Schammasch-Triangle

Du doom qui va vite et qui se paie le luxe de se passer de grattes et de batterie pendant au moins trente minutes. Ben oui, ça existe, faudra vous faire une raison. Vous vous en faites bien une avec ce printemps de merde qui ressemble à rien, non ? Et c’est quand même pire : Schammasch, eux, ne font rien pour contrecarrer vos projets de saucisses grillées. Et puis, pour se fader trois disques en un (une heure quarante !) de doume sans une ordonnance pour un truc avec de l’alprazolam dedans, faut avoir le cuir bien dense. Les pics de vitesse remplacent avec bonheur l’abus de produits chimiques, à mon humble sens.

Vous vous rappelez les débuts de Paradise Lost et leur esthétique vaguement catho ? On n’en est pas loin ici, avec un côté plus ‘culte de la Vierge Noire. On gobe ou pas, reste que ça change des gribouillages cabalistiques prédigérés. Qu’importe : sortez vos cagoules, vos cierges, vos fouets et vos exercices spirituels.

On se comprend, les cocottes : quand je dis ‘qui va vite’, c’est pas tout le temps. Prenez le premier vrai titre ‘Fathers Breath’ (après une intro assez oubliable) : c’est écrasant à souhait, imaginez My Dying Bride sans les couinements geignards, voyez ? Mais ça se termine quand même avec un coup de pied au plancher fort peu doomesque, et ça ne ralentit pas d’un orteil avec l’enragé ‘In Dialogue with Death’, au blast beat massif à souhait, et on trouve un second souffle toujours aussi agité sur ‘Diluculum’. Et ça continue ainsi piste après pistes, au point qu’on les confonde un petit peu.

De titres en titre, la messe noire se déroule avec une pesante majesté. Effilochée ou gueularde, la voix se fait incantatoire pour de brèves parties d’un chant clair tout monastique, qui auraient sans doute gagné à se présenter plus souvent. Ainsi la très belle et glaçante fin de ‘Satori’ aurait fait à elle seule un titre admirable de noire pureté dans ce fleuve de démence agressive. Les cordes résonnent comme en retrait par rapport à une batterie sourde mais omniprésente et comme bloquée en mode ‘plus vite connard !’. La douceur et la mélodie nous font patienter une plombe entière avant de se pointer vers la fin de la seconde galette, sur  ‘Above the Stars of God’, qui aurait pu avoir sa place sur ‘Gothic’ ou ‘Shades of God’ des susmentionnés Paradise Lost. Développant cette veine, ‘Conclusion’ se fait presque dark folk, transition bienvenue vers la troisième face du triangle d’inspiration résolument indus. Exit la violence débridée sur ‘The Third Ray of Light’ puis ‘Cathartic Confession’, oscillant dans l’ivresse entre danse tribale et catatonie des infrabasses, jusqu’au bout de la demi-heure de ce dernier disque aux compos épurées et chtoniennes. Les musicosses ne réapparaissent qu’à la dernière ‘chanson’ (?), pour prendre congé dans une ambiance rappelant le début de ce triptyque halluciné.

Un étonnant monument de musique rituelle, introspective aux frontières de l’autisme et de la sociopathie ludique. Savourez ce pharaonisme audio absolument seul et les idées aussi claires que vous en êtes capables.

http://schammasch.com

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