Ce samedi 25 juillet est encore une journée où, franchement, on a de la chance. Le soleil est là, il fait chaud, mais pas cette chaleur étouffante qui vous donne envie de passer votre journée entière à l’ombre d’un barnum avec une bière à la main. Non, aujourd’hui, les conditions sont presque parfaites. Enfin, ça, c’était le plan. Parce que les imprévus de la vie ont fait qu’on n’a pas pu se rendre sur le site plus tôt. Et c’est avec notre plus GRAND regret qu’on a donc loupé, entre autres, le concert d’Ashen. Apparemment, il fallait être là. Nous, on n’y était pas. Alors si vous étiez devant la scène, racontez-nous. Mais à 17 h 50, nous voilà enfin devant la petite scène. Et on attaque directement avec Fashioned From Bone.

Pas de décor grandiloquent, juste un drap noir frappé du nom du groupe. Et puis ce chanteur, vêtu d’un uniforme orange qui rappelle franchement celui des prisonniers américains. Bon… ça annonce la couleur, si l’on peut dire. Originaire de Sarrebruck, Fashioned From Bone évolue quelque part entre rock alternatif et garage, aux influences grunge. Le trio revendique justement ce mélange difficile à enfermer dans une seule case, avec une musique brute, sans fioritures, mais loin d’être simpliste. Et pendant quarante-cinq minutes, on va se faire secouer. Pas violemment. Enfin si, un peu quand même. Le son est gras, rugueux, presque poussiéreux par moments.

Et puis il y a ce détail qui saute aux yeux plus rapidement qu’aux oreilles : il n’y a pas de guitariste !

Uniquement batterie, basse et chant. La basse est tellement présente, tellement travaillée et tellement massive qu’elle remplit l’espace laissé vacant par la guitare. On en oublie presque qu’il manque quelqu’un sur scène. Après tout, qui a dit qu’on avait besoin d’une guitare ? Clairement, Fashioned From Bone nous démontre que non. Et on repart totalement convaincu.

Changement radical d’ambiance avec le groupe Gutalax. La formation tchèque évolue dans un univers goregrind/grindcore aussi assumé que volontairement provocateur. Leur esthétique joue largement sur l’humour scatologique, avec une identité visuelle et scénique qui ne laisse généralement personne indifférent. Alors, pour ceux qui ne connaissaient pas, comme moi, attention, vous n’êtes pas prêts. Parce que là, on entre dans une autre dimension.

Gutalax, c’est particulier. Ce n’est pas spécialement mon style, donc je ne vais même pas essayer de faire semblant d’être objective sur ce concert. Mais je comprends parfaitement qu’on puisse être fan du genre. Il y a un public, une véritable communauté, et visiblement, elle sait très bien pourquoi elle est là. Musicalement, les musiciens sont loin d’être des manches, ça joue vite, très vite même. La batterie est une véritable machine de guerre et l’ensemble est parfaitement maîtrisé. Une chose est certaine, Gutalax sait exactement ce qu’il fait, et son public, lui, semble avoir compris depuis longtemps.

Avec Olden World Limit, c’est le retour sur la petite scène, et là, on retrouve un univers qui nous parle beaucoup plus. Le groupe, originaire de Thionville, s’inscrit dans un registre néo-métal/fusion. Leur musique mélange notamment métal, rap et influences allant de Korn à Rage Against the Machine, en passant par le néo-métal français de Pleymo ou d’Enhancer. Déjà présents l’année dernière, les musiciens avaient dû essuyer un orage particulièrement coriace et n’avaient pas pu faire ce qu’ils avaient réellement prévu. Alors, forcément, revenir cette année a une saveur un peu particulière. Le groupe remercie d’ailleurs le festival de lui avoir offert une seconde chance. Si vous êtes du côté de Thionville et que vous fréquentez un peu les bars et les petites scènes de la région, vous les avez probablement déjà croisés. Ce sont des têtes connues du coin, des musiciens qui ont écumé les scènes locales avant de se retrouver ici. Et il y a du monde sur cette petite scène ! Deux guitaristes, un bassiste, un batteur, un chanteur… et même un DJ derrière ses platines, qui vient balancer quelques scratches et donne parfois cette petite sensation de replonger directement au début des années 2000.

Le chanteur, lui, est impossible à rater avec ses longues dreads qui lui descendent presque jusqu’au bas du dos et cette veste Adidas rouge qui, de loin, n’est pas sans rappeler l’esthétique de Jonathan Davis, le chanteur de Korn. Mais Olden World Limit ne cherche pas à imiter : le groupe prend ses influences, les mélange, les digère et en ressort quelque chose qui lui appartient. Et surtout, ils chantent en français. Ça change tout. On se laisse facilement embarquer par l’énergie débordante du chanteur, qui finira d’ailleurs par tomber la fameuse veste rouge pour terminer le set d’une heure torse nu. Une heure de néo-métal, de rap, de scratches et de grosses montées d’énergie : les années 2000 sont de retour.

