Nova Twins – Cavalera Conspiracy – Trivium – Gojira
Jour 2
Pour cette deuxième journée au Heavy Week end, les premières à investir la scène sont les Nova Twins. Formé à Londres en 2014, le duo britannique s’est imposé comme l’une des sensations les plus originales de la scène alternative actuelle. Mélangeant rock, punk, metal, hip-hop et expérimentations électroniques.
Dès l’entrée sur la scène du Zénith, impossible de manquer l’identité visuelle du groupe. L’immense écran géant diffuse un fond bleu éclatant sur lequel virevoltent des papillons autour du logo des Nova Twins. Sur scène, quatre amplis empilés forment un étrange carré graphique, moitié noir, moitié blanc, chacun orné d’un imposant papillon. Simple mais efficace.

Arrivent les deux musiciennes : survitaminées, même complètement survitaminées, pendant quarante minutes elles bondissent dans tous les sens, traversent la scène à toute vitesse et dégagent une énergie pétillante. Leur proposition artistique détonne complètement dans le paysage habituel des groupes féminins que l’on croise sur les festivals metal. Ici, pas de codes classiques, pas de posture figée. Ça groove, ça secoue, ça explose dans tous les sens. Un set court mais particulièrement efficace pour lancer cette deuxième journée.
À l’extérieur, en revanche, le ciel a décidé de participer lui aussi à la fête.

La pluie s’invite dès l’arrivée de Cavalera Conspiracy, projet mené par les frères Max et Igor Cavalera, figures historiques de Sepultura. Avec cette tournée célébrant l’album mythique « Chaos A.D. » sorti en 1993, . autant dire que les Brésiliens ne viennent pas pour faire dans la dentelle.
Le concert débute directement avec le titre « Refuse/Resist »et Max Cavalera réclame un circle pit dès les premières secondes. Rien que ça. L’ambiance dans la fosse change immédiatement de dimension. Autant la veille pouvait parfois sembler bon enfant, autant aujourd’hui ça remue sérieusement. Les premiers slams apparaissent, les circle pits se forment presque naturellement et les barrières commencent déjà à souffrir.

Côté décor, l’ensemble reste volontairement minimaliste. Un corps momifié suspendu tête en bas domine, rappelant la pochette de l’album, tandis que l’écran géant diffuse des visuels psychédéliques aux teintes sombres où le nom Cavalera apparaît régulièrement en lettres monumentales. Pas besoin d’en faire davantage. La violence sonore suffit largement à créer l’ambiance.

Il est 20h quand vient enfin Trivium. Formé à l’aube des années 2000, le groupe est devenu une des références majeures du metal moderne grâce à leur second album « Ascendancy » devenu un incontournable. Pour beaucoup de fans présents ce soir, c’est aussi toute une période de leur adolescence qui ressurgit.
Et c’est exactement l’effet que cela me produit.

Dès les premiers riffs du premier morceau « Pull harder on the string of your martyr » suivi du titre « Strife ». Une impression étrange, comme si l’on remontait vingt ans en arrière. Les confettis explosent dans les airs tandis que le chanteur parcourt la scène sans relâche. Il est dans une forme impressionnante, saute partout et multiplie les interactions avec le public. À un moment, il termine même torse nu, dévoilant son impressionnante collection de tatouages qui recouvre son corps.

