Le nouvel album de Nick Cave et de ses mauvaises graines a débarqué sans annonce fracassante, comme l’on découvre stupéfié une aube apaisée, après une nuit si tourmentée qu’on la croyait interminable. Ce ‘Ghosteen’ ressemble bien à l’une de ces aubes d’après une nuit orageuse où l’horizon est partagé entre d’imposantes écharpes de nuages sombres et un ciel se parant de couleurs denses, oranges sanguins, jaunes doré, roses profonds, avec pour refermer le cadre des sommets montagneux lointains aux lignes déchirées, mais tellement nettes. On sent bien que la journée qui s’annonce va être belle, mais elle porte les stigmates indélébiles de la tempête. Et c’est bien d’une nuit plus qu’agitée que Cave se relève, marquée par les disparitions, les excès, les cassures. Si sa récente tournée l’avait montré sous un visage intense, flamboyant, rock et communicatif, sa nouvelle galette fait briller une lumière plus douce, qui joue surtout sur cette envie de partage. Les tourments de l’âme abandonnent les gris, les noirs, qui tenaient ‘Skeleton Tree’ pour des teintes plus chaudes et colorées. Mais les tourments sont toujours bien présents, pesants. Les constructions musicales, suivent, elles, un chemin presque identique, en forme de progression, adoptant les constructions nues du précédent album, mais évoluant comme cette aube naissante, plus en douceur, plus en nuances, avec juste en leur centre une lumière d’une intensité folle, la voix. D’une force incroyable, d’une limpidité inégalée, d’une hauteur aussi délicates qu’impressionnante, elle place le texte au centre de toutes les attentions. Partagé en deux, à la manière d’un double album, si l’œuvre est marquée par ses nappes organiques, ses ambiances contemplatives, elle l’est avant tout par sa poésie, et elle est vue par Cave comme une dualité enfants, parents. Elle est surtout à écouter le cœur ouvert, et l’esprit tourné vers l’infini, au risque sinon de se perdre et de passer son chemin sans en saisir le sens profond.

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Note: 3/5