Le groupe qui tourne depuis 1986 retourne sur la route avec un concept génial : deux soirées dans une même ville, une soirée dédiées à leurs albums pairs, et la seconde soirée dédiée à leurs albums impairs. Wayne Hussey, chanteur et membre fondateur, est un personnage hors norme qui nous montre que c’est probablement dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes.

Vous avez choisi le titre ‘The United European Party Tour’ pour votre nouvelle tournée, un gros clin d’oeil à Brexit. Vous avez noté une différence de climat depuis 2016 ?
Oui, je fais des aller-retours Brésil / UK régulièrement et j’ai l’impression que ce pays n’a jamais été autant divisé. Ce climat est extrêmement toxique : les gens qui sont souvent passifs se retrouve agressifs et défendent de manière véhémente les arguments pour ou contre le Brexit. J’ai toujours été contre, je trouve que c’est un retour en arrière mortel.

Et que pourrais-tu dire aux gens qui disent que les musiciens devraient garder leurs opinions politiques pour eux-mêmes ?
Je leur diraient qu’ils pourraient garder ce commentaire pour eux mêmes ! Nous avons tous les droits d’exprimer nos opinions. Regarde Morrissey, il se fait massacrer par le public et la presse actuellement, même s’il a toujours tenu les mêmes discours. Que je soie d’accord ou pas avec ses opinions ne regarde que moi, et il a le droit de s’exprimer – cela ne pourrit en aucun cas la musique qu’il fait. Respect.

Pour ces concerts, vous avez choisi un concept original : deux shows par ville, une soirée dédiée aux albums impairs de votre carrière, et une autre soirée pour les albums pairs.
Nous arrivons à un âge où nous sommes un peu fatigués de jouer dans une nouvelle ville tous les jours, donc c’était assez rafraîchissant d’avoir deux jours de suite pour découvrir les villes et se ressourcer. On a rarement l’occasion de se poser en tournée. Je viens de terminer une tournée solo avec un même nombre de dates mais l’effort était double, car je n’avais jamais de répit. Pour cette tournée, nous allons avoir un grand bus dans lequel nous pourrons dormir, des hôtels entre deux dates, et quelques roadies, ce qui est très confortable pour nous autres, les gens d’âge mûr.

55 concerts, 20 pays, cette tournée est très longue ! Tu te réjouis quand-même ou tu t’inquiètes un peu pour ta santé ?
Quand j’ai terminé ma tournée en novembre dernier je me suis dit ‘nom de dieu je vais repartir en tournée prochainement, quelle merde !’ Mais ensuite je suis parti en vacances au Costa Rica et j’ai pu recharger mes batteries à la maison, donc je me réjouis de retourner sur la route. Je me érjouis de répéter avec le groupe également. On va bien évidemment jouer nos hits mais il y a quelques morceaux que nous n’avons jamais fait auparavant, et d’autres que nous avons rangé dans un tiroir de notre mémoire et qui se doivent d’être dépoussiérés !
Chaque tournée, c’est pareil : je me retrouve plein de bonnes intentions au début, puis il y a toujours un moment où je jette toutes ces intentions par la fenêtre. Par exemple, j’ai besoin de manger correctement, et 4-5 heures avant un concert. Pareil pour Craig. Simon peut manger n’importe quoi n’importe quand, et Mikey doit dévorer avant de monter sur scène (mais il a besoin de beaucoup d’énergie alors on le pardonne). Cela rend les repas assez difficiles. J’essaie de ne pas fumer, mais cette décision ne dure jamais longtemps. Et puis sans oublier que j’ouvre une bouteille de vin une heure avant un concert. Je bois la moitié, voire les trois-quarts avant de monter sur scène, pour me mettre sur la bonne voie. Mais j’ai récemment du apprendre à ne pas boire après un concert, car c’est là que les emmerdes commencent. Sans oublier que, comme tu l’as dit, on a beaucoup de dates sur cette tournée. Je ne prend plus de drogues et essaie de manger beaucoup de fruits, de légumes, de noix… Mais il y a toujours une grande chance que je rechute, je ne suis qu’humain !

The Mission a des fans dévoués depuis des années, mais est-ce que tu vois de plus en plus de jeunes recrues dans les rangs ?
Oui, mais malheureusement pas des masses. Je pense que notre public a vieilli avec nous. Notre public ne s’est pas régénéré autant que l’on aimerait, mais bon, c’est la vie. C’est génial de voir de nouvelles personnes dans le public, mais c’est tout autant génial de voir que les gens nous suivent, année après année. Sans eux nous ne serions pas là, et nous en sommes extrêmement reconnaissants.

