Arrivées in extremis, la première chanson est déjà passée, mais bon, on est là ! On se fraye un chemin dans une foule déjà bien amassée devant la scène. Direction la grande salle de la Rockhal, une nouvelle fois dans une configuration un peu plus restreinte. En général, le mercredi, c’est plutôt le jour des loisirs pour les petits. Nous, on a visiblement conservé notre âme d’enfant, notre activité du soir, c’est pogoter devant trois groupes suédois.
Autant vous dire que j’attendais Soilwork avec un certain enthousiasme. Sauf que, voilà, il y a un petit problème. Enfin, un gros, même. Le son est poussé à l’extrême, tellement que la basse et la batterie semblent vouloir faire imploser ma cage thoracique. Et pas de la manière agréable, vous savez celle qui vous prend aux tripes et vous fait vibrer jusqu’aux os. Non, c’est plutôt le genre de sensation qui vous fait vous demander si vos tympans vont survivre à la soirée. Le mix est brouillon, les instruments se marchent dessus et l’ensemble manque cruellement de définition. Heureusement qu’on connaît les morceaux, parce que pour les reconnaître au premier abord, c’est parfois une autre histoire.
Côté scénographie, on est sur du minimalisme absolu, un drap noir floqué du nom du groupe, et c’est tout. En revanche, la scène paraît bien trop étroite pour accueillir tout le monde dans de bonnes conditions. Les musiciens occupent la moitié du plateau, le batteur est relégué sur la gauche, faute de place, et l’ensemble donne une impression un peu étriquée.
Au milieu de la foule, un circle pit se forme malgré tout. Sur le titre « Death Diviner », les lumières s’emballent, les flashes se succèdent à un rythme presque épileptique et le son continue de nous marteler le crâne.
Dieu sait que j’aurais pu cruellement manquer d’objectivité avec un groupe que j’aime autant. Formé en 1995, en Suède, le groupe fait partie entre autre avec In Flames des figures historiques du death metal mélodique scandinave. Et c’est avec l’album « Stabbing the Drama » sorti en 2005 que je n’ai plus arrêté de les écouter. Seulement, il faut savoir reconnaître quand ça ne fonctionne pas. Ce soir, Soilwork se heurte à un problème technique qui gâche largement sa prestation. Trente minutes, et tant mieux. C’est dur à écrire, mais parfois, il faut savoir le dire.
Changement d’ambiance avec Orbit Culture, dès les premiers coups de double pédale, la machine se met en route. Ça cogne sec, ça vibre jusque dans la cage thoracique et, franchement, on se demande si on n’est pas en train de développer une petite tachycardie. La batterie pilonne, les guitares grondent et les lumières rouges viennent envelopper la scène. Le son reste chargé, mais il est nettement plus clair que celui de Soilwork. Les instruments sont mieux séparés, les riffs ressortent davantage et l’ensemble gagne en lisibilité.
Le chanteur rappelle au public qu’ils étaient déjà passés par ici un peu moins d’un an auparavant. Le groupe dispose également d’un peu plus d’espace sur scène, avec une configuration plus classique, batterie légèrement surélevée au centre, guitares de part et d’autre, et une occupation du plateau qui permet aux musiciens de s’exprimer plus librement. Le chanteur réclame un circle pit, puis insiste pour qu’il soit encore plus gros.
L’ambiance se réchauffe, les mouvements se multiplient et les riffs continuent de s’abattre sans relâche. Pour le dernier morceau, il demande à la foule de se séparer en deux. Une prestation compacte, brutale et efficace. Orbit Culture n’a pas besoin d’un décor démesuré pour imposer son univers, sa musique fait déjà une bonne partie du travail.
Amon Amarth a bâti sa légende sur un death metal mélodique nourri de mythologie nordique, de batailles épiques et de récits vikings et le groupe est souvent associé au Viking métal. Ce soir, à la Rockhal, ils ne sont clairement pas venus pour faire de la figuration. Amon Amarth fait les choses en grand, en très grand même. Dès l’arrivée des musiciens, la scène se transforme en véritable champ de bataille nordique. Sur l’écran géant, un paysage montagneux et mystique se dessine sous un ciel étoilé. Au centre, une imposante arche ornée de runes s’illumine progressivement. De chaque côté, deux énormes dragons se font face, tandis que quatre colonnes monumentales, elles aussi couvertes de symboles, encadrent la scène. Le décor est certes gonflable, mais franchement, le résultat est bluffant. L’ensemble a de la gueule et donne immédiatement le ton.
