Après plus de dix ans d’absence sur les planches du Hellfest, les Américains de We Came As Romans s’apprêtent à retrouver le festival pour une nouvelle apparition très attendue. Une présence d’autant plus symbolique qu’ils auront l’honneur d’ouvrir l’édition 2026, en lançant officiellement les hostilités sur scène.
Rencontre avec Andy Glass, bassiste du groupe, juste avant l’ouverture officielle des portes de la cathédrale.
Vous avez déjà joué ici au Hellfest auparavant. Quels souvenirs gardes-tu de votre première fois ici à Clisson ?
On a joué au Hellfest il y a environ 10 ans, sur une plus petite scène. Je me souviens surtout de la poussière, des gobelets qui volent dans tous les sens et il y a ce moment, où l’on s’installe et on se dit : « Ça va être trop cool ! » Et d’un seul coup, le chaos, celui où on se dit tous : « Qu’est ce qui est en train de se passer ? » C’était vraiment génial ! Et là, je suppose que ça va être top de passer d’une plus petite scène à la Mainstage et partager les planches avec des groupes comme Bring Me The Horizon, Papa Roach, Breaking Benjamin, The Plot in You. C’est vraiment incroyable ! Un moment que je garderai en moi.
J’ai vraiment l’impression d’être là où j’aurais voulu être il y a dix ans quand on me demandait où je me verrais des années plus tard. C’est génial de revenir ici et d’avoir un esprit neuf, tourné vers l’avenir. J’en suis très heureux et reconnaissant. Le Hellfest est un de ces événements majeurs et chaque année, il prend toujours plus d’ampleur.
Le groupe a traversé de nombreux défis et changements au fil des années. Qu’est-ce qui vous motive encore et toujours à monter sur scène et jouer comme vous le faites depuis tout ce temps ?
Pour ceux qui ne savent pas, notre chanteur Kyle Pavone est décédé en 2018. Ce fût évidemment très difficile pour le groupe, pour les fans, pour tout le monde. Honnêtement, nous ne savions vraiment pas si nous allions continuer, et nous avons mis beaucoup de temps pour faire notre deuil, puis le traduire en écriture, et sortir un album.
Et puis, pendant de nombreuses années, nous avons tourné pour promouvoir l’album ‘Darkbloom’ qui rendait hommage à Kyle et à ce que nous avions vécu. Cela offrait également aux gens, qui avaient eux aussi perdu un être cher, quelque chose auquel se connecter. Et puis après cela, il fallait qu’on parle de nous. On avait rendu cet hommage à notre ami, il était temps de changer de perspective, d’adopter un autre point de vue et de se demander de quoi on avait envie de parler maintenant. Alors on a pas mal réfléchi en tant que groupe, nous avons eu beaucoup de discussions et on a établi cette règle : nous écrirons seulement des chansons sur des expériences que l’on a vécues tous ensemble et des choses qui nous passionnent tous. Ainsi, chaque expérience marquante que ce soit en tournée, à la maison, ou dans nos relations nous les avons partagées. Voilà donc comme l’album a vu le jour : il reflète notre écosystème, la mort et surtout la vie du groupe jusqu’à présent, notre vision des choses qui nous ont marqués dans la vie.
Je pense que pour aller de l’avant et continuer, il faut accepter que comme pour tout dans la vie, il y aura toujours de bonnes et de moins bonnes choses qui arrivent, mais il faut absolument continuer d’avancer et de garder espoir. On a donc relevé la tête, trouvé de nouvelles façons de tomber amoureux de ce qu’on fait, comme dans une vraie histoire avec un partenaire de vie.
Nous ne savions vraiment pas si nous allions continuer, et nous avons mis beaucoup de temps pour faire notre deuil […].
Comment trouvez-vous l’équilibre entre répondre aux attentes de vos fans de longues dates et explorer de nouvelles directions créatives en tant que groupe ?
Je dirais qu’il faut s’assurer de rester fidèle à soi-même. Je crois qu’une partie de moi a toujours envie de faire plaisir aux fans, surtout lorsqu’on est sur scène. Et puis il faut aussi se poser, se reposer, récupérer, éteindre son téléphone et faire autre chose. Il faut toujours trouver un bon équilibre dans la vie, c’est primordial. Ton corps, ton esprit, et certaines personnes sauront vous le faire savoir. Ce sont de bons indicateurs.
Lorsque tu es déconcentré, déséquilibré par la routine ou en désaccord avec toi-même, tu le sens quelque part, et tu sais qu’il faut prendre un moment pour se recentrer et pour avancer. Moi-même chaque matin quand je me réveille je me pose la question, et j’essaye de penser à tout ce pour quoi je suis reconnaissant en méditant ou en buvant mon café. Ainsi je saurai si je déraille, si je ne vais pas dans la bonne direction et j’essayerai de me recentrer et de réfléchir. Je sais qu’on ne peut pas plaire à tout le monde alors je me dis qu’il faut juste essayer d’être heureux pour soi-même, en fin de compte. Il faut aussi trouver le bon équilibre en tant que personne et en tant que groupe.
Et puis on devient un peu plus sages, on a aussi juste envie de s’amuser. C’est comme lorsque vous regardez une toile de trop près : on voit les détails mais on ne voit pas l’ensemble. Il faut prendre du recul pour mieux réfléchir.
Comme nous le disions, plusieurs années se sont écoulées depuis la disparition de Kyle. De quelle manière son héritage vous influence-t-il encore aujourd’hui ?
