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Retour à la simplicité du trio, retour au rock. Les belles intentions affichées par Muse avant la sortie de leur septième album donnaient à rêver, tant les productions ampoulées récentes dévoilaient une formation filant tête baissée sur les rails du succès planétaire. Si déjà il n’est pas évident de se mettre en danger, franchement on peinait à croire que Matthew Bellamy et ses potes allaient mettre au rancart tout ce qui a fait leur succès, allaient oser fâcher un si large public. On rêvait donc sans trop y croire d’un Muse s’éclipsant de l’autoroute par une sortie dérobée, cherchant à rejoindre les prairies juvéniles et décomplexées d’un «Sunburn», se prenant en pleine poire dans un carrefour borgne la ligne de basse d’un «Map of The Problematique». Mais il faut l’avouer Muse n’a pas trouvé cette sortie direction l’innocence, et l’écoute des douze titres relève peu de surprises. Devait-on alors forcément être déçus? Non, parce que rien que de vouloir se lancer à l’assaut d’un concept-album est tout à leur honneur. Il leur aurait été bien facile de produire tube après tube, et de balancer le tout sans vergogne, juste histoire d’occuper la place et de grappiller quelques piécettes. Cherchant à construire plutôt qu’à produire, les voilà donc avec un monstre sans pilote contant la vie d’un homme qui passe de tueur à penseur pour atteindre la liberté. Et le disque est ainsi fait qu’il dérange plus qu’il n’agace. Côté pile il a cet air de déjà vu («Psycho») et cette maudite façon de croire que les mélodies dégoulinantes de bonne volonté façon Coldplay («Mercy») vont leur permettre de viser large. Côté face il y a une forme d’auto-parodie (un «Defector» où l’on peine à croire que Bellamy ne sait pas qu’il n’arrivera jamais à la cheville de Freddy Mercury), la volonté de défricher des terres nouvelles (une production heavy rock franchement carrée) et un album construit hors des règles bien établies (tous les titres rentre-dedans s’alignent d’entrée sans repos pour l’auditeur). Et finalement Muse restant maître dans l’édification de labyrinthes monumentaux où l’on adore se perdre («Reapers», «Aftermath»), ce «Drones» s’en tire avec les honneurs. Pour l’avenir on peut toujours rêver.

FICHE CD
Drones
Warner Records
http://muse.mu