Un album, c’est comme une tablette de chocolat : les morceaux sont autant de petits plaisirs à découvrir, à savourer. Dans le cas de  »2020 », ce serait plutôt un voyage. L’opus s’ouvre sur un formidable titre à l’harmonica qui nous propulse droit dans le Tennessee, dans un bar enfumé probablement clandestin. Ne manque que les micros grésillements pour faire croire à un antique morceau de blues des années 30. Invités à danser par le tempo guilleret de cet amuse-bouche, nous sommes en appétit pour un périple hors du temps. On bat la mesure d’un coup de talon et on tape des mains.

On continue de battre le pavé avec  »Wrong Girl ». Sous forme d’un conte et sur un rythme calqué sur celui de la marche, Amaury chante les déboires d’un gars amené à prendre la tangente après une baston dans un coffee shop pour une aventure avec celle qu’il ne fallait pas. Retrouvailles avec les thèmes chers à la tradition du Delta blues : fuite, route, castagne. Et bien sûr les histoires d’amour fatales que l’on retrouve dans  »Mary Mae ». Une cousine éloignée de la Sally Mae de John Lee Hooker, peut-être ? Sûrement car les histoires d’aujourd’hui s’entremêlent avec celles du vieux Mississippi. On respire les mêmes effluves en dépit des photos jaunies.

Mais certains titres tranchent par le choix des sujets abordés et dévient des mélodies purement Delta même si l’harmonica reste présent. Un petit tournant plus country avec  »Heart of stone » et  »Kinda Girl ». Ce dernier est marqué par la légèreté, la joie émaillée d’accents espiègles permet de nimber les paroles très tendres d’un voile de pudeur. Cet élan de gaieté bondissante, on le retrouve dans  »Pouring rain ». C’est frais, primesautier, familial et pour cause : on entend la voix et les rires d’un enfant qui accompagne Amaury sur cette mélodie très enlevée.

La vraie surprise revient au titre  »Invité à danser ». Seul morceau en français de l’album, il nous projette par son tempo frétillant et enjoué dans un autre temps, celui des bals, des fêtes de village bon enfant où le paternel fait figure d’autorité.

Si la vitalité et la joie de vivre forment l’unité de 2020, on trouve des morceaux plus lents, désabusés tels que  »Even more, Best thing for you ». Sur des paroles très personnelles, le titre  »Sister » fait entendre sa plainte et sa gravité, soutenues par des striures d’harmonica et soulignées par la langueur de la guitare.

L’opus se termine dans le suave avec  »Watch her sleep ». Une fin en délicatesse, troublante de douceur. D’abord, le pincé léger des cordes de la guitare sèche puis l’harmonica qui vient se superposer à l’instar des paroles absentes. En effet, ici la mélodie dit tout. Elle trace une empreinte dans les nuits et ravive les couleurs endormies du romantisme. [Sabrina Richard]

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Note : 5/5

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