Mercredi 3 juillet 2019

Sortant de dix jours de canicule sur la Suisse, je prends bien volontiers le cap sur le Nord pour retrouver un peu de fraîcheur, bienvenue en ce début d’été torride.

A peine atterri à Copenhague et je suis servi, les 20 degrés perdus lors du voyage et la petite bise soufflant sur le Danemark m’interrogent sur ma garde-robe de festivalier modèle : short, t-shirt et rien de bien chaud à me mettre sur le dos, à part une vieille jaquette Hard-Rock Café élimée aux manches …. Je voulais de la fraîcheur, je suis amplement servi !

Après le parcours du combattant pour trouver mon accréditation, on m’emmène au camping réservé à la presse internationale et je découvre mon palace, une jolie petite tente avec matelas, coussin et sac de couchage… Je me remémore tous ces bons, et moins bons, moments vécus dans les festivals romands et j’entends déjà au loin les « bamboulées » qui vont accompagner toute ma nuit….

Je découvre le site du Roskilde Festival en fin d’après-midi et je suis tout de suite accueilli au « backstage village », impressionnant, déjà un festival à l’intérieur du festival. Je fais le tour et tout m’émerveille, les danois savent accueillir et ils font les choses en grand. Puis je passe le portail sécurisé du backstage village et je m’enfonce dans la folie de ce festival, les yeux écarquillés et les frissons sur les bras. Sept scènes dispersées à chaque coin cernant l’énorme et mythique scène Orange qui a fait le renom du Roskilde Festival depuis 1971 pour devenir le plus gros d’Europe du Nord. Je file vers l’Arena, gigantesque scène couverte par un énorme chapiteau ouvert sur les côtés, à peine arrivé à proximité je ne peux déjà plus bouger, la partie couverte est pleine à craquer et cela déborde partout. Heureusement que deux écrans géants diffusent le concert des Tears For Fears. Etant seul, j’arrive à me frayer un chemin pour m’approcher de la scène, mais ce ne fut pas facile … Je me rends compte que je connais pratiquement tous les morceaux et cela fait du bien de voir l’émotion et le plaisir sur les visages des musiciens. Ça sonne bien, ça danse de partout et l’ovation à la fin du concert laisse les deux fondateurs Roland et Curt, amis depuis quarante ans, pantois et heureux, les yeux remplis de larmes, ils ne voulaient plus quitter ces planches pour apprécier encore un peu plus cette acclamation méritée.

Retour devant la grande scène Orange pour assister à la prestation du prix Nobel de littérature, M. Bob Dylan est la star de la soirée. Le public est présent, il fait beau et Bob Dylan s’assied à son piano pour commencer son set. Je le sens fatigué et il déroule son spectacle sans émotion réelle, un peu usé et blasé…. Assister à un concert de Bob Dylan sans le voir jouer de la guitare ça n’a pas le même goût…même s’il était très bien accompagné. Bref, un peu de déception, je voulais entendre Bob Dylan et j’ai vu Robert Zimmermann.

Un peu triste quand même, je pars à la découverte de la scène Avalon et je tombe, un peu par hasard, sur le concert de Rosalia, et quelle belle surprise. Cette espagnole propose un hip hop qui swingue, un mélange de flamenco électro-pop, accompagné de danseurs, nouveau et surprenant, je suis resté jusqu’à la fin …. c’est vous dire !!!

Power Trip suit Rosalia sur cette belle scène, mais la musique n’est plus la même …. Nous entrons dans un furieux métal qui tape à la porte du trash, des Texans assènent des riffs speed qui te prennent les tripes, la puissance du son, la voix gutturale, font d’eux les prochains rois du trash-métal.

Assez d’anglais pour aujourd’hui, je décide d’aller voir mon dernier set de cette première journée avec la française Christine & The Queen. Elle s’offre la magnifique scène de l’Arena, et, première surprise, le public répond présent et en nombre. Deuxième surprise, elle parle parfaitement l’anglais et ne chante pratiquement pas en français. Troisième surprise, le public connaît toutes ses chansons et l’adore. Une très belle prestation avec ses danseurs et la Queen French a mis Roskilde dans sa poche …. Et moi aussi !

Me voilà arrivé au bout de cette longue journée, retour au camping pour un bon dodo bien mérité, et sans « bamboulée ».

