Le 19 juin 2026, Mourir a ouvert la scène du Temple au Hellfest 2026 avec un set dense et sans échappatoire. La formation toulousaine s’inscrit dans une approche contemporaine du black metal, radicale et intransigeante, loin de tout cliché. Porté notamment par Olivier Lolmède, le groupe privilégie une écriture instinctive, pensée pour l’impact immédiat du live. Alexandre Berenguer (guitare) et Mahell (batterie) reviennent sur une esthétique collaborative, la construction d’un univers et la volonté commune de façonner un son qui leur est propre.

Comment est né le projet Mourir ?
Alexandre : Le projet vient à l’origine d’Olivier (guitare, chant), qui avait un one-man-band appelé Vermine, à ne pas confondre avec un groupe nazi du même nom. Il avait sorti un album qui avait eu un certain écho dans la scène black metal.

Suite à ça, il a reçu des propositions de labels, aux alentours de 2015 il me semble, notamment Total Dissonance Worship, un label américain dirigé par un Allemand, qui l’a encouragé à continuer.

Au départ, il était seul, puis il a décidé de transformer le projet en groupe. Il a réuni des musiciens avec lesquels il avait déjà joué depuis des années, notamment Mahell, moi-même et Jean, notre ancien bassiste. Il a fallu trouver un nouveau nom, et c’est ainsi que Mourir est né, à partir des vestiges de Vermine.

Pourquoi avoir choisi le nom Mourir ?
Alexandre : Honnêtement, il n’y a pas une grande histoire derrière. On trouvait juste que ça sonnait fort, que c’était direct, impactant.

Il y a aussi une cohérence avec l’univers du groupe : quelque chose de sombre, de cynique, avec un regard assez désabusé sur la société.

Mahell : Le thème de la mort revenait naturellement dans nos discussions et dans notre sensibilité commune. Et pour l’ironie, notre site s’appelle mourir.live.

Alexandre : Et puis il y a aussi une dimension plus large, presque sociétale, notamment autour de la fin de vie, de l’euthanasie, qui touche particulièrement Olivier. Mais au départ, c’est surtout un choix instinctif. Un mot qui s’impose. D’ailleurs, ici au Hellfest, dès qu’on nous demande le nom du groupe, on répond « Mourir » et ça fait souvent sourire les techniciens.

Qu’est-ce qui distingue Mourir d’un groupe de black metal classique ?
Alexandre : C’est très simple, c’est parce qu’on n’écoute pas de black metal. Olivier, oui. Il y est très lié via Vermine et il possède une grosse culture, mais Mahell, Théo, notre bassiste – qui joue également dans Bruit, et moi-même, venons surtout du hardcore à la base. Ensuite, on s’est ouverts au post-metal, comme Neurosis ou Cult of Luna.

Mahell : On a tous grandi avec tous les vieux disques de nos parents. On écoute énormément de choses différentes, surtout Alex et moi. Ça peut être de la musique world, on aime digger et on s’intérresse à toute sorte de musique.

Justement, qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

Mahell : C’est très varié. La semaine prochaine, par exemple, on va voir Nation of Language. La semaine dernière j’étais sur le dernier Slift. On écoute aussi beaucoup de musique des années 80, Talk Talk ou Roxy Music notamment. Et ça change tout le temps.

Comment se passe le processus de création chez Mourir ?
Alexandre : On a un fonctionnement bien défini depuis ‘Disgrâce’ : je fais beaucoup de maquettes sur ordinateur. Je compose tout. Ensuite, on travaille avec Olivier qui vient challenger les morceaux. On teste, on démonte, on reconstruit en répétition. On n’est pas un groupe de studio. On est vraiment un groupe de répétition.

Comme on répète toutes les semaines, on essaie de jouer les compos maquettées et on voit ce qu’il se passe. À patir de la base ordinateur, on adapte, on affine et très vite le tout devient live. Tout ce qu’on a sorti est enregistré en live : on arrive en studio, on joue les morceaux comme en concert, et on enregistre. Ensuite c’est mixé, masterisé et ça sort en disque.

Mahell : On cherche à garder quelque chose de brut, de vivant. L’énergie avant la perfection, avec ce côté « crade ».

De gauche à droite : Mahell, Olivier, Alexandre, Théo.