On repasse ensuite sur la grande scène avec Stick To Your Guns. Originaire de Californie, la formation américaine s’est imposée au fil des années comme une valeur sûre du hardcore punk et mélodique, se construisant une réputation scénique particulièrement physique et engagée. Derrière eux, un énorme drap arbore le nom du groupe en orange, encadré de petites fleurs de la même couleur. C’est joli, presque mignon, mais il ne faut pas s’y fier. Dès les premières secondes, la basse est poussée à fond et traverse littéralement le corps. La puissance est là, et Stick To Your Guns n’est clairement pas venu à Insming pour faire de la figuration. Les Californiens veulent nous secouer, et ils le font avec une efficacité redoutable.

Ça balance de la testostérone à pleine balle : du hardcore comme on l’aime, frontal, massif, engagé et terriblement physique. Le concert prend toutefois une tournure beaucoup plus émouvante lorsque la formation rend hommage à Lou Koller, le chanteur de Sick Of It All, dont la disparition venait tout juste d’être annoncée. Le groupe new-yorkais avait été contraint d’annuler sa tournée européenne en 2024 à la suite de sa maladie. Forcément, ici, l’hommage résonne encore davantage, d’autant que Sick Of It All devait être l’une des têtes d’affiche de la toute première édition du MozHell Open Air en 2024.

Deux ans plus tard, le festival est toujours là. Lou, lui, ne reviendra pas. Alors forcément, ce moment serre un peu notre petit coeur.

Retour sur la petite scène avec brokNface, le groupe français revendique un mélange de groove, metal et hardcore, avec également des influences R&B et une véritable attention portée à l’image. Et sur scène, ça se voit ou plutôt… ça se vit. Le chanteur se donne à fond et affiche une joie assez communicative d’être là. Il est accompagné d’une bassiste, d’un batteur et d’un guitariste, et tous semblent prendre un plaisir assez évident à jouer ensemble. Mais c’est surtout le look du chanteur qui attire l’œil, androgyne, assumé, spectaculaire, portant un magnifique bustier noir, shorty en jean et talons. Il y a quelque chose de libérateur dans cette manière d’occuper la scène, sans chercher à rentrer dans la moindre case. Et puis surtout, ça colle parfaitement avec l’identité du groupe, mélange des genres, mélange des codes, mélange des influences. Et comme si ça ne suffisait pas, brokNface nous gratifie d’une reprise de Rage Against the Machine. Le groupe terminera cependant son set environ vingt minutes plus tôt que prévu, laissant un assez long battement avant l’arrivée de P.O.D.  Ça laisse le temps d’aller chercher quelque chose à boire, un truc à grignoter, de refaire un peu le plein d’énergie.

Et puis arrive P.O.D. Pas de décor, pas de gigantesque écran, pas même le nom du groupe sur une toile. Mais a-t-on vraiment besoin de les présenter ? L’adolescente de seize ans qui vit encore quelque part en moi n’en revient toujours pas. Le groupe américain que, à l’époque, je n’aurais jamais imaginé voir un jour en concert. Et encore moins à une heure de chez moi. Et pourtant, voilà, on y est. Et cette adolescente intérieure ne pourra jamais assez remercier le MozHell Open Air pour ça.

P.O.D., formé en 1992, est devenu l’un des groupes emblématiques du nu-metal des années 1990 et 2000. Dès le début, c’est la folie avec la première chanson, « Boom », et c’est littéralement ce qui s’est passé ! BOOM ! Le chanteur Sonny Sandoval monte sur les barrières, vient chanter directement au plus près du public, depuis le crash-barrière, saute partout sur scène, court et bouge sans jamais s’arrêter.

Ils rendent eux aussi hommage à Lou Koller et expliquent combien Sick Of It All les a influencés à leurs débuts. Car au-delà de la musique, c’est aussi ça un festival : voir les générations se croiser, les influences se transmettre, et les groupes que l’on écoutait adolescent devenir à leur tour ceux qui rendent hommage à leurs aînés. Ce qu’on apprécie surtout, c’est que P.O.D. prend le temps de parler avec le public, de plaisanter et n’instaure aucune distance.

Et puis il y a ce petit moment assez drôle où le chanteur annonce une chanson… mais ce n’est pas la bonne. Ils avouent qu’ils sont fatigués et qu’ils n’ont même pas noté les morceaux qu’ils devaient jouer. Et visiblement, même sans setlist correctement préparée, P.O.D. sait encore parfaitement retomber sur ses pieds. Évidemment, impossible de passer à côté du classique « Youth Of The Nation », mais surtout du titre « Alive ». Le morceau que tout le monde attend : le refrain est repris en chœur par le public. Il y a des choses qu’on oublie avec le temps, des visages, des dates, mais certaines paroles restent ancrées quelque part. Et quand les premières notes de la chanson de notre adolescence retentissent, elles remontent toutes seules. Peut-être que c’est aussi pour ça qu’on va aux concerts : pour retrouver, pendant quelques minutes, une version de nous-même qu’on pensait avoir laissée derrière.

C’était encore une soirée mémorable au MozHell Open Air.

Et demain, on remet ça !

Texte et photos : Adeline Pusceddu

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