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A l’occasion de la sortie du troisième album de Fallujah, Dreamless, nous avons eu la chance de nous entretenir avec Alex Hofmann, chanteur de la formation originaire de San Francisco. Malgré quelques problèmes techniques liés a Skype, voilà le résultat de notre discussion avec le frontman de ce groupe montant de la scène death technique.


Premièrement, merci beaucoup de m’accorder cet instant en ta compagnie ! Comment vas-tu ? Es-tu à San Francisco en ce moment ?
Oui, je suis chez moi. A part le fait qu’il pleut des cordes et que je vais bientôt aller bosser, ça va bien ! (rires)

Parlons un peu du nouvel album, ‘Dreamless’. Un des aspects que j’aime vraiment dans Fallujah est le fait que vous possédez vraiment un son qui vous est propre. Dès les premières secondes, tu sais immédiatement que tu es en train d’écouter du Fallujah. Est-ce que vous continuer d’aller dans la même direction avec ‘Dreamless’ ? Il y a-t-il une évolution par rapport aux deux albums précédents ?
En une phrase, je dirais que ‘Dreamless’ est très aéré par rapport à ‘The Flesh Prevails’, qui était beaucoup plus compact, agressif, sans pauses. ‘Dreamless’ véhicule le même genre d’émotions, mais d’une façon différente, certainement avec plus d’impact. Ce n’est pas un album de death metal à proprement parler, contrairement au précédent. De manière générale, nous évoluons dans le sens que nous devenons un meilleur groupe avec le temps, avec plus d’expérience, avec une meilleure capacité à écrire de bons albums, sans faire deux fois la même chose. Je trouve qu’énormément de groupes ne cherchent pas assez à se renouveler et à pousser d’avantage leurs limites.

Etant donné que votre musique possède un aspect complexe et sophistiqué, je me demandais si toi ou l’un des autres membres de Fallujah êtes des musiciens diplômés ? Selon toi, exceller dans son instrument donne-t-il un avantage pour écrire de bons morceaux ?
Non, aucun de nous n’a reçu ce genre de formation classique. On est tous plus ou moins autodidacte. Je ne pense pas qu’étudier dans une école de musique soit quelque chose de très utile. Cela te permettra peut être de mieux comprendre ton instrument et de pratiquer beaucoup, mais avoir reçu tout l’enseignement musical au monde ne va en aucun cas t’apprendre à écrire un bon morceau. Regarde Kurt Cobain, par exemple. Le mec est un très mauvais guitariste, les chansons de Nirvana sont super simples, mais géniales ! Avec juste quelques accords, ses chansons ont plus de sens que ce que la plupart des groupes n’écriront jamais. Et de l’autre côté, tu as tous ces musiciens incroyables qui font la même merde générique que tout le monde. Donc pour résumer, je pense que maîtriser son instrument rend la composition plus facile, mais que ces deux aspects ne sont pas co-dépendants.

Quelle est ta chanson favorite de l’album, et pourquoi ?
Je ne sais pas si je pourrais n’en choisir qu’une… J’aime beaucoup la dernière chanson, ‘Lacuna’. Je pense que c’est ma préférée de toute notre discographie, j’ai pris beaucoup de plaisir à l’écrire en tout cas. Sinon, j’aime beaucoup ‘Scar Queen’, et je sais déjà qu’’Amber Gaze’ va sonner très bien en live. Mais bon, tu sais, chaque chanson joue un rôle différent dans l’album.

Pourrais-tu nous en dire un peu plus à propos du processus d’écriture ? Est-ce qu’un membre du groupe en particulier compose ? Quel est ton rôle dans l’écriture de la musique en tant que chanteur ?
Souvent, c’est Scott (n.d.a. un des guitaristes du groupe) qui amène les idées principales, les progressions d’accords, tout ça. Ensuite, on utilise plus ou moins la méthode du co-writing. Tout le monde apporte ses idées et donne son avis. Nous n’avons pas l’habitude de jammer tout ensemble pour composer, ça ne fonctionne pas vraiment pour nous

Le onzième morceau s’appelle ‘Les Silences’. Pourquoi avoir choisi un nom en français ?
Ah oui, en fait c’est parce que le morceau vient d’un film comprenant des dialogues en français. Je suis curieux de savoir si les gens vont reconnaître de quel film il s’agit en l’écoutant. En fait, chaque chanson de Dreamless est tirée d’un film différent. Je n’en dirais pas plus pour l’instant, à vous de trouver ! (rires)

A cause du nom du groupe (n.d.a. : empruntant son nom à la plus dangereuse des villes d’Irak pendant la guerre entre ce pays et l’Afghanistan succédant les attentats du 11 septembre, le groupe veut représenter la situation du monde actuelle, ayant atteint selon eux l’apogée des tensions, de l’hostilité et de la destruction), on pourrait penser que vous utilisez la musique pour passer quelque message politique. Qu’en penses-tu ?
Notre nom représente bien plus que ça, et je ne pense pas que parler d’un quelconque aspect politique soit adéquat. Je n’aime pas et ne veux pas parler de politique en tant que chanteur de Fallujah, bien que je m’y intéresse dans ma vie en dehors du groupe. Je pense que ça ouvre les portes à des querelles non nécessaires.