Quelles émotions cherchez-vous à provoquer ?
Alexandre :
Je pense qu’il y a quelque chose de très viscéral, de cathartique. Et aussi parfois un malaise. Un moment où l’auditeur se pose des questions, ne sait plus trop où il est. Il y a une espèce de moment cringe, étrangement vide et bizarre.
Sur notre nouveau disque, on a volontairement créé des passages “faux”, dissonants, presque inconfortables, des accords horribles. Quitte à ce que ce soit du dégoût, on essaie de créer quelque chose de fort émotionnellement. (rires)

Vous accordez aussi beaucoup d’importance à l’image du groupe. Au niveau de la DA, on a eu du noir, du blanc, un magnifique hexagone revisité. Quelle sera la prochaine direction ?
Alexandre : Oui, on travaille avec un artiste tatoueur, peintre et illustrateur toulousain avec qui on collabore depuis le début. Il a signé plusieurs visuels, dont notre premier T-shirt et des artworks majeurs. Il fait des tattoos covers pas possibles !
Il avait également réalisé un poster en 2023 représentant cette espèce de France pas accueillante dans laquelle on n’a pas envie de vivre. On était un peu frustrés de ne l’avoir sorti qu’en poster, et lorsque Théo a rejoint le groupe, on a enregistré un EP. On s’est dit qu’on allait l’utiliser pour la pochette et un T-shirt.

Mahell : On voulait un EP bien crade, plus black que ce qu’on fait d’habitude, avec des productions plus léchées et ça allait bien avec.

Et votre logo ?
Mahell 
: Il a été réalisé par View From The Coffin, un artiste spécialisé dans les logos de black metal. On avait une idée assez précise, on voulait quelque chose de plus tranchant, plus agressif, mais lisible, même si certains dirons l’inverse. On l’a un peu fait ch**, mais on adore ce qu’il nous a fait.

C’est un élément important pour nous, qui plaît aux gens, on le voit notamment sur les retours du merch. Il y a quelque chose qui se passe.

Comment sélectionnez-vous ces artistes ?
Alexandre 
: Coup de cœur + Toulouse. Pour ‘Disgrâce’, c’est un photographe toulousain qui s’appelle David Siodos. Lorsqu’on a vu cette photo, on s’est dit : « C’est ce qu’on veut ». On l’a rencontré le lendemain au bar en bas de chez nous et il était super chaud.
Pour le dernier, c’est une peinture à l’huile d’un Toulousain, Thomas Davezac. On a flashé sur la peinture qu’on a utilisé pour cette pochette. Ce sont des œuvres qui existaient déjà.

Pour les deux on a demandé les droits d’exploitation car on trouvait ça génial. On lui a aussi commandé une peinture qu’il a réalisée exclusivement pour l’intérieur de notre disque.

Mahell : On aime travailler avec des artistes locaux, représenter Toulouse. On a tous des jobs liés à l’image (ndlr : Mahell est tatoueur) et je pense qu’on a ça en nous, dans nos références.

Que représente le Hellfest pour vous ?
Alexandre
 : Je dirais « intimidant » !

Mahell : J’ai enlevé mes lunettes pour ne pas voir ! Tu es obligé, car tu ne sais pas si le public est venu pour te voir toi spécialement ou pas. Donc oui c’est une espèce de confrontation intimidante. On va enchaîner sur le Resurrection Festival, mais c’est notre plus grosse scène ever !

Alexandre : On a été super bien accueillis par l’équipe du Hellfest. Les techniciens sont incroyables. Comme on jouait en premier, on a eu la chance de faire des balances. Donc c’est confortable de jouer dans ces conditions.
Et le concert s’est très bien passé, même si on a eu très chaud !

QUICK QUESTIONS

Quel est le plus gros cliché sur le black metal ?
Mahell :
Le racisme, le nazisme… Et ce n’est même pas juste un cliché malheureusement, ça existe encore. Nous, on tient à dire haut et fort qu’on est à l’opposé de ça.
Alexandre : On ne veut surtout pas être assimilés à ça et c’est difficile.

Une question à laquelle vous aimeriez répondre ?
Alexandre
: « Avec qui on aimerait jouer » ! Avec Fluisteraars. Super groupe hollandais incroyable, très ambiant, très différent de nous. On adore mais malheureusement, on a appris qu’ils ne veulent pas jouer avec des gens du même style qu’eux. Donc on sait qu’on a aucune chance ! (rires)

Mahell : Ils chantent en néerlandais. Il y a énormément de passages que tu vas retenir, catchy et épique, dans le bon sens du terme. C’est un style très novateur.

Si quelqu’un découvrait le metal aujourd’hui, par quel album devrait-il commencer ?
Alexandre : On est assez mauvais pour répondre à ça, parce qu’on n’écoute pas énormément de black metal, mais je dirais ‘De Mysteriis Dom Sathanas’ de Mayehm. Olivier aurait sûrement une meilleure réponse, s’il arrive un jour à cette interview !

Mahell : Je dirais plutôt Burzum.

Qu’est-ce qui surprendrait le plus les gens en vous découvrant hors scène ?
Alexandre
 : Je pense que c’est à quel point on n’est pas metal. Il n’y a pas plus « soja », « matcha », « bobo » que nous.
Mahell : Et à quel point on est très, très gentils. On est plutôt bien rangés.

SITE / INSTA

MOURIR
Théophile Antolinos – Basse
Mahell – Batterie
Alexandre Berenguer – Guitares
Olivier Lolmède – Guitares, chant

Retrouvez tous les reports du Hellfest en ligne : J1, J2, J3, J4.

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