‘Paléo sans pluie, c’est pas un vrai Paléo !’ On se croit malins quand on dit ça les jours de canicule. Mais quand ça nous tombe dessus, on rigole un peu moins (jusqu’à ce qu’on soit bien équipé). Heureusement, la musique et la bonne humeur étaient au rendez-vous pour cette cinquième soirée de Palé’eau.


 

Stephan Eicher, roi de la soirée

Les fans de Stephan Eicher ont été comblés samedi soir. Le Bernois ne devait jouer qu’une heure et quart, il en fera finalement plus du double. Ça commence plutôt dans l’après-midi lorsqu’il arrive sur la Grande Scène pour faire ses balances et offre une sorte de concert sauvage à un public émerveillé. L’Asse subi ensuite un gros orage (heureusement de courte durée). Comme si tout était orchestré, c’est lorsque celui-ci s’arrête que l’on apprend l’annulation de Shaka Ponk… remplacés par Eicher et un super groupe créé pour l’occasion. On y reviendra plus tard.

A 18h45, une jolie foule s’est aventurée sur le terrain de plus en plus boueux de la Grande Scène. Les cuivres retentissent et voilà que l’équipe de Traktorkestar monte sur scène… depuis la fosse. Ils sont rapidement rejoints par Stephan Eicher, sous l’ovation du public. Ça démarre fort avec Déjeuner en Paix que tout le monde, sans exception chante à tue-tête. Le concert est d’une énergie déconcertante comparé à son dernier passage à Paléo. L’ambiance sur scène est festive, ça danse, ça fait les pitres, ça se lance des confettis. Et c’est communicatif ! Dans le public, des milliers de sourires habillent les visages, on tente même quelques pas de danse et quelques sauts. Une belle surprise !

 

L’alternative electro ‘matière première’

Quinze minutes après Eicher commençait Nova Materia au Détour. Le duo nous a amené dans sa performance électro-matérialiste qu’on ne peut que tenter d’expliquer. La scène se compose de différentes installations, claviers, tables de mix, ossements, minéraux, tubes d’acier,… Une guitare électrique posée à l’horizontale sert également d’instrument de percussion. Leur musique est produite avec une grande maîtrise. Ils y ajoutent tous les deux du chant, tantôt envoûtant, tantôt percutant. Leur son est à la fois industriel et organique. Une performance difficile à décrire mais dont le nom évoque autant que la musique. Le public danse, en transe et s’attroupe sous la tente du Détour. Une expérience audio-visuelle qu’on est pas près d’oublier.

 

Quand le Québec fait mieux que Lana

Direction le Village du Monde où Tire le Coyote vient de commencer son concert. Une ambiance pop-folk tamise le Dôme. Sa voix nasillarde est accentuée par son accent québécois que l’on aime tant et qui donne un charme fou. Le jeune homme nous raconte qu’il aurait bien voulu croiser Lana Del Rey (même s’il n’a pas entendu que du bien de sa ‘prestation’) avant d’entamer une interprétation libre de son titre Video Games, en français. Et le résultat est presque meilleur que l’original ! On écoute sans se lasser les mélodies douces de Tire le Coyote, tant sous le chapiteau qu’à l’extérieur.

Parenthèse déjantée 

On voulait juste ramener nos verres au bar de l’Escale, on s’est fait prendre dans une petite foule venue applaudir Le Winston Band. Un concert express de 15-20 minutes complètement déjanté. La cabane de bois est pleine à craquer mais ça ne nous empêche pas de danser. A peine le temps de se demander d’où sont sortis ces cinq gars qu’il est déjà temps de repartir… sous la pluie.

 

Pause folk toute douce

En même temps que Tire le Coyote mais cette fois au Club Tent commençait Black Sea Dahu. La scène nous charme par la présence d’un magnétophone à bandes en marche posé en dessus du clavier. Deux guitare, une basse, un clavier, une batterie et des percussions, on voulait vous parler d’un petit groupe zurichois (forcément avec un Dahu, on est bien en Suisse) mais celui-ci est venu en nombre et occupe pleinement la scène. La voix de Janine Cathrein porte ses composition avec douceur et authenticité. Les sons des différents instruments s’équilibrent parfaitement et les chœurs relèvent discrètement certains passages. C’était la pause folk de la journée.

 

Orage et musique, quoi de mieux ?

On s’aventure vers le Détour, déjà blindé de gens venus se réfugier au sec. Tant pis, on est équipé pour rester dehors. Et quelle bonne idée ! Sur la petite scène, Charlie Cunningham a aussi plongé le chapiteau dans un atmosphère pop-folk, mais à l’anglaise. Sa musique, c’est celle que vous écoutez, appuyé contre la vitre de la voiture un jour de pluie, vous remémorant des souvenirs où rêvant. Alors depuis l’extérieur du Détour, avec la pluie qui coule sur notre visage et les éclairs en guise d’effets visuels, c’était une petite pépite !

Le Johnny du Québec

Difficile de dire si le Dôme est plein à cause de la pluie ou pour le concert suivant. Il faut dire que l’artiste qui s’apprête à monter sur scène est un phénomène au Québec. Robert Charlebois, c’est l’équivalent de Johnny Hallyday chez nous. Un écran géant diffuse des images d’archives en guise d’intro et voilà que le rockeur entre en scène. Le public a l’air ravi. On esquisse quelques pas de danse dans la boue jusqu’à ce que l’on se rende compte d’une chose : impossible de comprendre ce qu’il raconte. Mais qu’importe, en temps de pluie, cet accent, même très prononcé, est comme un rayon de soleil dans la nuit.

L’orage soul

En partant du spectacle Le Fric des deux Vincent, une foule nombreuse s’est abritée sous le Club Tent. Il est quasiment impossible d’y pénétrer. Avec un peu de forcing entre deux K-way détrempés, on parvient à voir Curtis Harding et son band. Nous somme pris dans une déferlante soul chaleureuse qui fait fuir tout nuage de nos mémoires de poissons rouges, le temps d’un concert. Transportés aux États-Unis, on écoute avec joie les différentes influences de ce chanteur a la voix brillante et à la Stratocaster qui démange. Et même si il pleut toujours lorsque on repart, on a le sourire.

 

Supergroupe improvisé

Après l’annonce de l’annulation de Shaka Ponk, Paléo a réagi au quart de tour pour mettre sur pied un spectacle unique : Stephan Eicher & Paléo Orkestar. Le Suisse a fait un petit tour par les scènes du festival et a ramené une brochette d’artistes dans son panier. Au programme Traktorkestar, Robert Charlebois, Kind & Kinky Zoo, Tire le Coyote, DJ Zebra, une chorale issue du public et d’autres artistes qui passaient par-là. L’ambiance est sincère, spontanée. On se dit que les premières éditions du festival devaient ressembler à ça, de la boue et de la musique improvisée. On a rarement vu une si bonne ambiance, à passé minuit, sous une pluie battante. L’émotion est belle, vraie. On est même surpris de voir combien de personnes sont restées, même lorsque DJ Zebra s’est emparé de la scène pour la dernière demi-heure. Si on avait pu, on aurait dansé jusqu’au lever du jour, même si on avait les pieds dans la boue.

 

Texte par Alessia Merulla & Coralie Binder
Photos par Davide Gostoli & Coralie Binder