Le KKL de Lucerne conçu par Jean Nouvel est idéalement situé au bord du lac, un magnifique lieu qui affichait presque complet. En ce premier lundi du mois de novembre, il accueillait la pianiste japonaise Hiromi Uehara, accompagnée de son complice légendaire Simon Phillips à la batterie (Toto, Jeff Beck, The Who, Protocol) et du dernier arrivé James Genus à la basse (Daft Punk, Herbie Hancock) remplaçant de luxe du regretté new-yorkais Anthony Jackson décédé fin 2025.
Le Hiromi Trio Project est l’un des sommets créatifs de l’extravagante pianiste originaire d’Hamamatsu, que l’on peut comparer au génie rebelle, tout aussi impétueux, de Ludwig van Beethoven !
Ce trio mythique, qui fusionne jazz, rock progressif et musique classique, est reconnu mondialement pour son énergie scénique et sa virtuosité technique hors norme.
L’acoustique parfaite de la « Konzertsaal » est l’endroit idéal pour magnifier la performance du trio. Durant près de nonante minutes, ce sont de véritables montagnes russes musicales et émotionnelles qui ont régalé le public lucernois, nombreux et connaisseur, qui par trois fois a offert une standing ovation aux musiciens ! Avec des titres comme « Move », « Wonderland » ou encore « Brand New Day », on comprend aisément l’enthousiasme du public, particulièrement après « Dilemma », titre qui clôturait le concert avant un potentiel rappel.
Hiromi Uehara est revenue seule sur scène pour interpréter au piano, et à sa sauce, un divin mélange d’improvisations et de mélodies que l’on a tous entendues au moins une fois dans sa vie – il me semble d’ailleurs avoir reconnu un thème de Ryuichi Sakamoto. Un florilège de notes et d’envolées captées par l’auditoire qui, dès la fin de sa prestation solo, s’est levé d’un seul homme pour l’applaudir à tout rompre. Avec « Spirit » pour clôturer ce show, le public a pu profiter une dernière fois de la qualité acoustique exceptionnelle de ce lieu si incroyable en Suisse. Sous les ovations d’une salle debout, les trois musiciens ont quitté la scène par la grande porte. Bravo !

A la baguette du trio, Hiromi Uehara est totalement habitée par sa musique. Véritable virtuose, elle est reconnue pour son énergie débordante, volcanique et démonstrative : un spectacle à elle toute seule ! Sa touche d’humour lors de ses prises de parole a également fait mouche, comme la pincée de gros sel d’un grand chef venant parachever son plat concocté avec Amour.
En parlant de baguettes, oui, je vous l’avoue : votre serviteur est venu en premier lieu pour écouter et observer le jeu excellentissime de Simon Phillips derrière son kit Tama monstrueux qui ne change pas d’un iota au fil des ans. Batteur de renommée internationale qu’il n’est plus besoin de présenter, l’Anglais agit comme la véritable colonne vertébrale du trio, jouant constamment au chat et à la souris avec Hiromi Uehara. On pourrait même parler d’une interaction télépathique entre ces deux musiciens qui se font face, permettant à Simon Phillips de réagir instantanément, passant d’un groove rock lourd et puissant à un swing effleurant avec finesse les différents éléments de sa batterie.

Mué en maître de la géométrie du temps, sa rigueur métronomique fait merveille avec la musique de Hiromi Uehara, truffée de pièges rythmiques, de polyrythmies et de signatures complexes, allant jusqu’à faire chanter ses fûts, en particulier ses octobans qu’elle adore, dixit Hiromi herself !
Pour soutenir une telle architecture rythmique, il fallait un partenaire au diapason : c’est là que le grand James Genus – par la taille et par le talent – entre en scène. Complice idéal de Simon Phillips au sein de cette section rythmique de haut vol, le bassiste sert de liant, comme l’ingrédient secret d’une recette maintes fois éprouvée, ou de ciment pour construire un véritable mur du son avec ses pairs. Quelle précision, quel groove et quelle dextérité lorsqu’il s’aventure dans les tuplets (ces divisions rythmiques complexes qui vont au-delà des sextolets) ! Discret, mais d’une efficacité redoutable.
S’aventurer au KKL pour découvrir une autre facette de Simon Phillips m’aura permis de repartir avec une certitude : les grands pianistes-compositeurs d’hier et d’aujourd’hui sont finalement très proches de notre univers musical de prédilection. Dans leur monde, même avec le piano à l’honneur, on passe ainsi d’une technicité extrême à de divines mélodies envoûtantes, voire d’une subtilité absolue.
À l’heure de finaliser cet article, les photos du concert n’auront été possibles que durant une seule chanson et sans pouvoir se déplacer. On sort très heureux d’une telle soirée surprenante et où, à nouveau, le « zéro téléphone » permet de jouir pleinement de la musique et de ces moments suspendus. Je vous propose en lien deux concerts du trio pour les découvrir à votre tour et, pourquoi pas, glisser un jour une galette d’Hiromi Trio Project sur votre platine, un verre de vin rouge à la main, pour apprécier l’instant. Vivons l’instant.
Texte & photos : Stéphane Bée / AceBeePics
Liens utiles :
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Hiromi Trio Project – Live 2012 / Source Youtube
Hiromi Trio Project – Live 2026 / Source Youtube












