En ce samedi 6 décembre, direction Francfort et la Jahrhunderthalle. Trois heures de route sous une pluie battante dont les rafales s’écrasent sur le pare-brise avec une régularité presque musicale. Les essuie-glaces infatigables, semblent suivre le tempo effréné de l’autoradio. Nous révisons nos classiques en prévision de la soirée : un programme intense avec TX2, Creeper, The Devil Wears Prada et Ice Nine Kills.
18h30 la soirée commence avec TX2
TX2, né courant 2018, enfant d’Internet et de TikTok, cependant sur scène le groupe prend une autre allure, plus brute, plus électrique. Zéro décor, pas de fond de scène, pas d’artifice. Seule présence féminine du groupe, la bassiste impose sa prestance tandis que les looks inspirés des emos métamorphosent la scène.
19h20 Creeper débarque sur scène
Creeper, formation britannique née en 2014, ne présente pas de décor également. Le son d’une voix off féminine résonne…racontant l’histoire d’une créature surgie des ténèbres et les musiciens entrent en scène. Tous vêtus de noir, maquillés comme des morts presque théâtrales. Six sur scène, deux guitares, une claviériste, un batteur, le chanteur, et dès le deuxième morceau, ce moment suspendu où la claviériste s’avance pour assurer un passage chanté avant de s’interrompre brusquement. Le regard happé par quelque chose d’anormal dans la fosse, stoppant net la dynamique, laissant place à l’intervention de la sécurité, pendant que le chanteur rappelle au micro qu’il faut faire attention les uns aux autres. Ils ne relancent pas la chanson, préfèrent enchaîner sur un autre titre, plus brutal, qui ouvre un véritable circle pit au cœur du public, comme un tourbillon vivant.
20h10 The Devil Wears Prada continue la soirée
The Devil Wears Prada, formé en 2005 dans l’Ohio, est un des pilier du metalcore moderne. Rien en décor, encore une fois. Dès le premier morceau, l’injonction tombe : « I wanna see a fucking mosh pit », mais la réponse du public reste hésitante, timide. Cinq musiciens occupent la scène, en l’absence notable de bassiste depuis quelques mois mais que le groupe assume désormais pleinement. Le chanteur principal mène la charge, tandis que le guitariste et le claviériste se partagent les chœurs. Les titres du tout nouvel album enflamment littéralement le public de part leur intensité. Cela nous rappelle que ce dernier opus est une pépite !
Le groupe souligne que la date est presque symbolique, puisqu’il s’agit de l’une des dernières étapes de la tournée européenne avant l’Angleterre, et exigent du public qu’il se réveille. Sur le titre ‘Chemical’, ils demandent l’allumage des téléphones, et la salle se transforme en ciel artificiel, une constellation électronique.
Pendant la transition, une pluie de ballons multicolores grimée d’un visage clownesque surgit au-dessus des têtes du public. Flottants, frappés, repoussés, malmenés par les mains, donnant l’impression dérangeante d’une fête d’anniversaire qui aurait dérapé dans un film d’horreur de série B.
21h20 Ice Nine Kills termine cette belle soirée musicale
Ice Nine Kills, fondé en 2002 à Boston est devenu au fil des années une machine de guerre théâtrale, construisant un univers profondément ancré dans le cinéma d’horreur. Notamment avec l’album concept ‘The Silver Scream’, qui a transformé le groupe en véritable troupe de théâtre gore.
Dès les premières secondes, tout change.
Un logo monumental s’allume derrière le batteur, projetant le chiffre 9 en lettres romaines. À l’arrière pend un immense drap maculé du nom du groupe, écrit comme avec un liquide épais et sombre imitant le sang. Deux écrans géants encadrent la batterie, imitant de vieux téléviseurs cathodiques, diffusant des publicités des années 90. Des personnages entrent et sortent de scène, jouant des victimes promises à des fins grotesques, entre humour noir et brutalité cartoonesque, dans une chorégraphie presque trop maîtrisée.
Le moment le plus absurde surgit avec la reprise de ‘Walking on Sunshine’, exécutée par un personnage déguisé en soleil, dansant de manière grotesquement joyeuse, brandissant une hache avec une innocence dérangeante, avant l’enchaînement presque logique, presque nécessaire, avec ‘Rainy Day’, morceau qui écrase toute légèreté.
Et pour clôturer le set, sur le titre ‘The work of Art’ l’arrivée d’un Père Noël, figure grotesque et rassurante, immédiatement abattue sur scène. Tandis que la chanteuse de Creeper vient poser une voix féminine presque angélique, renforçant le contraste entre beauté et violence.
Le groupe n’aura que très peu d’interaction avec le public, aucun temps mort, pas de blague, pas de discours inutile : les morceaux s’enchaînent comme des opérations chirurgicales, précises, mécaniques.
Tout commence à l’heure, presque à la seconde près, efficacité allemande oblige. Un public globalement retenu durant les premières parties, peu de slams et ceux qui se lancent tombent rapidement, mal réceptionnés. C’est avec The Devil Wears Prada que la température du public commence à monter lentement. Mais c’est avec Ice Nine Kills que le chaos se libère vraiment, que les slams s’enchaînent, sans pause, transformant la fosse en mer agitée. Une soirée qui, partie timidement, s’achève en véritable déferlante.
Texte : Adeline Pusceddu
Liens Utiles :
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