Nous avons évidemment des chansons qui nous évoquent Kyle comme ‘Lost in the Moment’ que Kyle adorait et qu’il a co-écrite, ainsi que des chansons plus récentes. Et puis nous avons tous des tatouages hommage à Kyle. On garde tous des morceaux de lui avec nous. Je pense qu’on a tous des souvenirs particuliers avec lui.
Ma façon à moi d’être avec lui c’est d’aller dans un champ, et de méditer. Ça peut paraitre bizarre mais parfois, je vais vers un arbre, et je lui parle comme si c’était Kyle. Je ne crois pas qu’après la mort on disparaisse complètement. L’énergie, par définition, ne peut jamais être détruite. On peut seulement la déplacer ou la modeler différemment. Donc je pense que ce n’est pas un fait acquis comme le fait que nous allons tous mourir un jour. Je pense que la mort est tout aussi importante que la naissance. Il y a beaucoup d’enseignements à tirer de la mort et beaucoup de choses à en apprendre. Plein de gens ont peur de la mort parce qu’ils ont peur de la solitude. Or, je pense qu’être seul est très bénéfique. C’est pourquoi je prends toujours du temps pour moi. Je réserve des moments de solitude pour être avec Kyle ou avec mes grands-parents. J’essaye de ne pas considérer la mort comme quelque chose d’effrayant ou d’inconnu. Je la perçois plutôt comme une chose curieuse, un mystère que pas mal de gens aspirent, d’une certaine manière, à ressentir. Comme c’est inévitable, il faut essayer de la comprendre, l’honorer pour être plus reconnaissant du moment présent. Parce que tout ce qu’on a c’est littéralement l’instant présent. Le passé est révolu et le futur n’est pas encore arrivé. Il ne nous reste donc que le présent.
Parlons donc du présent. Quel est votre sentiment à propos de cet honneur d’ouvrir le Hellfest ?
On est tellement excités ! Nous attendions ce festival avec tellement d’impatience ! Il est réputé pour être l’un des plus grand d’Europe avec les meilleurs fans et ça, ce n’est pas rien ! De plus, nous y sommes traités avec tellement d’attention. C’est vraiment exceptionnel car les festivaliers sont vraiment drôles, géniaux ! Je sens qu’aujourd’hui va être une magnifique journée !

Concernant le set d’aujourd’hui, si tu ne devais choisir qu’une seule chanson qui représente parfaitement We Came As Romans, laquelle retiendrais tu ?
Oh là là, c’est vraiment super difficile ! Je dirais qu’il y a deux chansons que j’aime particulièrement. Il y en a une plus récente, parce qu’elle fait partie du nouvel album : Red Smoke. C’est un morceau qui parle justement des festivals.
Je repense souvent à nos débuts. Après notre premier Hellfest, on a enchaîné avec le Warped Tour. On se réveillait dans des champs sans vraiment savoir où on était. Il y avait de la poussière partout, parfois ça tournait à la bagarre, et on avait vraiment l’impression d’être sur un champ de bataille. La « fumée rouge » du titre représente un peu cette confusion : on ne sait plus vraiment où sont les amis, où sont les ennemis. Au fond, cette chanson parle de cette sensation d’aller au combat, puis de se réveiller chaque matin au milieu de ces champs, en se disant qu’on est tous dans le même bateau. C’est pour ça que ‘Red Smoke’ me fait immédiatement penser aux festivals.
Et concernant une chanson plus ancienne je dirai ‘Daggers’ tout simplement parce qu’on n’a rien à faire quand on la joue. L’énergie est directement là. Je regarde la foule, le wall of Death et je me dis que je fais un boulot vraiment trop cool !
Aujourd’hui vous allez jouer sous un beau soleil, ce qui est vraiment différent de jouer dans des salles sombres. Ici vous allez voir les gens ! Quelle est d’ailleurs la chose la plus étrange que vous ayez pu voir dans la foule pendant que vous jouez ?
Tu sais, il y a les grands classiques : les gens qui s’assoient par terre pour ramer tous ensemble dans la fosse… Mais le souvenir le plus dingue que j’aie, c’était au Wacken, en Allemagne. Un mosh pit s’était formé et j’ai vu deux gars en kilt. L’un a attrapé l’autre par les jambes et s’est mis à le faire tournoyer. Évidemment, son kilt s’est ouvert… et je me suis retrouvé face à un type quasiment nu au milieu de la fosse ! Je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire. C’est un souvenir marquant… malheureusement ! (rires)
Il arrive plein de choses complètement improbables pendant les concerts, mais j’adore voir les gens s’amuser au point d’en perdre la tête. Ce sont ces moments dont on reparle des années plus tard en se disant : « Tu te souviens quand on a fait ça ? » C’est pour ça qu’on vit ce genre d’expériences.
Ça me fait penser à une tradition complètement folle dans le Michigan. Lors des matchs de hockey, quelqu’un a un jour lancé une pieuvre sur la glace. Depuis, les supporters en introduisent en cachette pour perpétuer la tradition, au point que la pieuvre est devenue l’emblème de l’équipe ! J’espère simplement que le Wacken ne va pas s’inspirer de mon histoire pour adopter le kilt comme nouveau symbole ! (rires)

Propos recueillis par : Floriane Piermay et Marjorie Delaporte
Photos : Sifaka Photographies