Karen Dió a foulé la Warzone du Hellfest, au petit matin du dimanche 21 juin 2026. Au cœur d’une édition marquée par une chaleur écrasante, la figure montante brésilienne du punk rock, nourrie à la culture Riot Grrrl, a imposé son style direct, instinctif et sans filtre.
Avec une énergie scénique explosive et une écriture frontale, elle s’inscrit dans cette nouvelle génération d’artistes qui réconcilient puissance, engagement et immédiateté. Révélée au fil de tournées aux côtés de Limp Bizkit ou Sum 41, elle trace aujourd’hui sa propre route avec une détermination contagieuse. Pour Daily Rock, Karen Dió s’est livrée avec une sincérité et une spontanéité désarmantes, fidèle à ce qu’elle dégage sur scène : généreuse, brute et vraie.
Peux-tu te présenter aux lecteurs de Daily Rock ?
Je m’appelle Karen Dió. Je suis une artiste punk rock brésilienne. Ça fait un peu plus de vingt ans que je fais de la musique. J’évolue entre le punk rock, le rock alternatif, le garage punk, avec aussi une petite influence grunge… en fait, tout ce qui vient des années 90.
Je suis une enfant des années 90, donc tout ce que l’on voyait sur MTV à cette époque m’a construite. C’est vraiment l’ADN de ma musique.
Tu as donc grandi au Brésil avant de t’installer au Royaume-Uni. Comment ce changement de vie a-t-il influencé ton parcours artistique ?
Honnêtement, ça a été une expérience incroyable. Le fait de vivre dans un autre pays m’a permis de me sentir beaucoup plus libre d’être exactement la personne que je voulais être. J’ai enfin pu m’exprimer sans avoir peur d’être moi-même. Si j’ai envie d’être drôle, provocatrice ou complètement décalée, je peux simplement être qui je suis. Au Brésil, j’avais l’impression de ne pas être totalement moi. Il y avait et j’espère que les choses ont évolué depuis, beaucoup de sexisme. Ça fait maintenant six ans que je suis partie.
À l’époque, j’avais le sentiment de montrer une version un peu protégée de moi-même, comme si je devais constamment me préserver.
Quand je suis arrivée au Royaume-Uni, je me suis dit : « Tant pis. » Je me suis coupé les cheveux très courts, j’ai commencé à écrire toutes les chansons que j’avais envie d’écrire, à envoyer balader les mecs, à partir sur les routes avec mes amis… je me suis tout simplement sentie libre.
Ça a été une expérience formidable parce que j’ai l’impression qu’ici il y a davantage d’espace pour être soi-même. Bien sûr, aucune société n’est parfaite et il y a toujours des choses à améliorer, mais je me sens beaucoup plus à l’aise avec qui je suis.
Je crois aussi que la pandémie m’a beaucoup aidée à réfléchir sur moi-même. Comme tout le monde, je me suis retrouvée enfermée chez moi et j’ai fait un vrai travail d’introspection. Au moment où je me suis installée au Royaume-Uni, j’étais déjà dans cette démarche de compréhension de qui j’étais vraiment et de qui je voulais devenir.

Quel âge avais-tu lorsque tu as déménagé au Royaume-Uni ?
J’avais 31 ans. Aujourd’hui, j’ai 35 ans et je vais bientôt en avoir 36.
Tu cites notamment Avril Lavigne, Green Day et The Offspring parmi tes premières influences. Si la Karen de 13 ans pouvait te voir jouer dans des festivals aujourd’hui, qu’est-ce qu’elle te dirait ?
Elle pleurerait ! Elle me dirait : « Sans déconner ? C’est pas possible ! Tu joues avec tous ces groupes ? » Elle penserait sûrement que je suis la personne la plus cool du monde. Rien que d’y penser, ça m’émeut, parce que c’est vraiment un rêve devenu réalité. C’est assez incroyable.
Tes morceaux sont très accrocheurs, mais ils portent aussi des messages autour du féminisme et de l’inclusion. À quel point est-il important pour toi d’allier divertissement et engagement ?
C’est une très bonne question… En réalité, je crois que c’est quelque chose qui vient naturellement. Je n’y avais jamais vraiment réfléchi.
Le punk rock est une musique très énergique, et c’est le moyen d’expression qui me correspond le mieux. Quant aux paroles, elles parlent simplement de ce que j’ai vécu et de tout ce qui a marqué ma vie.
Finalement, c’est simplement la rencontre entre ce que je suis et la manière dont j’aime m’exprimer. Ce n’est jamais quelque chose que j’ai réfléchi en me disant : « Puisque je suis féministe, je dois écrire des chansons punk. » Pas du tout.
J’aurais tout aussi bien pu écrire de la bossa nova en portant les mêmes convictions. Le féminisme ne dépend pas du style musical. C’est simplement ce qui s’est imposé naturellement.
Le punk rock est une musique très énergique, et c’est le moyen d’expression qui me correspond le mieux.
Tu as reçu le soutien d’artistes que tu écoutais quand tu étais adolescente. Y a-t-il eu un moment où tu t’es dit : « ça y est, mon projet est devenu réel »?
Oui. Je crois que tout a vraiment changé lorsque ‘Sick Ride’ est devenu viral. À partir de ce moment-là, tous ces artistes que j’admirais, ces énormes groupes américains, se sont mis à savoir qui j’étais. Je me suis dit : « Attends… ils savent qui je suis ? C’est complètement fou ! »
Ensuite, j’ai commencé à discuter avec certains d’entre eux, à échanger nos numéros… c’était totalement irréel ! Je pense que c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que ces groupes avec lesquels j’avais grandi connaissaient désormais ma musique… et qu’en plus ils l’aimaient.
