The Narrator, formé vers 2018 dans la scène émergente post-hardcore/metalcore, traîne déjà une réputation de groupe ultra-énergique. Bref. Ce soir, ils ouvrent, et ça démarre sec. Un simple drap noir derrière eux, le nom du groupe écrit en blanc, sans aucun effet. Le jeu de lumière est à peine un jeu : tout rouge, puis tout vert, puis… rien. Des aplats monochromes qui frappent la rétine et donnent à la scène cet aspect brut, presque industriel, qui colle diablement bien à leur son. La salle n’est pas encore pleine, loin de là même. Mais paradoxalement ça ajoute une atmosphère un peu underground, un côté “bon ok, ceux qui sont là sont là pour de vrai”.
La scène est minuscule. Ridiculement petite, même, avec les trois batteries déjà installées pour les autres groupes. Le batteur se retrouve coincé dans un petit coin à gauche, presque planqué. Et malgré ça, il fracasse ses fûts avec une détermination. Ça joue vite, fort, parfois un peu de travers, mais l’énergie est là.
Our Promise, né en 2017, a grandi dans ce metalcore moderne à deux voix, mélangeant émotions à fleur de peau et breakdowns qui tordent la cage thoracique. Leur gros moment ? La sortie de leur single « Lights Down » (2020), qui a tout explosé en ligne et leur a ouvert les portes de scènes plus grandes. Leur drap rose clair est presque surprenant. Un rose tout doux derrière un groupe qui tabasse autant, un contraste franchement délicieux.
Ils sont six sur scène : deux chanteurs (qui, si on cligne un peu trop vite, ressemblent à des jumeaux), deux guitaristes, un batteur et… un bassiste placé au milieu de la salle. Oui. Au milieu. Un truc rarissime, qui attire instantanément l’œil. Et lui, il sourit. Tout le temps. On dirait qu’il vit le meilleur jour de sa vie. Et rien que pour ça, on s’attache. Le batteur et le guitariste de gauche portent chacun une casquette noire, comme un duo. Les deux chanteurs se croisent, se recroisent, échangent de côté comme si la scène était insuffisante pour contenir leur énergie. Ça hurle, ça chante, ça respire très fort. Ça vit, quoi. 40 minutes. Juste 40 minutes. Et pourtant, ça donne l’impression d’avoir traversé un tourbillon émotionnel.
Place ensuite à Annisokay, formé en 2007 à Halle, est l’un des poids lourds du metalcore allemand, mélangeant mélodies ultra-mélancoliques et violence millimétrée. Leur moment clé ? Le virage artistique opéré autour de l’EP « Abyss », qui a marqué une esthétique plus sombre, plus futuriste, presque cinématographique. Et dès l’intro ce soir… c’est énorme. Une grosse intro qui résonne comme une alarme dans un bunker. Ça vibre jusque dans les os. Le drap du groupe reprend la fille de la pochette de l’EP, qui flotte au-dessus de la scène comme une présence inquiétante.
Autour, quatre écrans LED verticaux projettent des images glitchées, tandis que des néons verticaux parsèment la scène d’éclairs lumineux. On est dans un décor qui oscille entre Blade Runner et rêve fiévreux. Le chanteur principal est hyper discret, même presque trop. Il se fond dans l’ombre, dans les lumières, laissant la place à la musique et au deuxième chanteur, beaucoup plus expansif.
Sur « Ultraviolet », une lumière violette engloutit le public dans une atmosphère quasi hypnotique. Et là, bam : le second chanteur se jette en slam dans la foule. La salle explose, littéralement, enfin figurativement mais vous voyez. Après « Calamity », le groupe quitte la scène. Puis revient, évidemment pour un rappel survolté.
Et là, deux mecs débarquent de chaque côté de la batterie avec des pistolets futuristes crachants de la fumée blanche et des masques d’Alien. Effet garanti. Un peu kitsch… mais irrésistible. Le son est trop fort. Beaucoup trop. Le genre “tu perds trois ans d’audition si t’as oublié tes bouchons”. Sans protection, c’est juste impossible, tout se mélange, tout devient presque inaudible. Et puis, détail assez étrange : pas souvent des concerts en Allemagne pour la plupart d’entre nous, et honnêtement, ça fait bizarre de ne rien comprendre quand le groupe parle entre les morceaux. On applaudit quand les autres applaudissent. On rit sans comprendre. On flotte un peu dedans.
Texte : Adeline Pusceddu
Photos : Marjorie Delaporte
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