Tu as indiqué que votre dernier album ‘Another Fall from Grace’ est un lien entre The Sisters Of Mercy ‘First Last & Always’ et The Mission ‘God’s Own Medicine’, le premier album. Pourquoi avez-vous fait ce choix de lier les deux albums plus de trente ans plus tard ?
Je regrette d’avoir dire ça, car chaque personne qui m’interviewe me pose cette question ! La raison, c’est que Billy Corgan des Smashing Pumpkins m’a contacté et n’a pas tari d’éloges sur la façon donc je jouais de la guitare avec The Sisters Of Mercy, ainsi que sur le premier album de The Mission. Par curiosité, j’ai réécouté ces albums pour la première fois depuis 1985 – et je dois t’avouer que je l’ai beaucoup aimé ! J’aime son son, j’aime les morceaux. Pour chaque action il y a une réaction, et du coup je pense que nos compositions ont été influencées par cela. C’est brut, avec peu d’additions d’instruments, c’est juste une équipe de mecs dans un studio qui jouent tous ensemble. J’avais enregistré quelques morceaux avec une batterie électronique, donc je souhaitais garder ce côté mécanique et très proche du métronome. ‘Another Fall From Grace’ est plutôt juste un amas de toute l’histoire de The Mission sur un seul album. Il a tous les éléments de notre catalogue, et c’est peut-être cela qui en a fait son succès.

Quelle est votre dynamique de groupe actuellement ? C’est très familial ?
Nous restons en contact énormément, oui. Même si je ne dirais pas que nous sommes les meilleurs amis du monde. Il y a une connexion très forte, nous avons beaucoup d’affection les uns les autres. Probablement plus entre Simon, Craig et moi, car nous avons vécu énormément de choses ensemble, et nous avons passé les vingt premières années de notre carrière ensemble h/24. Puis quand les copines, les femmes, et d’autres intérêts sont entrés en jeu, nous avons pris nos distances. Quand ‘Carved In Sand’ est sorti, nous visions tous aux quatre coins du pays et prenions des drogues différentes. Nous n’étions donc que très rarement sur la même planète.

Mikey, notre ‘petit nouveau’, a été dans le groupe plus longtemps que Mick, et même d’ailleurs plus que n’importe quel autre batteur. Je l’aime beaucoup – si je joue vers où il habite, il ramène son tambour ou son bongo et nous jouons ensemble sur scène. C’est vraiment un chic type.

L’année dernière tu as sorti ta biographie ‘Salad Daze’. Qu’est-ce que ça fait de regarder sa vie avec autant de recul ? Le livre se termine le jour où tu quittes les Sisters, est-ce que ça veut dire qu’on aura un deuxième livre orienté sur The Mission ?
Le processus était vraiment agréable : il y a beaucoup de souvenirs qui ont ressurgit, certains que je ne mettrais dans aucun livre, mais j’ai apprécié parler à de vieux amis, comparer nos souvenirs, c’était vraiment un voyage intéressant. J’ai également beaucoup apprécié écrire ce livre, même s’il me fallait beaucoup de discipline.
Et oui, j’écris un autre bouquin ! En réalisant ‘Salad Daze’, j’avais déjà des bribes de ce qui m’était arrivé avec The Mission. J’avais trop écrit pour un seul livre, c’est pour cela que j’ai décidé de séparer les époques de ma vie.

Quels autres artistes t’inspirent ?
J’écoute pas mal de musique d’autres artistes, et je pique parfois des lignes de gratte pour les reprendre à ma sauce. C’est ce que font la plupart des gens tu sais, on s’inspire des autres. Quand j’ai commencé la guitare, je ne pouvais pas jouer d’autres morceaux que les miens. Et puis je me suis mis à essayer d’imiter Bowie ou T.Rex, et reprendre leurs vibe à ma sauce.

Si j’écoute Bob Dylan, Lennon, Cohen, leurs paroles résonnent en moi. Je vais retenir une phrase ou deux et laisser maturer tout ça dans mon cerveau. C’est assez ironique, car pour écrire mes paroles, je me laisse vraiment tomber dans des profondeurs musicales, je suis hyper dédié à ça. Mais je les vois toujours comme des travaux qui valent moins que des paroles d’autres artistes. Ecrire des paroles, c’est ce qui est le plus dur pour moi. Je suis devenu meilleur avec les années néanmoins.

Tu composes en ce moment ?
Ça fait un bail que je n’ai pas écrit de morceau complet. Avant ‘Another Fall From Grace’, j’écrivais un album par année – c’est extrêmement fatiguant, comme tu peux le deviner. Alors j’ai décidé de prendre du recul et d’écrire cette biographie dont je t’ai parlé. J’ai également écrit intégralement un album pour une pièce de théâtre brésilienne, et je travaille avec un collectif de Los Angeles qui s’appelle Beauty In Chaos.
Quand je suis à la maison, je me pose et joue de la guitare, du piano, et j’ai toujours de nouvelles idées. J’ai littéralement des milliers de petites notes écrits et enregistrées sur n’importe quel instrument technologique. C’est comme si j’avais quelque chose qui me démangeait et qu’il fallait que je gratte. Je pense que c’est juste une phase, et quand tout sera mis à plat, j’aurai le temps pour écrire de nouveaux morceaux, que ce soit en solo ou avec The Mission, ou un album électro ou un truc de samba – seul le temps nous le dira. [Jon Wyler]

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