Incroyable, les frangins Robinson ont pondu un nouvel album en deux ans sans se bouffer le nez. Bon en même temps la session studio ayant duré à peine dix jours, c’eût été le comble que ça foire. Résultat, cette onzième galette suinte le rock crasse et l’urgence, les riffs de Rich sont taillés dans le granit et la voix de Chris rugit chaudement. On n’en attendait pas moins. Pour le reste la musique du combo ressemble comme deux gouttes d’eau à du Black Crowes, musique qui, elle, ressemble à tout ce que le rock a fait de mieux durant les heures glorieuses des seventieth. On s’y attendait un peu…
Mais voilà, si à force de faire et refaire toujours une vieille recette méthodiquement la tambouille peut vite finir par être insipide, il y a ce moment où le diable vient se glisser dans les détails et où le plat retrouve vie. On pourrait évoquer le riff de « Profane Prophecy » qui vous prend directement à la gorge alors que l’on vient juste de lancer la lecture, ou plus loin la slide mélancolique de « Pharmacy Chronicles » qui vous cisaille le cœur. Et puis on retrouve avec délectation cette faculté des Américains à dompter l’énergie tout en lui laissant la bride sur le cou. Comme quand ils vous prennent à revers en lançant d’abord le tempo un peu lent de « Cruel Streak » et qu’au tournant du refrain ils vous lâchent toute la cavalerie sur le paletot.
On parlait de recette, et c’est bien en allant piquer des ingrédients hors liste, comme le violon très folqueux de « High & Lonesome », que l’on sort franchement du cadre. Jusqu’à ce moment où un solo crasse de guitare vient carrément vous pousser au bord du précipice. Allez, tout n’est pas parfait, mais même le trop carré pour être honnête « Blood Red Regrets » ne pourra gâcher l’affaire. Pour preuve, en clôturant avec le lugubre « Eros Blues » et le débraillé et diabolique « Doomsday Doggerel », les Black Crowes referment un album de très haute tenue, quelque part entre colossal et flamboyant.
[Yves Peyrollaz]
Note: 4/5
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