On dit qu’au fil du temps et des intempéries de la vie, on apprend à se connaître. C’est du moins ce qui transparaît chez l’auteur-compositeur-interprète Laurence Castera, car sept années ont été nécessaires pour obtenir une suite à Les hauts lieux (2019). Ayant repris, à son rythme, le chemin parfois labyrinthique de la création, il réapparaît avec Les choses qui nous liaient, son troisième album, paru le 21 avril 2026.
Neuf pièces de folk introspectif aux racines rock forment cet album majoritairement capté sur le vif. Cette fois-ci, avec seulement quelques micros éparpillés dans le studio, la démarche intuitive se veut plus dépouillée. L’artiste beauceron se dévoile avec franchise et lucidité, autant lorsqu’il bouillonne dans Volcan ou qu’il tempère dans Rivière. L’expression orale et sonore s’accorde sans encombre pour atteindre des sommets vaporeux, comme dans la pièce instrumentale Négatif 1.

« Dans les cendres et la suie, je m’inonde
Je patiente et me ronge, mes questions font de l’ombre
Et ma saison des pluies qui achève
À des mille à la ronde, toute la colère du monde »
–Volcan
Ainsi, le caractère imprévisible de l’instant présent opère, laissant quelques traces impromptues en cours de route; train qui passe, tambourine, rires spontanés, et autres effets qui se greffent aux arrangements minimalistes. De courts passages répétitifs, voire méditatifs, insufflent une belle interaction entre les guitares classiques saturées, le piano et les percussions. L’esprit décontracté de La saison est finie suggère même une impression d’improvisation. Après tout, il s’agit d’un véritable effort collectif entre Laurence Castera et ses collègues Charles Blondeau, Pierre-Olivier Gagnon et Camille Gélinas.
Notez que l’ancien participant de La Voix 2014 s’éloigne encore plus du côté émotionnel et des refrains accrocheurs qu’on trouvait principalement dans Le bruit des mots (2017). Avec le recul, ces mélodies mélancoliques et pop n’ont jamais suffi pour définir son univers. Preuve d’audace, Les choses qui nous liaient nous plonge dans l’énergie brute des séances d’enregistrement où l’on sent l’artiste s’épanouir entièrement. Sa plume poétique fluctue maintenant en une parole plus directe. Elle aborde des thèmes liés aux cassures relationnelles vécues, entre tensions, échecs de communication et débordements intérieurs. Pour se libérer d’un sentiment de trop-plein ; l’aspect frontal, et inusité, de la pièce Bye étonne, mais il ne détonne guère. À l’inverse, La manière exprime l’illusion de confort dans les relations malsaines, dans laquelle le chanteur termine ses couplets sur un falsetto qui évoque le déni. L’artiste à la voix légèrement éraillée s’exprime tout de même avec douceur et humilité, entre la perte de repères et l’impuissance dans J’sais plus de quoi j’ai peur et le besoin d’affranchissement dans Qui je sais.
« J’suis pas certain des raisons qui me poussent
J’veux bien sourire, mais j’ai un peu la frousse
Dites-moi c’que vous voulez je ferai la course
J’t’un animal docile pris dans la brousse »
–Qui je sais
Avec Salomé Leclerc à la coréalisation, qui prête sa voix aux chœurs dans Vague, l’expertise et la vision de celle-ci imprègnent tout l’album d’une identité sonore qui tire le meilleur parti de l’auteur-compositeur-interprète. Leur affinité naturelle permet à Castera de se démarquer peu à peu comme un équivalent masculin de Leclerc. Enfin, on peut dire que cette démarche approfondie capture une sorte d’esquisse en chansons titrée Les choses qui nous liaient. Dans cette œuvre, Laurence Castera aiguise son cœur d’une évolution créative constante, plus assumée et habitée que jamais. En épurant son style, il se surpasse sans se dérouter. Et on le redécouvre, toujours vrai.
Crédit photo : Aurélie Léveillé
Pour écouter l’album Les choses qui nous liaient :
