Changement radical de registre en ce samedi 17 octobre. Après les ambiances sombres de Behemoth et les épopées guerrières d’Amon Amarth, direction la Rockhal pour retrouver notre petit chouchou français, FKJ. Déjà six années se sont écoulées depuis la dernière fois qu’on l’avait vu sur scène… Alors forcément, cette occasion-là, on n’allait pas la laisser passer. La petite salle affiche complet.

Derrière ces trois lettres se cache Vincent Fenton, alias FKJ, pour French Kiwi Juice. Multi-instrumentiste, producteur et compositeur français, il s’est fait connaître au début des années 2010 avec une musique à la croisée du jazz, de la funk, de la soul et de l’électro. Figure de proue de la scène French touch moderne, il s’est notamment fait remarquer en 2017 avec « Tadow », son incroyable session improvisée aux côtés du saxophoniste Masego, devenue virale. Chez FKJ, les genres se mélangent, les instruments se répondent et les morceaux semblent prendre vie sous nos yeux, dans une sorte de laboratoire musical où tout peut arriver.

Dès l’entrée dans la salle, le décor interpelle. On se croirait presque dans un véritable studio d’enregistrement, un immense panneau en bois avec des haut-parleurs intégrés, des guitares et des basses accrochées au mur, un piano à queue, une batterie… On s’attendrait presque à voir débarquer tout un groupe. Mais non, FKJ est là, accompagné simplement de son batteur, et cela va largement suffire à remplir l’espace. Même un petit bonsaï, posé sur un cube en bois, participe à cette ambiance intimiste. Le détail qui tue, quand même ! Au milieu de la scène, un immense miroir intrigue. Jusqu’à ce qu’il s’ouvre et dévoile en réalité une porte, par laquelle FKJ fait son entrée avec son batteur.

Les lumières chaudes, orangées, parfois rouges, enveloppent la scène d’une atmosphère feutrée, presque cosy. Rien à voir avec les explosions visuelles et les éclairages agressifs des concerts de metal de ces derniers jours. Ici, on joue sur les nuances, les ombres, les ambiances enveloppantes. C’est doux, chaleureux, hypnotique… et franchement, ça fait du bien aussi. Mais attention, derrière cette apparente tranquillité, ça bosse sévère ! FKJ est un véritable homme-orchestre. Il passe du piano à la basse, du synthé aux machines, du mixage au chant, avec une aisance déconcertante. Il choisit ses instruments directement sur le mur, au gré des compositions et des arrangements, construit ses morceaux en direct et superpose les sonorités avec précision. Parfois, il joue du piano avec la basse encore posée sur les genoux.

Il court d’un instrument à l’autre, enchaîne les manipulations, ajuste les sons, relance une boucle, reprend une mélodie. Pas de temps mort, ou si peu. Tout paraît fluide, naturel, presque improvisé, alors qu’on imagine sans peine le travail colossal nécessaire pour maîtriser un tel dispositif. La funk apporte son groove irrésistible, le jazz ses envolées et ses variations, tandis que certaines harmonies prennent des accents soul, presque gospel. Les basses rondes et profondes se mêlent aux nappes électroniques, le piano vient poser une touche mélancolique, et le tout s’imbrique dans une mécanique musicale d’une richesse folle. C’est précis sans être froid, technique sans jamais perdre en émotion. Bref, une sacrée démonstration !

Et puis il y a cette ambiance, cette façon de laisser la musique occuper toute la place. Les lumières évoluent doucement, les teintes ambrées glissent vers des rouges plus profonds, la scène semble respirer au rythme des compositions. On se laisse porter, parfois par le groove, parfois par des passages plus contemplatifs. Le concert prend des airs de session privée, comme si on avait eu la chance de s’inviter dans le studio d’un artiste en pleine création. Pas besoin d’artifices démesurés ni de grandes déclarations, les instruments parlent pour lui.

Côté interactions avec le public, en revanche, on reste sur le strict minimum. Un bonsoir au début, quelques mots, puis FKJ se concentre sur sa musique. Pas de grands discours, pas de longues prises de parole entre les morceaux. Il est venu jouer, et il joue. Après environ une heure trente de concert, il nous adresse un salut, un merci, et puis…il part presque aussi discrètement qu’il était arrivé.

Une prestation tout en maîtrise et en subtilité, portée par un musicien aussi impressionnant que polyvalent. Après la fureur du metal, FKJ nous aura offert une parenthèse chaleureuse, groovy et délicieusement hypnotique. Une autre manière de faire vibrer une salle, sans avoir besoin de la faire trembler.

Texte : Adeline Pusceddu

Photos : Deadly Sexy Carl

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