Franchement, c’est complètement dingue. Et pour être honnête, j’ai encore cette sensation aujourd’hui.
Le simple fait d’être ici, en France, au Hellfest, l’un des plus grands festivals du monde, et d’y jouer en tant que Brésilienne, en tant que femme, aux côtés de tous ces groupes incroyables… c’est incroyable ! J’ai parfois l’impression de devoir me pincer pour y croire. Depuis la sortie de ‘Sick Ride’, chaque étape ressemble à un rêve devenu réalité.
Juste avant de venir au Hellfest, tu étais en tournée avec Garbage. Comment ça s’est passé ?
C’était complètement dingue ! Il y avait Shirley Manson, Butch Vig et tout le groupe… c’était incroyable. Le problème, c’est que je ne sais pas faire semblant d’être cool. (rires)
Je suis une vraie fan, donc j’essayais de garder mes distances, de rester respectueuse. Je restais dans ma loge en me disant : « Allez, calme-toi, fais tes trucs. » Pendant qu’ils répétaient, je suis allée jeter un œil discrètement depuis la scène, puis je suis repartie me préparer. Et là, Shirley est venue me dire bonjour. J’étais complètement intimidée. Je lui ai répondu : « Salut… comment ça va ? » On a commencé à discuter et on s’est rendu compte qu’on connaissait des personnes en commun. C’était génial. Le simple fait de voir une artiste comme elle me soutenir, en tant que femme et en tant que musicienne que j’écoute depuis des années, c’était vraiment incroyable.
Puis, un peu plus tard, j’étais en train de me maquiller quand Butch Vig est venu frapper à la porte de ma loge. Il m’a dit : « Tes morceaux sont vraiment cool. » Je lui ai répondu : « Ah bon ? Ça t’a plu ? » J’avais du mal à y croire. Le fait qu’ils connaissent ma musique, qu’ils l’aient écoutée et appréciée… reste encore aujourd’hui complètement dingue.

C’était aussi un concert avec deux femmes en tête d’affiche !
Oui et l’un des meilleurs concerts que j’aie jamais joués, l’ambiance était parfaite. Ce jour-là, tout s’alignait parfaitement. Tout le monde était adorable avec nous. Et je ne parle pas seulement de l’équipe du groupe. Même à l’aéroport, où les gens sont souvent stressés ou de mauvaise humeur, tout le monde nous souhaitait une bonne journée. C’était irréel. Je me suis dit : « C’est vraiment la journée parfaite. »
Tu étais en France l’an dernier pour la première partie de Limp Bizkit. Mais c’est ta première participation au Hellfest. Comment as-tu vécu cette expérience ?
C’était tellement cool ! J’étais très nerveuse pour cette première fois. Forcément, il y avait beaucoup de pression. Et il faisait extrêmement chaud, je me disais surtout : « Il ne faut surtout pas que je m’évanouisse sur scène ! » (rires)
Il y avait déjà beaucoup de monde pour un concert aussi tôt dans la journée, c’était magnifique à voir. Je me suis sentie très chanceuse. C’était vraiment un super concert. Tout le monde était là pour passer un bon moment, et c’est exactement ce que je recherche. Moi aussi, je monte sur scène pour partager un bon moment avec les gens. J’ai senti que le public était totalement dans cet état d’esprit. C’était complètement fou !
Penses-tu que les réseaux sociaux ont joué un rôle important dans le développement de ton projet ?
Oui, c’est indéniable. Au départ, je n’avais même pas de véritable stratégie de communication. Je publiais simplement du contenu, des extraits de clips, des vidéos… et l’une d’elles est devenue virale. Ça a complètement changé les choses. Sans les réseaux sociaux, je n’aurais jamais eu cette visibilité. Toutes ces personnes n’auraient probablement jamais découvert ma musique.
Qu’aimerais-tu que le public retienne après t’avoir découverte ?
C’est une bonne question… J’aimerais qu’ils ressentent la même chose que moi lorsque je vais voir mes groupes préférés, comme The Hives. J’adore quand les gens n’ont pas vraiment d’attentes avant de me voir sur scène. Ils découvrent simplement mon projet. J’aimerais qu’ils repartent en se disant : « Mais qu’est-ce qui vient de se passer ? C’était un super concert, je ne m’attendais pas du tout à ça. Elle a vraiment assuré ! » C’est exactement ce que je recherche. Je veux simplement que les gens passent un aussi bon moment que moi sur scène.
Je veux simplement que les gens passent un aussi bon moment que moi sur scène.
Pour finir, quel est le morceau que tu écoutes le plus en ce moment ?
Je vais peut-être paraître prétentieuse… mais en ce moment, j’écoute surtout mes propres chansons. (rires) De nouveaux morceaux arrivent très bientôt et je crois que je suis devenue ma plus grande fan.
J’entre dans une période plus mature de ma carrière et je trouve que ces nouvelles chansons sonnent vraiment très bien. Je vous invite à garder un œil sur mes réseaux sociaux, car un nouveau single sort la semaine prochaine. Ça arrive très vite !
On peut déjà connaître son titre ?
Oui, bien sûr. Le morceau s’appelle ‘Free Yourself’. Il sort jeudi prochain et j’ai vraiment hâte que tout le monde puisse enfin l’écouter.
Bonne nouvelle : le morceau est dispo juste ici !
Propos recueillis par Floriane Piermay au Hellfest 2026.