Jeudi 4 juillet 2019

Moi qui voulais de la fraîcheur, je l’ai amplement eu lors de cette première nuit, j’ai même pris froid et la canicule m’a déjà manqué. Rendez-vous à 10h30 au stand « Presse internationale » avec deux organisateurs pour une visite guidée des recoins de ce festival. Ce festival existe depuis 1971, animé uniquement de volontaires bénévoles, et reversant intégralement les bénéfices à des associations caritatives. Ce n’est pas qu’un festival de musique, mais un melting-pot d’expos artistiques, de cuisine bio du monde et des environs, de rencontres politiques et activistes écologiques de tout poil.

Nous visitons l’arrière-scène de l’Avalon avec son responsable qui nous montre et explique comment faire tourner cette usine à sons. L’arrière du décor est tout aussi impressionnant, une fourmilière humaine, artistes, ingénieurs du son, éclairagistes, bénévoles, toute la logistique, des réserves de bières impressionnantes, et tout le matériel monstrueux pour le changement de scène.

Cap maintenant sur le gigantesque camping, une ville éphémère avec ses bars, discos, petites scènes par-ci par-là, un joyeux bordel à l’ambiance très hippie… l’esprit de Woodstock est bien présent.

Retour au sérieux et la présentation par « Meyer Sound » de leur infrastructure pour garantir un son optimal sur les huit scènes. Ce sont des pros, et cela s’entend …. Je n’ai jamais eu de mauvais son et je me suis déplacé sur plein d’endroits différents, bravo à « Meyer Sound », ils m’ont déjà régalé au Montreux Jazz lundi passé pour le concert de SLASH et leur Roskilde Festival 2019 est une réussite…

Cette passionnante visite terminée, je retourne au camping pour assister à la course « tout nu » sous la pluie et dans la boue. Ils sont une petite vingtaine, dont un tiers de filles, à effectuer deux tours du « Dream City », en courant à poil … Wookstock est toujours dans l’air !

Impressionné par l’organisation générale, je me réjouis de me retrouver devant ces scènes pour écouter Testament, les challengers US de Métallica dans les années 80 avec leur trash mélodique, ils reviennent encore meilleur avec l’âge, comme le bon vin. Ça sonne toujours autant lourd et leur show lance cette soirée sous les meilleurs auspices.

Je change de scène et de style mais je reste dans les années 80 avec Neneh Cherry. C’est sûr qu’après Testament le changement est radical, mais il faut s’y faire que c’est aussi ça le Roskilde Festival, un patchwork de musique sur chaque scène. La Suédoise délivre sa pop-électro, très, trop électro pour moi, mixe du free-jazz avec du punk-funk, heureusement que Neneh a du charisme, du charme et sa présence sur scène me fait passer un bon moment, un peu plus que « seven second » quand même ! A sa décharge j’ai aussi un œil sur ma montre pour ne pas rater la légende Robert Plant.

Sous l’Arena surchauffée, le leader de Led Zeppelin commence son show par un cri qui a fait lever tous les poils de l’assistance, Led Zepp est là ? non ce sont « the Sensational Space Shifters » qui l’entourent, deux guitaristes de haut vol accompagnés par une section rythmique qui groovent un max. Robert Plant n’a plus qu’à poser sa voix, et quelle voix, une des plus belles voix du rock-and-roll. Je suis là à planer sur mon nuage et je savoure ce grand moment de bonheur unique et exquis, et je pars dormir les étoiles dans les yeux.

Merci Robert !

 

Vendredi 5 juillet 2017

Ahhhhh, il fait enfin chaud sous la tente pour ce vendredi matin et le soleil est au beau fixe, je vais enfin enfiler mon short et t-shirt et go sur Copenhague pour apprécier cette belle ville, qui, à l’image du Roskilde Festival respire la tranquillité et la zénitude, de jolis espaces verts et un festival Jazz sur les places et dans les parcs. Les Danois aiment la musique et cela se sent.

Retour au Festival pour de grandes discussions avec des collègues de Paris, Berlin et Hambourg, ça parle anglais … surtout, mais aussi allemand et un peu le français, et ces échanges sur nos passions du Rock créent des liens bien sympas autour d’une bonne bière danoise et sous, enfin, un soleil de plomb.

