Une tournée peut s’avérer assez romantique et exotique d’un point de vue d’un novice. Imaginez : partir sur la route, découvrir des nouvelles villes quotidiennement, rencontrer de nouvelles personnes, partager la même passion, tout cela en parcourant le monde et en vendant un maximum de merchandise et rentrant chez vous heureux, un sourire béat aux lèvres. Vu qu’on aime les articles d’investigations, on a rencontré Ellie, chanteuse du groupe anglais No Violet, afin d’en découdre. 

Le quatuor bristolien s’est rendu pour la première fois en Europe en compagnie du groupe de math-rock Chiyoda Ku pour partir deux semaines sur les routes. Pas moins de douze dates en quinze jours. ‘C’était assez intense’, raconte Ellie. ‘J’étais la seule chanteuse, vu que Chiyoda Ku ne sont qu’instrumentaux. J’imagine que cela requiert le double d’énergie lorsque l’on chante, que l’on joue de la guitare et que l’on doit porter un set presque entièrement sur ses épaules. J’ai aussi beaucoup picolé. Je ne pourrais pas te dire combien d’alcool j’ai bu, mais le problème quand on rencontre des organisateurs aussi adorables, c’est qu’ils veulent te faire goûter tous leurs alcools locaux. Il y a une vodka cerise polonaise qui est à tomber, et qui a beaucoup aidé ma gorge’, plaisante-t-elle.

Se lancer dans une tournée aussi intense (minimum quatre heure de route, et jusqu’à douze heures de voyage avant de rentrer à la maison) n’est pas une sinécure. Prévoir tout dans les moindres petits détails, du passeport aux sous-vêtements, sans oublier se renseigner sur les adaptateurs, les voltages, les sacs de couchages… ‘mais également des audiobooks, des podcasts… Ah et des trucs pour charger tes téléphones dans la voiture. Prends ceux qui ont deux entrées USB sinon ça finit en baston sur qui va charger son téléphone’, plaisante Ellie. ‘Et mon conseil, c’est d’embarquer des sous-vêtements de rechange en suffisance, car tu finis par mettre les mêmes fringues de toute façon. Et surtout, mets tes vêtements dans deux sacs différents : on s’est fait voler nos affaires à Barcelone et avons du survivre avec les mêmes fringues pendant trois jours.’ Car le vol est effectivement monnaie courante en tournée, des vans bien chargés étant une cible toute trouvée pour les recels faciles. Heureusement pour No Violet, seulement leurs sacs contenant leurs affaires ont été dérobés, les laissant avec leur matériel de musique, mais sans de nombreux souvenirs, des t-shirts de groupes aux vêtements préférés en passant pas… un passeport. S’en suit un long trajet vers le consulat anglais basé à Paris pour acheter un passeport provisoire afin de pouvoir rentrer vers leur ville natale.

Une fois lancé, Ellie nous raconte que tout s’est mieux passé que prévu. S’étant entourés de ses meilleurs amis et équipé d’un ingénieur son qui les connaissait bien et s’est improvisé chauffeur, les groupes s’embarquent dans une tournée qui remplira des salles entre 50 et 150 personnes, avec une grosse date à Prague qui les verra jouer devant 200 inconnus. ‘C’est fou ! On a reçu plein de compliments également, ce qui est toujours assez déstabilisant en fin de concert. Personnellement je suis hyper crevée après un concert, j’ai plutôt envie de me poser et n’ai pas forcément la force de causer aux gens. Mais ils étaient tous extrêmement gentils, et complimentaient régulièrement ma voix. Il y a toujours quelque chose de grisant lorsque l’on part en tournée : tu vois du pays, découvre de la nouvelle nourriture, des nouveaux alcools… On jouait à deviner comment serait la prochaine salle et les prochains organisateurs, on leur créait des vies fictives avant même de les rencontrer. Malgré quelques mauvaises surprises où les hommes s’avéraient un peu trop avenants, on a rencontré des gens passionnants et accueillant.’ Et entre les concerts ? ‘Se disputer pour choisir qui passera sa musique dans la voiture, manger beaucoup de bouffe d’autoroute, ce qui est galère et parfois très cher quand tu es végane, et picoler avec le reste du rider de la veille. J’avais un bide à bière à la fin de la tournée !’

Ellie reste très positive quant à ce premier effort qui s’avère être un succès. Jouer à guichets fermés presque chaque soir pour une première expérience et rentrer dans ses frais est presque un tour de force dans une industrie peu florissante. Se réveiller quotidiennement aux côtés de sept autres artistes a quelque chose d’addictif. ‘Je me sentais seule quand je me réveillais dans mon propre lit ! On appelle ça le post-tour-blues. En fait, tu es constamment les uns sur les autres alors c’est juste une question de créer des groupes d’amis, et d’instaurer un certain dynamisme. On déconnait beaucoup, mais ce qui nous a vraiment rapprochés c’est de se retrouver dans des situations parfois étranges et assez sombres. Et retourner à la réalité de son job, ça a quelque chose d’assez déprimant. Payer des factures c’est chiant !’
Car la majorité des artistes ne peuvent se permettre de devenir des musiciens à plein temps. De nombreux musiciens se retrouvent donc cantonnés à un travail à mi-temps qui leur permet de prendre des vacances de manière assez flexible. Ou, comme Ellie, sacrifier ses vacances au détriment de partir en tournée. Une expérience que le groupe reconduira au printemps, avec une tournée au Royaume-Uni qui pourrait se prolonger sur l’Europe. ‘On verra, avec Brexit ce serait cool de faire ça avant que tout s’effondre’, rigole-t-elle.

Une leçon qu’elle retiendra de ces dates est sans aucun doute les progrès à faire au niveau vocal. Sa voix ayant parfois souffert de fatigue, elle s’embarque dans des cours de chant dès son retour sur des scènes anglaises. ‘C’est juste histoire d’apprendre à ne pas fatiguer mes cordes vocales, car on se faisait sept dates à la suite, avant d’enchaîner sur cinq dates, c’est assez épuisant.’ Mais le maître mot reste encore : ‘Embarquez des sous-vêtements de rechange, et mettez les dans plusieurs sacs. Crois-moi, c’est vraiment important.’

www.noviolet.co.uk

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