La fébrilité était dans l’air aujourd’hui parmi mes plusieurs amis qui allaient au show d’Against Me! au Théâtre Corona. Ils ont beau être déjà venus nous voir cette année en première partie de Green Day, être passés en 2016 et même deux fois en 2014, leurs fans montréalais ne se lassent pas de les voir. Mais avant de se rendre là, il y a deux bands qui doivent réchauffer la salle et c’est les Canadiens de The Dirty Nil qui ont l’honneur de commencer. Il n’est que 20 h et la salle est loin d’être pleine. Ils n’auront pas la tâche facile, car il y a vraisemblablement peu de monde qui les connaisse. Malgré que leurs compositions rock alternatif aux accents punk soient assez facile d’approche et que le chanteur Luke Bentham et sa bande se démènent le plus qu’ils peuvent, la sauce ne pognera jamais avec le public. Il y a bien sûr quelques irréductibles de spectacle qui s’amusent en avant, mais pour le reste c’est la politesse d’usage. Pour ma part, je n’ai pas trouvé en quoi ils sont pertinents et pourquoi je m’intéresserais à leur musique ou à leur performance. Ça commence lentement la soirée.

À notre grand plaisir, la qualité monte tranquillement d’un cran avec l’arrivée du groupe punk rock californien Bleached. La présence de deux filles sur la scène a de quoi réveiller les mâles dans l’assistance et créer une solidarité féminine avec les filles. J’avais l’impression qu’en plus des deux sœurs Jennifer et Jessica Clavin, respectivement au chant et la guitare, il avait une troisième dame à la basse. Pourtant, c’est ce soir un gars qui est aux quatre cordes. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas lui qui fait le spectacle, car il ne bougera pas une fois de son emplacement et se contentera de jouer ses parties. Pour les trois autres membres, c’est toute une autre histoire. La guitariste à une fougue autant dans sa gestuelle que sur le manche de son instrument. Le batteur Nick Pillot n’est peut-être pas hyper technique, c’est du punk rock quand même, mais il est complètement déchaîné sur ses fûts. La plus charmante reste toutefois la chanteuse qui est heureuse d’être présente et le démontre par son enthousiasme et le grand sourire qu’elle aborde constamment. Si le tout à un petit quelque chose d’amateur, ce n’est rien pour refroidir la foule. La finale est de toute beauté avec Jennifer et Nick qui échange de place. Ce dernier n’est pas vilain à la guitare et mademoiselle se révèle une batteuse redoutable.

Le Corona est rendu beaucoup plus plein qu’il ne l’était au début et l’atmosphère est déjà à la fête avant même qu’Against Me! n’enflamme les planches. Enflammé est à peine un euphémisme tant la synergie entre le groupe et son public est immédiate. Il faut dire que ça commence fort avec True Trans Soul Rebel et I Was A Teenage Anarchist et déjà dans les premières minutes des fans commencent à monter sur la scène pour se lancer dans la foule. Si beaucoup veulent se rapprocher de leurs idoles, tout le monde reste respectueux et les musiciens ne sont nullement dérangés dans leur exécution. De toute façon, la sécurité a vite fait signe qu’elle était prête à intervenir si besoin il y avait. Le «mosh pit» est impressionnant sur un aussi petit parterre et avec une musique aussi peu agressive.

S’il est vrai que les chansons s’enchainent à un rythme d’enfer et que Laura nous adresse peu souvent la parole, il n’en reste pas moins que la prestation est énergique et qu’ils n’ont pas été avares avec le nombre de titres joués. Et il est évident que c’est ce que les amateurs veulent, de la musique encore et encore, et qu’ils n’ont pas besoin de plus pour avoir du plaisir. Pour les plus vieux d’entre nous, comme moi, l’hommage à Tom Petty décédé subitement il y a 5 jours est un moment touchant de la soirée. La chanteuse interprète une très belle relecture de l’excellente Runnin» Down A Dream du non moins excellent Full Moon Fever sortie en 1989. On revient vite au catalogue du groupe avec Unconditional Love que le Corona au complet ne se gêne pas pour chanter en chœur.

Une bonne façon de combler son public est de se garder un bon nombre de chansons à jouer après que vous annonciez que c’est la fin et c’est exactement ce qu’ils font en nous gardant un rappel de pas moins de 5 tunes. Avec 28 morceaux ce soir, presque que tous les genres de fans ont dû y trouver leur compte. Against Me! nous prouve encore une fois qu’il est un groupe de scène et, encore plus important, que la sortie publique de Laura Jane affirmant qu’elle était transgenre n’a pas nui à la popularité de la formation. On peut même affirmer que c’est l’inverse. Une autre belle avancée pour la communauté LGBTQ vers le chemin de l’acceptation total et un autre bon show pour les autres.

Texte: Sébastien Léonard

Photos: Jesse Di Meo

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Liste des chansons:
Trans Soul Rebel
I Was A Teenage Anarchist
ProVision L-3
From Her Lips to God’s Ears (The Energizer)
Miami
New Wave
Up the Cuts
Jordan’s First Choice
Walking Is Still Honest
Haunting, Haunted, Haunts
Delicate, Petite & Other Things I’ll Never Be
Runnin’ Down a Dream (Tom Petty cover)
Unconditional Love
Those Anarcho Punks Are Mysterious…
333
Rebecca
Transgender Dysphoria Blues
The Ocean
Bamboo Bones
Reinventing Axl Rose
Black Me Out
Thrash Unreal
The Best Ever Death Metal Band in Denton (The Mountain Goats cover)
Two Coffins
Baby, I’m an Anarchist!
Pints of Guinness Make You Strong
Sink, Florida, Sink
We Laugh At Danger (And Break All The Rules)