Review par Chiara Meynet
Photos par Davide Gostoli

Après plus de vingt ans de musique, Nightwish s’autorise un retour sur sa carrière avec la sortie de la compilation Decades et la tournée qui l’accompagne. Si vous êtes amateurs de concerts taille Arena et que vous êtes vaccinés contre le kitsch, alors tentez le grand bain !

C’est dans une odeur de friture qu’on arrive aux portes de l’Arena, cernés par les foodtrucks en tous genres. Vous l’aurez compris : exit les concerts familiaux, à l’Arena, il vous faudra faire la queue et jouer des coudes. L’avantage, c’est qu’une fois les rideaux noirs qui entourent la fosse écartés, la sono puissante du lieu vous prendra aux tripes. Ayant vu Beast in Black pas plus tard que cet été dans leur pays d’origine, en Finlande, je me suis permis un petit écart et j’arrive en cours de set. La salle est déjà bien pleine – la soirée n’affiche pourtant pas complet -, mais le public suisse, fidèle à son habitude, est plutôt froid. L’endroit semble en tout cas être à la convenance du chanteur Yannis Papadopoulos, dont la force de projection habille l’espace. Très en jambe, le Grec m’impressionne toujours par sa versatilité, mais on peut regretter l’aspect complètement calqué du groupe sur Battle Beast. Anton Kabanen, guitariste et fondateur de la formation, en était membre avant de se faire écarter, ce qu’il n’a visiblement pas encore digéré, au point de venir grapiller autant de place que possible sur les plates-bandes de Battle Beast en imitant le nom, la musique et, même, l’univers visuel. Passons : si vous êtes susceptibles d’aimer ABBA sous testostérones, jetez-y un œil, sinon passez votre chemin.

Après le temps d’usage pour le changement de plateau, Nightwish prépare sa venue en scène avec la tirade d’une voix off qui, sur un mode narratif cohérent avec l’univers Nightwish, invite le public à se décoller les rétines du smartphone pour vivre le moment présent. Nightwish fait la promesse d’un show dont on ne veut pas rater une miette. Tiendront-ils paroles ?

Pour nous mettre l’eau à la bouche, un décompte s’affiche et une minute s’égrène. La tension monte, on s’attend à un départ explosif ! Et la minute passe pour laisser place à une longue intro langoureuse de Troy à la cornemuse… J’ai de la peine à comprendre l’utilité de faire monter la pression pour la faire retomber comme un soufflé, avant d’entamer ʿDark Chest of Wondersʾ, dont l’intro a pourtant un potentiel d’explosivité assez unique. Ajoutez à cela que Floor Jansen lance le refrain trop tôt et vous avez une idée du début un peu chaotique de ce concert, mais histoire d’en donner pour ton argent, Nightwish balance d’entrée de jeu quelques pyro histoire de te réchauffer le cœur. Mais si, tu verras, ʿthe greatest show on earthʾ !

 

 

Nightwish nous l’a promis, ce concert met à l’honneur toute la carrière du groupe et les voilà qui enchaînent sur l’attendu et – à mon sens – surestimé ʿWish I Had an Angelʾ (2004), avant de nous offrir un des premiers titres inédits de cette tournée, ʿ10th Man Downʾ (2001), bien à propos en ce centenaire de la 1ère Guerre Mondiale et une belle redécouverte. En guise de décor, un énorme écran habille le fond de scène, ainsi que les plateformes de Tuomas et de Troy, sur lequel s’enchaîneront les animations de plus ou moins bon goût (autrement dit, kitsch à souhait la plupart du temps, à l’exception du décor de glace qui évoque Das Eismeer, le tableau de Caspar David Friedrich, sur ʿElvenpathʾ et l’effet produit par la session de montagnes russes sur l’excellent titre d’Imaginaerum, ʿLast Ride of the Dayʾ).

En revanche, on ne peut que saluer les performances vocales de Marco et Floor, dont les harmonies et les duos façons « belle et la bête » sont particulièrement travaillés sur cette tournée (par exemple sur ʿCome Cover Meʾ, ʿÉlanʾ, ʿSlaying the Dreamerʾ…). La voix plus lyrique encore de Tarja manque toujours sur certains morceaux, où elle apportait sa patte si originale pour l’époque, mais Floor s’en tire avec virtuosité, donnant même parfois le sentiment d’être dans la retenue. Seuls deux morceaux sont tirés d’Endless Form Most Beautiful, l’unique album auquel elle ait participé en tant que chanteuse, espérons donc qu’elle puisse mieux encore exploiter son potentiel avec le prochain opus. Il faut dire aussi qu’un ventilo poussé au max dans la figure pendant tout le set, ça ne doit pas aider…

 

 

Qu’en est-il donc de ce voyage dans le temps ? En plus de 20 ans, le groupe n’a pas tant changé. Certes, Jukka Nevalainen est toujours en « pause » et « remplacé » par le batteur de Wintersun, Kai Hahto – plus de technique, mais moins de charisme – et Floor Jansen ainsi que le multi-instrumentiste Troy Donockley sont arrivés, pour le meilleur. Ces changements sont contrebalancés par les inébranlables Tuomas – Marco – Emppu, fidèles au poste et que rien ne semble avoir changé. Tuomas affiche un sourire des premiers jours et Emppu, de sa guitare violette à ses clins-d’œil complices, n’a rien changé de son jeu de scène. En termes de setlist, la machine à remonter dans le temps a bien fonctionné. On y trouve des vieilleries, des morceaux longtemps oubliés et qui font du bien. Les premiers albums sont en effet bien plus représentés que ceux plus récents, avec par exemple ʿThe Carpenterʾ, issu du tout premier album, et un bon vieux ʿDevil & the Deep Dark Oceanʾ, qui est l’occasion d’envoyer pyro et pétards à tout va. Remarquons que Dark Passion Play, l’unique album avec Anette (si on considère Imaginaerum comme un projet à part) a été complètement ignoré de la setlist.

Nightwish a-t-il donc tenu ses promesses, valait-il la peine de laisser son natel dans la poche ? Certes, le groupe jouit d’une grosse prod’ (ils se permettent même de se servir un verre de leur vin estampillé Nightwish entre deux morceaux), leur show est sympathique à regarder (mais pensez à votre vaccin quand même), bref : ils ont des atouts certains, mais attention à ne pas compter uniquement sur ces médiations techniques pour véhiculer les émotions et les ambiances que Nightwish sait si bien créer. Une soirée comme celle-ci, où le son manque un peu de punch (alors qu’il était parfait sur Beast in Black) et où le public est malheureusement assez amorphe, sauf sur le passage très folk de ʿI Want my tears backʾ, le résultat est un peu en demi-teinte. On repart quand même content sur un final désormais indétrônable depuis que Floor lui a redonné un coup de lustre : Ghost Love Score. Alors on se rappelle ce que Nightwish peut faire et on se surprend à attendre avec impatience la suite…

www.nightwish.com
www.geneva-arena.ch

 

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