Paléo lance son édition 2026 avec une première journée qui ressemble déjà à ce que le festival sait faire de mieux et parfois de moins bien. De grandes affiches, des détours plus étranges, des concerts capables de rassembler très vite, et d’autres qui demandent un peu plus d’attention. Sur le papier, la soirée part dans tous les sens. Sur le terrain, c’est parfois réjouissant, parfois trop sage, parfois vraiment prenant.
Suzane ouvre la Grande Scène avec l’énergie qu’on lui connaît, elle bouge, elle parle, elle embarque, elle ne laisse pas le public attendre que les choses se fassent toutes seules. C’est efficace, peut-être même un peu trop cadré par moments, mais pour lancer une soirée de festival, ça fonctionne. On aimerait parfois que ça dérape davantage, que l’ensemble soit moins propre, mais difficile de lui reprocher de ne pas donner.

Avec Lorde, le ton change. Son concert joue sur une forme de tension intérieure, entre moments suspendus et passages plus froids. Tout ne prend pas forcément avec la même évidence, et une partie du public peut rester à distance. Mais quand ça marche, le temps semble ralentir un peu.

Asaf Avidan ramène une intensité plus organique. Sa voix reste évidemment le centre de tout, cette voix qui peut presque tout porter à elle seule. Le concert n’a pas besoin d’en faire beaucoup pour exister. Tout n’est pas inoubliable, mais certains moments ont cette évidence rare où le public arrête de discuter pour vraiment écouter. Dans une journée de festival comme à Paléo, ce n’est déjà pas rien et ça fait du bien !

Le passage des irlandais de Sprints donne l’une des vraies secousses de la journée. Pas besoin d’un décor immense ni d’une mise en scène compliquée. Le groupe joue comme si c’était son dernier concert, difficile de rester impassible tout au long du set.
Ditter apporte un côté plus electro-punk qui a de quoi réveiller les curieux. Le concert n’emporte peut-être pas tout sur son passage, mais il a le mérite d’essayer autre chose. Dans un festival où beaucoup de propositions finissent parfois par se lisser, ce genre de moment compte. Même quand tout ne frappe pas aussi fort, il reste une impression de mouvement, d’envie, de risque.
Avec Witch Club Satan, Paléo bascule dans quelque chose de beaucoup plus clivant. Le trio norvégien ne vient pas rassurer le public, et tant mieux. C’est sombre, théâtral, parfois dérangeant, on peut vite accrocher ou décrocher complètement, mais au moins le concert ne laisse personne indifférent. Dans une première journée globalement très accessible, cette rupture fait du bien. Ce n’est pas forcément aimable, mais c’est nécessaire.
Puis Twenty One Pilots reprend la Grande Scène avec un show pensé dans les moindres détails. Le duo sait tenir une foule, jouer avec les attentes, déclencher les refrains et occuper l’espace. C’est impressionnant, très efficace, parfois presque trop verrouillé. Pour les fans, le concert a tout du grand moment. Pour les autres, il faut accepter cette mécanique de précision où la spontanéité semble parfois passer après l’impact. Mais quand une foule répond comme ça, il serait un peu idiot de nier la force du truc.

SKÁLD propose une parenthèse à part, plus cérémonielle, plus lente, avec des voix et des percussions qui installent un décor plutôt qu’un simple concert. Pris au premier degré, l’imagerie peut sembler figée. Mais si l’on accepte d’entrer dedans, il y a quelque chose d’assez hypnotique. Pas un moment pour tout le monde, clairement, mais une proposition qui a au moins le mérite de sortir du flux habituel, mais qui a eu du mal à fonctionner avec nous.

Dans les marges de cette première journée, Maustetytöt, Balu Brigada et Soft Loft apportent aussi chacun leur couleur. Maustetytöt avance dans un minimalisme finlandais presque désarmant, avec cette mélancolie sèche qui peut sembler froide au premier abord, mais finit par accrocher. Balu Brigada joue une carte plus légère et immédiate, sans forcément laisser une trace immense, mais avec assez de fraîcheur pour tenir sa place sur Véga. Soft Loft, de son côté, installe quelque chose de plus fragile, plus intime, plus que parfait pour le Club Tent et sincère dans sa manière de laisser respirer les chansons.
Tout n’est pas mémorable, c’est du pur Paléo, on avance, on trie, on se laisse surprendre, on râle un peu, puis un concert remet soudain de l’électricité dans la soirée et on rentre avec le sourire en se disant qu’on a bien fait de se bouger les miches jusqu’à l’Asse !
Texte : Sarah Curto & David Margraf
Photos : Davide Gostoli