Le 7 février 2024, le groupe allemand Long Distance Calling couronnait son petit chef-d’œuvre de 2022, Eraser, avec le plus grand concert en tête d’affiche de toute sa carrière, au cinéma Lichtburg d’Essen, en Allemagne. En interprétant six titres de l’album tout en explorant une partie de leur catalogue aux côtés de musiciens invités, le groupe a livré une performance grandiose et ambitieuse, renforçant encore davantage sa stature imposante au sein de la scène musicale allemande déjà très éclectique, près de 20 ans après ses débuts.
L’album commence en force grâce aux trois mêmes morceaux qui inaugurent Eraser, un choix qui envoie un message clair : le groupe assume pleinement son matériel le plus récent. Il ne s’agit pas d’un concert où ils joueront leurs plus grands succès — Long Distance Calling a quelque chose à dire, et ils sont là pour le partager.
La sortie est disponible en vinyle, tandis que le CD/Blu-ray inclut des titres bonus supplémentaires. La présence de musiciens invités apporte une dimension intéressante à la performance live et introduit une variété bienvenue, un défi qui peut s’avérer complexe pour un groupe instrumental jouant plus de 90 minutes. Cela dit, Long Distance Calling maîtrise son art avec suffisamment d’assurance pour que la performance ne paraisse jamais long.
Ma seule réserve concernant les musiciens additionnels est que leur contribution ne m’a pas semblé aussi marquante que sur Eraser. J’ai particulièrement adoré les arrangements de cuivres sur la version studio, et dans le mix live, ils ressortent de manière moins distincte. Ceci dit, ce que j’aime le plus dans les albums live, c’est précisément leur caractère imparfait est organic… Oui, on pourrait dire que je me contredis, et vous auriez probablement raison. Mais c’est exactement pour cette raison que les deux expériences sont essentielles : écouter l’album et voir le groupe en concert répondent à des objectifs différents, et les deux ont leur importance. 😉
Après ce premier segment consacré à Eraser, le groupe interprète deux morceaux de leur album How Do We Want To Live (2020). Avec Hazard, ils nous rappellent qu’ils ne sont pas moins puissants en formation à quatre. J’apprécie particulièrement la section spoken word, qui résonne aujourd’hui avec encore plus de force qu’en 2020 — ou même qu’en 2024, lors de cette performance :
“If an A.I. possessed any one of these skills
Social abilities
Technological development
Economic ability
At a superhuman level
It is quite likely
That it would quickly come to dominate our world”
Assez troublant, non ?
Le titre Eraser se distingue comme l’un des moments les plus forts de l’album. Le son de basse est absolument dévastateur, offrant une intro puissante avant de passer vers une conclusion plus délicate, une transition idéale vers la phase suivante du concert, qui replonge dans le catalogue plus ancien du groupe avec deux morceaux issus de leur album de 2010 (quatre titres sur la version Blu-ray).
L’un des moments les plus marquants de cet album live est Black Paper Planes. Sans surprise, ce morceau a joué un rôle majeur dans l’ascension du groupe. Ses dynamiques et ses paysages sonores expansifs s’épanouissent magnifiquement, portés par une charge émotionnelle impressionnante. Mais ce qui me marque le plus, c’est qu’il est évident que le moment vécu sur scène était unique, il y a là une profondeur difficile à expliquer, et c’est précisément ce que j’aime dans la musique live.
C’est le genre de morceau que l’on vit en concert et qui fait immédiatement penser : ce moment est irréplicable. Il faut rendre hommage au groupe : ils jouent probablement ce titre à presque tous leurs concerts et, pourtant, il reste sincère, organique et profondément vivant.
À mesure que le concert prend son essor et que le groupe explore son matériel plus ancien, j’ai été frappé par le fait qu’Eraser paraît plus brut et plus féroce que nombre de leurs œuvres précédentes, plus violent, et porté par une dose d’urgence supplémentaire. Après de nombreuses années à faire de la musique, il est naturel de devenir plus direct dans les messages que l’on souhaite transmettre. Eraser gravite autour de thématiques liées à la protection animale, un sujet puissant, parfois inconfortable. Ce n’est pas vraiment un thème de discussion à table et il peut facilement diviser. Cela dit, il ne s’agit que de ma propre lecture — je peux me tromper, mais je ressens davantage d’urgence dans cet album, ou du moins dans cette partie du concert.
Clore l’album avec Metulsky Curse dans sa version revisitée est particulièrement significatif. En tant que seul morceau issu de leur premier album, déjà retravaillé pour leur live de Hambourg en 2019, c’est un clin d’œil clair à leurs racines. Alors que le groupe approche de son 20e anniversaire, ce choix semble pleinement délibéré. On peut même entendre de légères imperfections dans l’interprétation, mais cela paraît totalement intentionnel. Ils ne voulaient pas quelque chose de lisse ou de parfait — ils voulaient quelque chose de vrai.
Ce que vous entendez, c’est qui ils sont.
Morceaux préférés : Black Paper Planes, Eraser, Metulsky Curse
Liste des titres
1. Enter: Death Box
2. Blades
3. Kamilah
4. Giants Leaving
5. Hazard
6. Immunity
7. 500 Years
8. Eraser
9. Apparitions
10. Black Paper Planes
11. Out There
12. Metulsky Curse Revisited
Date de sortie : 5 décembre 2025
Label : Ear Music
Long Distance Calling, c’est :
Guitare: Florian Füntmann
Guitare: David Jordan
Basse: Jan Hoffmann
Batterie: Janosch Rathmer
Avec les invités :
Tobias Köhler (violoncelle)
Felix Köhler (violon)
Nico Wellers (trompette)
Matthias Fleige (trombone)