Place à la musique devant la grande scène Orange où sevit la jeunesse de « Vampire Weekend » qui débarquent de New Yord sans complexe avec leur Grammy Award en mains. Ce groupe nous surprend car sa musique Indie-rock est teintée d’afro-pop, par le super jeu du guitariste et le rythme rafraîchissant et varié. Ce combo arrive à emmener la foule avec lui, et on se laisse facilement aller pour mieux apprécier ce style joyeux et festif.

Place à Johnny Marr, le fondateur des Smith, guitariste talentueux, il s’est entouré d’un groupe de rock pour balancer son pop-rock-indie énergique. Sa voix est aussi au rendez-vous et il a mis le feu au chapiteau de l’Arena, l’expérience a parlé pour le plus grand bonheur des festivaliers.

Pour terminer cette troisième soirée, découverte de la plus petite scène Gloria avec les Norvégiens de « Heave Blood & Die », c’est moderne, post-rock/post-funk, ça joue très fort et comme la Gloria est une petite salle fermée, mes tympans m’ont demandé de ne pas exagérer et d’aller se reposer pour être en forme pour, déjà, le dernier jour….

A peine pris mes marques et je vois déjà la fin pointer le bout du nez. Quand le temps passe si vite, c’est aussi un signe de qualité.

 

Samedi 6 juillet 2019

Aïïïe ! C’est la pluie qui me réveille, la vraie, celle qui mouille vraiment, cela me rappelle le Leysin Rock Festival : la pluie, le froid, la boue, …. Mais, heureusement pour mon sommeil, toujours sans les « bamboulées ».

Ce temps maussade m’incite à visiter le musée du rock de Roskilde, un magnifique bâtiment hyper moderne planté au milieu d’une vieille zone industrielle presque abandonnée, surprenant contraste et étrange impression. Oh surprise ! Un petit resto offre un petit-déjeuner-buffet qui réchauffe le corps par ce temps triste et humide. L’expo est bien faite, mais elle parle surtout de l’histoire du rock danois et l’évolution du matériel audio. Je reste surtout croché sur une petite scène où deux belles guitares sont mises à disposition du public, j’avais la guitare qui me démangeait, alors j’ai gratté un petit peu …. beaucoup !

Terminé ce moment culturel, je fonce sur le site pour vivre ma dernière journée qui s’annonce top. Je débute avec une belle découverte « The Catfish and the Bottlemen » ouvre les feux de cette soirée qui s’annonce très British. Ils ont dû faire la tournée des pubs anglais avant de débarquer ici et on sent que le courant passe entre eux et les mélodies rock-grunges qu’ils envoient viennent de la Grande Bretagne profonde, du pur Britpop comme on aime, sans fioriture, direct et brut… Super pour débuter cette dernière ligne droite.

Un petit saut sur la scène Pavillon pour découvrir « Whores » du post hardcore US qui déménage, une prestation physique que j’ai fini par suivre plus loin au coin d’un bar baigné par le soleil qui est revenu. L’agression brutale des décibels est plus agréable au loin avec une bière à la main…

C’est au tour de Noël Gallagher de prendre possession de l’Arena pour nous offrir le meilleur du rock-pop anglais. Un bon moment, une « Oasis » de bonheur communicative et une redécouverte de ce talent trop souvent capricieux et ingérable.

Et voilà la dernière affiche qui se pointe, direction l’immense scène Orange pour accueillir The Cure, la foule est dense et Robert Smith met tout le monde d’accord, le son des Cure est là et bien là, la basse ronronne à souhait et c’est parti pour 1h30 de show avec tout les hits célèbres alignés les uns après les autres. Encore un grand moment pour clore ce Roskilde Festival 2019 qui restera gravé dans ma mémoire.

J’ai pu voir les trois Robert : Zimmermann, Plant et Smith. Trois légendes du rock qui arrivent encore à faire bouger les foules de jeunes malgré leur grand âge. Le mélange des styles, des âges, des cultures et des arts fait de cet événement un véritable Woodstock …. 50 ans plus tard…

J’avais 3 mois et demi en 1969 lors de Woodstock, et je remercie le DAILY ROCK de m’avoir envoyé à Roskilde pour vivre de l’intérieur cet incroyable festival, unique en son genre.

Texte par David Bétrisey

www.roskilde-festival.dk