Chez nous, il y avait toujours du Styx quelque part. Pour ma mère, c’était le band de son adolescence, et même un peu son crush. J’ai grandi avec Babe et Come Sail Away dans les oreilles, sans jamais me demander pourquoi je les connaissais par cœur. Lundi soir, à la Place Bell de Laval, j’ai enfin vu tout ça en vrai. Quand le show a démarré, le brouillard a enveloppé la scène et nous a amenés dans leur univers.
La salle était complète. Des gens nés dans les années 60, comme ma mère, étaient venus avec leurs enfants de mon âge. Beaucoup de dames dans la soixantaine dansaient en reprenant les paroles du groupe de leur jeunesse. Sur le parterre, les chaises ne servaient à rien : tout le monde est resté debout à danser pendant le show.
C’est Mentana, un groupe montréalais au folk cinématographique, qui a ouvert la soirée. Leurs chansons racontent des histoires qui se déroulent un peu comme de petits films, une belle façon de mettre la table avant Styx.
Sur scène, le piano de Lawrence Gowan tournait sur lui-même, et c’est lui qui a fait la présentation du groupe en français. Ce qui frappe, c’est l’aisance. Ces gars-là sont sur scène comme chez eux, et on voit que c’est toute leur vie. Tommy Shaw connaît ses passes de guitare par cœur, et Gowan sait se mettre en valeur. À la basse, son petit frère Terry donnait tout un show lui aussi, et le guitariste Will Evankovich jouait face à face avec Lawrence.
Sur Rockin’ the Paradise, Gowan a lâché son piano et enfilé un veston à paillettes d’or pour donner tout un show. Sur Suite Madame Blue, il a chanté collé sur Tommy Shaw.
Puis il y a eu Crystal Ball. Tommy Shaw, seul dans le noir avec sa guitare acoustique, a fait chanter toute la salle. Quelques cellulaires brillaient ici et là, mais la plupart des gens étaient simplement là, à vivre la soirée. Quand la dernière note s’est éteinte, Lawrence a rappelé que la chanson avait 50 ans et a demandé un tonnerre d’applaudissements pour Tommy. Toute la salle, debout, a applaudi et crié. Il a aussi souligné l’anniversaire de son petit frère Terry et ses trois ans dans le band.
James « JY » Young, lui, c’est la mémoire vivante de Styx. Il est dans le band depuis 1970, à l’époque où il s’appelait encore TW4, et il est le seul à avoir joué tous les shows de l’histoire du groupe. On lui doit plusieurs chansons du répertoire, dont les plus rock, comme Miss America et Snowblind.
Sur Come Sail Away, la toune qu’on attend toujours, Gowan est monté debout sur son piano en plein milieu de la chanson, pendant que tout le parterre dansait et chantait avec lui.
Au rappel, Mr. Roboto d’abord, puis Renegade. Dès les premiers coups de drum, toute la salle a reconnu la toune. Les solos de James Young ont fait monter l’énergie d’un cran, et lui avec.
Ces tounes, c’étaient celles de ma mère. Ce soir, devant une salle debout qui connaissait chaque parole, elles sont devenues un peu les miennes. Suite Madame Blue, Come Sail Away, Renegade : chacune m’a ramené à la maison de mon enfance.
Merci, maman.
Photos : Simon Meunier St-Pierre / SimonSees



















