PREMIÈRE PARTIE | ÉTIENNE COPPÉE
L’auteur-compositeur-interprète Étienne Coppée a assuré la première partie de la tête d’affiche Les entretoits (Louis-Jean Cormier). Présentée dans le cadre de la programmation de Montréal en lumière, Coppée charme le public du MTelus dès les premiers instants. D’une présence à la fois drôle et charismatique, il sonde l’auditoire à coups d’applaudissements pour savoir si certains le connaissent et profite de l’occasion pour se présenter et parler de sa musique.
Avec humour, il fait référence à l’étroitesse de la scène, « aussi petite qu’un 1-½ », dit-il, un brin de répartie dans la voix. Se produisant seul, en formule clavier et voix, il alterne entre des morceaux de son répertoire personnel, comme Demain il fera beau et Écoute, et rend hommage au Franco-Américain Joe Dassin (1938-1980) en interprétant Dans les yeux d’Émilie. Un moment absurde survient également lorsqu’il se met à chanter la chanson thème de Bob l’Éponge. Un moment cocasse, mais bien reçu dans le côté inattendu de la chose.
Pour sa voix, son timbre doux rappelle celui de Simon Lachance ou de Pierre Guitard, tandis que sa voix puissante, malléable et expressive flirte avec des accents de soul qui enveloppent. La précision de ses notes et la facilité apparente de leur exécution rendent sa performance expressive et engageante : une mise en bouche parfaite pour ce qui va suivre.
TÊTE D’AFFICHE | LOUIS-JEAN CORMIER
Au centre de la scène, des faisceaux lumineux s’infiltrent entre des caissons rétroéclairés, dont les traverses évoquent les poutres d’un entretoit. La fumée s’élève, ondule et révèle une mise en scène minimaliste, immersive et conceptuellement réussie : l’on pourrait presque sentir la poussière danser dans les airs. Peu à peu, la magie progresse. Le public est invité à pénétrer ce grenier imaginaire, au cœur même du Quartier des spectacles.
À son arrivée sur scène, Louis-Jean Cormier salue son public d’une main, levant sa guitare acoustique de l’autre. Un geste simple, dans une décontraction naturelle, avant de s’asseoir pour amorcer la première chanson, L’exil de Martin Léon, un premier titre d’une soirée qui en comptera dix-sept autres.
Au fil du concert, il navigue entre ses pièces originales (Si tu reviens, Croire en rien, La Photo) et des réinterprétations qui ont marqué la chanson québécoise, comme Le Tour de l’île, Ce soir l’amour est dans tes yeux, De la chambre au salon et bien d’autres. Dans cette formule épurée, chaque note résonne plus intensément, comme le ferait un instrument autour d’un feu de camp.
Entre les morceaux, de légères pointes d’humour ponctuent la soirée. Louis-Jean s’adresse au public, le sourire aux lèvres, un air légèrement ému : « C’est quoi les chances que… nous soyons tous ici, ensemble ? Que le chanteur de Karkwa interprète du Malajube ? » Une interaction familière qui fait réagir favorablement la salle, tout en ajoutant cette idée diffuse de synchronicité et de gratitude. Il remercie sincèrement les spectateurs d’avoir choisi d’assister à un concert, de consommer notre culture. Un mot touchant, plein de sens, qui émeut.
En puisant dans des œuvres ayant marqué différentes époques, allant de Félix Leclerc à Fred Fortin, de Richard Desjardins à Harmonium, tout en passant par Martin Léon et Patrick Watson, Louis-Jean Cormier crée un pont intergénérationnel où la nostalgie des aînés rencontre la curiosité des plus jeunes. Dans cet instant suspendu, il invite d’une certaine façon chacun à visiter, le temps d’une soirée, cette maison qui érige un patrimoine vivant, revisité. Mais surtout pleinement habité par l’amour de la francophonie.
EN ENSEMBLE
D’Étienne Coppée à la traversée musicale de Louis-Jean Cormier, la soirée aura doucement pris la forme d’un fil conducteur autour de la chanson francophone. Deux artistes, deux sensibilités, mais une même volonté de créer un espace de proximité avec le public. Et quoi de mieux? La tournée se poursuit jusqu’à l’automne 2026.
Les entretoits | Louis-Jean Cormier: ICI
Pour écouter Étienne Coppée: ICI