Dans la silhouette filiforme de Clark en couverture de sa nouvelle galette, dans cette façon d’avancer droit, il y a quelque chose de ‘L’homme qui marche’ d’Alberto Giacometti. La comparaison pourrait s’arrêter là. Pourtant la démarche artistique du texan fait en quelque sorte écho à celle du sculpteur tessinois qui tendait à établir un volume nouveau avec des œuvres grandeur nature. Le guitariste cherche lui, après des albums au blues d’un classicisme épuré à offrir à sa musique des volumes moins figés et surtout à redéfinir les règles.

Si l’on avait déjà pu se rendre compte que le gaillard avait des envies de hip-hop ou de soul, cela restait à l’état de simple esquisse, ses précédentes livraisons se glissant dans des mises en œuvre proche de la performance live. Avec une production ambitieuse, avec une énergie jamais bridée, mais toujours utilisée à bon escient, on avance à travers les titres comme au cœur d’un carrefour hyper animé. On sent la pulsion d’une époque foisonnante aux mélanges culturels décomplexés, on sent le plaisir de malaxer la matière, de lui faire prendre des formes inattendues.

Et Gary Clark Jr. d’utiliser tout le potentiel d’un vrai travail studio pour permettre à son magique jeu de guitare de prendre une nouvelle dimension. Comme lorsqu’il ouvre son album avec un hip-hop technoïde (‘This Land’), entremêlé de samples de Woody Guthrie, où il pousse sa six cordes à tailler en pièces une rythmique presque monotone. Ou comme lorsqu’il ose la brider, dans un riff mécanique et grinçant pour souligner une soul lascive (‘I walk alone’). Aucun style n’est épargné, reggae (‘Feelin’ Like a Million’), rockabilly (‘Gotta Get Into Something’), rock garage (‘Low Down Rolling Stone’).

Mais rassurez-vous il sait toujours balancer des solos de guitare d’une beauté hallucinante (‘I Got My Eyes on You’), simplement ce blues aux accents soul fuit à grandes enjambées les lignes classiques, pour s’encanailler d’une construction déstructurée. Mais là où finalement le bonhomme étonne le plus c’est dans la manière dont il ose pousser sa voix à prendre des couleurs plus variées les unes que les autres, permettant à cet album pléthorique (17 titres), de ne presque jamais tourner en rond. L’homme qui marche semble prêt à ne plus s’arrêter.

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Note: 4/5