Et la Tunisie rugit !
Par un enchaînement de circonstances incroyables, mon arrivée en Tunisie pour une petite semaine de vacances chez des amis s’est transformée en course de Mario Kart aller-retour et slalom folklorique d’Hammamet à Tunis entre des mobylettes à contre sens et une cargaison de fruits qui se déversent sur l’autoroute. Un samedi soir parfaitement calibré et alternatif pour rejoindre le très prometteur festival Mena Rock porté par Aurélie, Nabil et une bande de bénévoles tunisiens et français, motivés comme jamais pour bien faire les choses. La première édition du festival avait déjà accueilli pas mal d’artistes, dont, entre autres, Ashen, Sun, LocoMuerte et les très bons Acyl et leur rock death metal algérien. C’est donc avec beaucoup d’entrain que je cours à l’Institut Français de Tunis retrouver Klone, et découvrir Arka’n Asrafokor ainsi que Kamala que je n’ai pu voir en France lors de leur passage.
Samedi 18 octobre 2025
Arrivé un peu tard en fin d’après-midi, je n’ai pas eu le loisir d’écouter l’intégralité du set power metal de Crimson Rüh. Mais la voix de Hatem – chanteur de Tunis aux multiples projets – était plutôt de bonne facture sur les deux derniers morceaux. Tunisien également, Thy Seven Synth enchaîne très vite avec son dark synth sérieux aux relents mansoniens. Un set scénographié que l’on aurait plutôt aimé découvrir en fin de soirée, d’autant plus que la guitare n’est pas forcément l’instrument dominant du combo.
Ce qui ne sera pas le cas du trio brésilien Kamala, visiblement très heureux d’être de la partie après sa tournée en France. Ça ne pinaille pas ! C’est roots, voir bloody roots. Le groupe, qui officie depuis 2003, balance aujourd’hui un thrash metal porté par la batterie de Isabella et un solide duo guitare/basse investi. Ça commence sérieusement à bouger côté public. Un set généreux et des musiciens qui seront présents tout le week-end en spectateurs pour soutenir les autres formations mais aussi sur scène le dimanche…
Changement de crémerie avec les parisiens de Freehowling. Survêtement Adidas, pull Lacoste et bandanas sont de sortie pour ces hardcoreux qui balancent un son brutal, un flow scandé et agressif, alternant bagarre et tempo lents pour une approche très « street ». Un tout qui ravira les amateurs de Code Orange ou Rise of the North Star.
Leurs proches camarades (et collaborateurs) belges de Ice Sealed Eyes, tout de noir vêtu, prennent ensuite la relève. Nous restons dans un style core mais avec des parties parfois très planantes, en voix intimiste. Une réelle identité musicale avec une section rythmique appuyée par les attitudes et tenues vestimentaires du chanteur et du guitariste au masque délicatement dentelé.
C’est la prestation de Klone qui clôt cette première journée. Même si Guillaume, guitariste-compositeur et fondateur du groupe, me confie en « off » que le style musical de sa formation n’est peut-être pas le plus adéquat pour conclure une telle soirée, la prestation qui va suivre le fera mentir. Pas besoin de montrer ses incisives pour assurer un statut de force tranquille. La notoriété de Klone justifie amplement sa position en tête d’affiche et confirme au passage son humilité. Et c’est une bonne baffe que vont prendre les spectateurs présents. Curieux et connaisseurs se laissent embarquer par ce rock metal planant et progressif. Même si, parfois, on regrettera une reverb’ un poil trop présente sur la caisse claire de Morgan, le son est bon. Et l’architecture particulière du lieu accentue la rêverie. Klone déroule son set, la voix toujours juste de Yann, son chanteur, nous fait voyager. Des musiciens perfectionnistes, unis au service d’un propos unique. Le public repart de cette première journée avec le sourire et l’envie de vite revenir demain.
Dimanche 19 octobre 2025
Forcément la nuit à été courte, on loupe malheureusement les groupes qui ouvrent le dimanche : Parabola, très jeune formation issue de Paradiddle Music School à Tunis, trop contente d’être de la partie, ainsi que les tunisiens de Not Dead Yet, qui balancent pourtant un metal groovy bien enlevé par voix de Sissi.
Changement de décor et de configuration pour un des OVNI de la soirée. Muhürta est inclassable. Les quatre français, inconnus au bataillon, balancent un mix entre rock, encens, metal stoner et musiques indiennes, avec des instruments traditionnels dont la sitar electro-acoustique reste l’élément dominant. Un savant mélange, risqué pour l’ingé son, pour proposer un voyage intersidéral et une « méditation » perchée pour le public. Clairement à revoir dans un lieu plus intimiste.
Changement de continent avec LA découverte d’origine Togolaise, Arka’n’Azrafokor. Rythmiques africaines et gros riffs. Le groupe formé par Kodzo (guitare-chant), part dans tous les sens, du metal ethnic bien burné, des percus bien senties et un deuxième chanteur pour soutenir le tout. Un melting pot d’influences à la signature déjà bien affirmée. Ça sent bon pour la suite. Le public ne s’y trompe pas et pète son cable lors du final lorsque le groupe invite les copains brésiliens de Kamala pour une reprise de « Territory » de Sepultura. Un moment plein d’émotion et d’humanité. Arka’n’Azrafokor est au Togo ce que Bloodywood est à l’Inde ou Alien Weaponry à la Nouvelle-Zélande. Rikou du Hellfest (qui était dans les parages…) serait bien inspiré de nous pondre une scène orientée world metal pour 2027 !
Les confirmés de Nawather déboulent ensuite en terre promise, avec un metal folk oriental à la sauce tunisienne et à deux voix, un chant clair féminin et un growl masculin. Ça fonctionne plutôt bien rythmiquement et musicalement, même si un « lâcher prise des chanteurs permettrait d’embarquer davantage vers leur belle contrée.
Enfin, pour clore le festival, l’orga s’est offert les jordaniens d’Akher Zapheer, clairement très attendu du public ce jour. Un groupe moins metal que le reste de l’affiche, plutôt orienté pop-grunge, mais qui a quelques titres tubesques, en arabe, dans ses valises, il faut le reconnaitre. Les paroles sont reprises en chœurs par une partie du public et les gimmicks des guitares sont plutôt bien inspirées. Une fin de festival en douceur donc mais entraînante qui montre l’ouverture d’esprit de l’équipe du Mena rock et qui donne clairement envie de revenir voir comment ce festival made in Tunis va évoluer l’année prochaine.
Texte et Photos : Chris Guillaudin aka Sifaka
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