aux accents vert, jaune et rouge. Le groupe insuffle une énergie considérable, se positionnant indiscutablement comme le détenteur du record de slams de ce week-end de festival, à égalité certainement avec Enhancer.

Changement radical d’atmosphère avec Solitaris. Émergent depuis 2021, le groupe propose du stoner/doom metal très ténébreux. Il s’agit de la seule formation du week-end à proposer une scénographie poussée. On retrouve sur la scène, deux grands écrans verticaux rectangulaires dressés de chaque côté de la scène diffusent en boucle des visuels hypnotiques, notamment cette femme encapuchonnée qui murmure des incantations énigmatiques. L’ambiance évoque une messe noire, renforcée par des bougies de cire noire disposées sur les amplis. Vêtus de noir et dissimulés sous des cagoules intégrales, à l’exception du bassiste dont le bas du visage reste visible. C’est un croisement parfait entre des Nazgûls et des Détraqueurs, pour ceux qui ont les références. Totalement investis dans leur concept, ils s’abstiennent de toute interaction verbale avec le public, optant pour une exécution brute et puissante.

La clôture de la grande scène est assurée par les vétérans new-yorkais de Madball. Fondé en 1988, ils sont le pilier historique du hardcore. Le chanteur s’avance, toise la foule et demande l’air de rien si nous sommes fatigués, avant de lâcher cette info lunaire : eux-mêmes ont déjà joué un concert complet à 14h en Allemagne le jour même Ils ont directement sauté dans un van et roulé tambour battant vers le Mozhell Open Air. Franchement, ces types-là ne rigolent absolument pas avec le métier. Une décharge d’énergie brute, féroce, bestiale, à se demander par quel mystère biologique ils tiennent encore debout. Du grand art avec un A majuscule !

Ces trois journées passées au MozHell Open Air auront tenu toutes leurs promesses, s’imposant comme une remarquable célébration de la culture métal sous toutes ses formes. De la puissance percutante des formations hardcore à la nostalgie maîtrisée du nu-metal, en passant par des ambiances glam et l’intensité ténébreuse du doom, la programmation a su ratisser large avec un vrai talent artistique. Au-delà des performances scéniques solides et de la rigueur logistique, c’est surtout la bienveillance remarquable et la convivialité généreuse qui auront marqué les esprits. Entre éclats de rire partagés, performances techniques impeccables et communion spontanée entre artistes et festivaliers, l’expérience s’est révélée tout bonnement incontournable. Une édition rondement menée qui laisse augurer le meilleur pour la suite, personnellement on a déjà hâte d’y retourner l’an prochain.

Texte et photos : Adeline Pusceddu

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