Cela faisait longtemps que nous attendions enfin de voir Trivium sur scène. Chaque tournée avait jusque-là trouvé le moyen de nous échapper. La dernière fois que nous avions eu la chance de les voir remonte en 2012, lors d’une affiche qui réunissait également Ghost et In Flames.
Matt Heafy prendra également un moment pour présenter son batteur, expliquant avec humour que le groupe essayait de l’intégrer depuis une dizaine d’années avant que cela ne devienne enfin possible.
Une prestation solide, généreuse, portée par une énergie communicative et un plaisir évident d’être là. Le groupe terminera son set de septante-cinq minutes par le titre « In Waves » comme une puissante vague musicale déferlante sur le public.
Mais ce n’était encore qu’un échauffement.
Car lorsque Gojira entre en scène, le Heavy Week-End change brusquement de catégorie. Fondé en 1996, par les frères Joe et Mario Duplantier, Gojira est aujourd’hui le groupe français de metal le plus reconnu à l’international. Nommé aux Grammy Awards à plusieurs reprises, invité à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, le quatuor a depuis longtemps dépassé le simple statut de groupe culte.
Sur scène, tout est pensé pour l’impact visuel. Une gigantesque estrade en demi-cercle occupe l’espace. Au centre, littéralement au cœur du dispositif, trône Mario Duplantier derrière sa batterie.
L’arrivée du groupe est fracassante. Les jeux de lumière sont absolument phénoménaux. D’immenses faisceaux blancs découpent la salle tandis qu’un orage éclate sur les écrans géants. Des nappes de fumée envahissent progressivement la scène, simulant des nuages menaçants. L’ensemble possède quelque chose de cinématographique, de monumental, presque hollywoodien.
Le son, lui, est colossal, mention à Johann Meyer notre compatriote suisse, mixeur en chef et responsable de ce mur du son !
En particulier celui de la batterie, chaque frappe résonne dans la cage thoracique, les grosses caisses cognent avec une puissance presque physique. On ne les entend pas seulement. On les ressent. Ça tape fort, très fort, et franchement… ça fait un bien fou. Lorsque les chants de baleine résonnent dans le Zénith et qu’une immense baleine apparaît sur les écrans, le public comprend immédiatement ce qui arrive, avec le titre « Flying Whales ».
Explosion générale.

Joe Duplantier prend ensuite la parole pour dédier une chanson aux frères Cavalera, expliquant combien il lui paraît encore incroyable de partager une affiche avec des musiciens dont il écoutait les albums lorsqu’il était adolescent. Le groupe en profite également pour présenter un titre issu de son prochain album.
Dans la foule, deux déssoiffeurs passent au-dessus du public dans un slam improbable, déclenchant les rires autour de nous.
Plus tard, Mario Duplantier s’offre un impressionnant solo de batterie avant d’entamer un véritable dialogue rythmique avec le public. À chaque frappe, la salle répond. Puis il brandit une pancarte sur laquelle est inscrit : « J’entends rien ». Le public hurle. Quelques instants plus tard, nouvelle pancarte : « Bravo ».
Joe Duplantier introduit ensuite « Another World » avec un message simple mais particulièrement fédérateur : même lorsque les problèmes semblent insurmontables, nous possédons toujours une part de pouvoir pour agir et tenter de changer les choses.
Dans un geste particulièrement apprécié, il remercie également les nombreux spectateurs étrangers présents ce soir, alternant remerciements en français, en anglais puis en allemand.Le groupe quitte finalement la scène avant de revenir pour le rappel.
Et quel rappel !

« Mea Culpa » retentit dans le Zénith sous une pluie de confettis rouges interminables, accompagnée de pyrotechnie. La salle entière, ou plutôt l’amphithéâtre semble vibrer à l’unisson avant d’enchaîner avec « The Gift of Guilt », ultime démonstration de puissance avant la conclusion.
Premier concert de Gojira pour moi. Oui, oui. Merci de ne pas juger. Comme dirait l’humoriste Meryem Benoua : « Je ne suis pas venue ici pour souffrir, okay ? » Et pourtant, quelle claque. Une véritable gifle sonore, visuelle et émotionnelle. Un concert d’une maîtrise exceptionnelle, d’une puissance rare, sans quasiment aucun point faible. Une de ces prestations qui vous laissent quelques minutes immobile une fois les lumières rallumées. Et très clairement, ce concert entre directement dans mon Top 5 personnel.
Cette deuxième journée du Heavy Week-End aura surtout été marquée par une montée en puissance permanente. Chaque groupe semblait pousser un peu plus loin le curseur de l’intensité sonore. Entre les expérimentations explosives des Nova Twins, la brutalité thrash de Cavalera Conspiracy, la nostalgie survoltée de Trivium et l’écrasante démonstration de force de Gojira, la programmation offrait un véritable voyage à travers plusieurs décennies d’histoire du metal.
Quatre groupes, quatre époques, quatre visions du metal, réunies sur la même scène du Zénith nancéien.
Reste une éternelle interrogation. Comment expliquer que le Zénith ne soit toujours pas complet, quatorze mille personnes ce soir, neuf mille hier ? Une nouvelle fois, de nombreux sièges demeuraient vides dans les gradins et plusieurs zones paraissaient clairsemées.
Difficile à comprendre lorsqu’on voit défiler sur une même affiche des artistes de cette envergure, certains parmi les plus influents de leur génération respective.
Une chose est sûre, les absents ont eu tort.
Texte : Adeline Pusceddu
Photos : Stéphane Bée
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