En investissant la scène, tout de noir vêtu évidemment, Black Willows donne le ton d’une soirée qui va se dérouler quelque part entre moiteur et intensité. Emmené par les déclamations lentes et vibrantes d’Aleister Crowley et porté par ses longues phrases de guitares, le trio lausannois guide le public aux confins de la méditation et de la conscience d’un monde que l’on aimerait chahuter. En une demi-douzaine de titres de shamanic doom on va sentir la basse de Maxime Sacchetto nous envelopper d’un voile épais et les mélodies se lancer à l’assaut d’immenses espaces ouverts à perte de vue. Et au-dessus de ces textures très linéaires survole la frappe d’Erik Dettori, percutant les lignes, malmenant les certitudes et les ambiances, évitant à l’assistance de tomber dans la torpeur d’une soirée caniculaire.
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Et si torpeur il devait y avoir au sein du public, le percutant « Don’t Bring Me Coffee » ouvrant le set des All Them Witches aura tôt fait de réveiller les derniers neurones assoupis. Le combo de Nashville frappe fort d’entrée. Puis, avec l’album tout frais « House Of Mirrors » sous le bras, les musiciens vont axer la première partie du set sur des nouveaux titres. Du très vrombissant « Hold Up, Say What ? » au countrysant « Aethernet » on découvre une facette plus directe, plus ramassée, de leur desert psyché rock. Si les fins sont franches, si les riffs de Ben McLeod sont toujours aussi raffinés que poussiéreux, manque une petite sensation de crasse, de moiteur. Il y a bien ce « Saturn Song » dont la mélancolie ébranlée par une rythmique en accélération laisse entrevoir les meilleures heures du combo. Et surtout reste la voix de Charles Michael Parks Jr. d’une ampleur et d’une chaleur impressionnante.
C’est en basculant dans ses classiques avec un « Workhorse » aux fondements crasseux et lents que le quartet va faire petite à petit monter la pression. Et le soutient du public de se faire de plus en plus net. All Them Witches ne va plus s’arrêter, imposant tension, lyrisme des mélodies de guitare et percussion des lignes de basse. Et jusque-là un peu dans l’ombre la batterie de Christian Powers et les enluminures du claviériste et violoniste Allan Van Cleave de prendre de plus en plus d’espace. Après avoir navigué ente l’acidité percutante de « Saturine & Iron Jaw » et la nudité désertique du blues de « Harvest Feast », le groupe va embarquer son public dans une conclusion poisseuse et dense. A chaque fin de titre on pense le set terminé alors que les musiciens parviennent encore à augmenter l’intensité, jusqu’à ce « Enemy of My Enemy » étouffant. Sortie de scène sous une ovation des Docks.
Et de revenir pour un rappel osant un peu de relâchement. « Alabaster », croisant rythmique décalée et riffs rauques, va refermer un chapitre fait autant de maîtrise que d’intensité. Même si on aurait aimé des sorties de route plus libres, un grain de folie plus osé, plus affirmé.











[Yves Peyrollaz]
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