Musicalement, c’est une déferlante de notes en pleine gueule. Les guitares sont tranchantes, la batterie frappe avec une précision redoutable et la voix rocailleuse de Johan Hegg vient asseoir le tout avec une autorité presque guerrière. Et surtout, le son est enfin parfaitement calibré. Après les deux premières parties, ça fait du bien. Chaque instrument trouve sa place, les riffs restent puissants sans écraser le reste et les mélodies ressortent avec une netteté remarquable. C’est massif, percutant, mais aussi étonnamment limpide. Bref, ça envoie du pâté comme dit chez nous.
Les effets pyrotechniques viennent rapidement compléter le tableau. Des gerbes de feu jaillissent de la scène et les projections ainsi que le décor évoluent au fil des morceaux.
La scénographie évolue constamment, sans jamais donner l’impression d’assister à un simple défilé d’effets spéciaux. Tout est pensé pour renforcer cette atmosphère de saga nordique. La théâtralité occupe d’ailleurs une place essentielle dans le spectacle. À plusieurs reprises, un personnage vêtu comme un guerrier viking, casque à cornes sur la tête et sceptre à la main, fait son apparition sur scène. Il vient ponctuer le show de ses interventions, allant parfois jusqu’à engager un combat avec le chanteur ou un autre guerrier. Et le public, lui aussi, fait partie du spectacle. À un moment, la foule s’assoit sur le sol et mime les mouvements d’un rameur. Toute la salle se transforme alors en équipage de drakkar. C’est à la fois impressionnant et assez drôle à regarder.
Le spectacle prend ensuite une tournure plus intimiste. Un feu de camp apparaît au centre de la scène, autour duquel les musiciens viennent s’asseoir pour entamer une courte séquence acoustique. L’idée est excellente, l’on s’imagine une veillée guerrière. Les instruments se font plus doux, l’atmosphère se resserre et le contraste avec la déferlante sonore précédente fonctionne plutôt bien. Un détail vient cependant casser, à mes yeux, une partie de cette magie. Le chanteur change de tenue et apparaît avec une casquette et une veste qui évoquent davantage un chasseur canadien parti surveiller son feu de camp que le guerrier nordique prêt à rejoindre le Valhalla. Bon, chacun son interprétation, mais je dois avouer que le côté mystique en prend un petit coup. On passe de la saga viking au bivouac en forêt, et le changement est assez inattendu.
La fin est proche, les projections changent encore, cette fois pour nous plonger au cœur d’une mer déchaînée. Une créature marine gigantesque surgit sur scène, ondulant au milieu des musiciens. Une sorte de Nessie, mais en beaucoup moins sympathique. Après environ 1 h 45 de show, c’est déjà la fin, le spectacle se termine dans une dernière salve d’effets et de feu d’artifice. Une véritable apothéose
Une affiche 100 % suédoise qui nous aura offert trois facettes bien distinctes. Soilwork représente la génération historique du death metal mélodique, même si un mix sonore mal maîtrisé a malheureusement terni sa prestation. Orbit Culture, incarne quant à eux une relève plus moderne, avec un groove massif et une approche un peu plus sombre. Enfin, Amon Amarth, pousse le death metal mélodique vers une dimension épique et théâtrale, portée par la mythologie nordique et une production scénique spectaculaire. Trois générations, trois identités, mais un même goût pour les riffs qui cognent.
Côté public, la salle est bien remplie, mais sans être bondée au point de suffoquer. Au final, un démarrage compliqué mais une soirée qui aura su se reprendre et remonter en puissance au fil des groupes.
Texte : Adeline Pusceddu
Photos : Marjorie Delaporte
Liens Utiles :
Amon Amarth – Orbit Culture – Soilwork – Rockhal
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