Quelles sont tes influences au niveau du chant ?
Hum, en tout cas, aucun de mes chanteurs préférés ne fait du metal ! (rires) Je ne cherche pas à m’inspirer d’autres chanteurs de metal, je connais ma voix et son fonctionnement et j’essaie d’en tirer le meilleur. Sinon, j’aime beaucoup Dave Gahan de Depeche Mode, Gavin Rossdale de Bush, Chino Moreno de Deftones, Morrissey des Smith. J’aime également beaucoup les voix féminines, j’écoute beaucoup de groupes à chanteuse dans mon temps libre. C’est pourquoi tu peux entendre des voix féminines dans certains morceaux de Fallujah, ce que je n’ai jamais entendu dans d’autres groupes de death metal.

Aujourd’hui, penses-tu qu’il est encore plus difficile pour un groupe de metal de survivre dans l’industrie de la musique ?
Oui. Je pense que de moins en moins de gens s’intéressent vraiment à cette musique. La raison pour laquelle les groupes n’arrivent pas à subsister est le fait qu’il n’y a pas assez de fans prêt à payer pour la musique. Et c’est précisément ces fans qui peuvent faire que tout change, que tu réussisses ou que tu échoues. Bien sûr, il y a des problèmes internes qui peuvent arriver, des membres du groupe qui se comportent comme des connards, etc. Il y aurait assez de personnes pour assurer un revenu stable à tous les groupes, si ces dernières étaient prêtes à payer pour profiter de la musique comme elles le font. C’est déjà super d’assister aux concerts et d’acheter des t-shirts ou comme ça, mais ça reste insuffisant. Ca permet de survivre, mais pas de la même façon que peuvent te donner la plupart des autres métiers. Il faut voir la réalité en face, le metal est un genre extrême, et un petit marché. Surtout de nos jours. Regardes, avant, tu avais les groupes de glam des années 80, le grunge dans les années 90, même la scène death dans ces mêmes années, et finalement le Neo Metal dans les années 2000. Les groupes de ce genre ont marché parce qu’ils étaient accessibles, profitaient d’un bon marketing, et que les gens appréciaient la musique plus agressive. Je pense qu’il y a un aspect loyal et profond dans le metal, qui nous motive et nous pousse à continuer, mais nous devons accepter que de nos jours ce n’est plus un genre populaire, et je ne pense pas pouvoir résoudre ce problème ! (rires)

Quels conseils donnerais-tu à un jeune groupe de metal qui voudrait faire des tournées, être signé, et tout le reste ?
Je leur dirais juste : Faites-le vous même, c’est la manière la plus rapide. Organisez vos propres concerts, il n’y a pas besoin d’un manager au début. Trop de groupes restent chez eux, alors que le meilleur moyen de se faire connaître et de tourner, beaucoup. Et il y a beaucoup de petites agences de promotion, qui peuvent aider. Mais bon, parfois, tout le travail que tu fournis ne suffit pas, pour plein de raisons. Mais faire des concerts ne peut de toute façon qu’être bénéfique.

Si tu devais choisir trois groupes/artistes pour faire une tournée mondiale, lesquels choisirais-tu ?
Dure question, mais je dirais Deftones, ça serait génial, sinon The Smiths, même s’ils ne vont probablement plus jouer ! (rires) Sinon, Submotion Orchestra, ou alors Nechrophagist. Je pense que beaucoup de groupes rêveraient de partager l’affiche avec eux !

Vous jouez au Hellfest pour la première fois cet été, un des festivals emblématiques d’Europe. Vous n’avez pas pu y jouer l’année passée. Comment vous sentez vous ? Confiants ? Stressés ? Est-ce plus difficile de jouer devant des foules aussi massives, au milieu d’affiches très variées, par rapport à des dates dans des salles plus petites où le public vous connaît et est là pour vous ?
Je ne sais pas encore comment je dois me sentir, j’attends de voir ! Il y a tellement de bon groupes cette année. L’important est de savoir combien de personnes vont venir nous voir, donc repose moi cette question après le concert ! Pour moi, c’est plus facile de motiver des foules plus grandes, ils auront plus tendance à vouloir bouger, etc. J’aime bien le faire, mais tu dois adapter ta présence scénique, ça demande plus d’énergie, surtout en tant que frontman.

Vous avez joué quelques fois en Suisse, notamment en décembre dernier. Est-ce que ce concert vous a plu ? Comment s’est comporté le public suisse ? Il n’y a pas de dates annoncées pour la prochaine tournée. Est-ce que vous avez prévu de revenir ?
Oui, décembre dernier a été notre meilleure expérience en Suisse. Nous y avons joué quatre fois. La toute première fois, c’était à Genève, c’était assez dur. Le public suisse peut être compliqué des fois, on ne peut pas vraiment dire qu’ils se cassent des bouteilles sur la tête ! (rires) Par contre, j’aimerais bien explorer le pays après notre tournée européenne, partir avec mon sac dos.

[Claire Genoud]

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