Tout comme hier soir, mes ovaires vnr m’ont fait rater le début des concerts (la rime, c’est cadeau). Dernier groupe du festival à avoir été sélectionné au tremplin, Gran Torino proposent un stoner léché qui combine, finalement, tous les éléments faisant de Rock Alt’ ce qu’il est ; accessible et pointu, s’écoutant facilement tout en récompensant une écoute active, bref, un début de dernier jour qui a dû, sans nul doute, passer crème.

Black Sea Dahu. Crédits photo: Davide Gostoli.

J’avais moins de scrupules à rater Black Sea Dahu, que j’ai vu tout récemment au showcase lausannois de M4Music. Une des voix les plus captivantes du pays sur fond de folk vaporeuse sombre, parfait pour une fin d’après-midi en montagne. C’est ensuite les Belges de SONS qui ont investi la petite tente pour un set que je ne peux qu’imaginer comme maxi-énergique, leur rock psyché grungey (ou grunge psyché, d’ailleurs) ayant clairement pour vocation de créer un mini-whiplash.

La plus tête d’affiche-esque des remplacements de dernière minute, c’est bien Sophie Hunger. Après la malheureuse annulation de Beirut – dont le chanteur souffre d’une laryngite aigüe et à qui on souhaite un prompt rétablissement – c’était pari risqué que de trouver un.e remplaçant.e en deux semaines. C’était donc l’occasion de booker un.e autre artiste suisse, énième preuve s’il en fallait qu’heureusement, il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour faire une affiche de qualité. Elle explique dans un français bluffant avoir été contactée il y a deux semaines, alors qu’elle était en tournée en Allemagne. Son groupe étant en vacances lors du festival, elle a téléphoné à celui qu’elle appelle le « Prince de la Chaux-de-Fonds », Simon Gerber et lui a dit qu’elle lui faisait pleine confiance pour mettre sur pieds un groupe d’appoint. Elle explique avec un des fun facts les plus ahurissants que j’ai jamais entendu avoir répété avec cette nouvelle formation pour la première fois le soir précédent ; la précision du set (notamment des harmonies ultra-serrées magnifiques) laisse croire à une fin de tournée, tant tout est fluide. Elle présente et remercie d’ailleurs chaque musicien.ne avec une sincérité manifeste, mais on n’attendait pas moins de la femme entrée sur scène en brandissant un verre de vin rouge au-dessus de sa tête. Proche du peuple. C’est son cover de Le Vent Nous Portera (fuck  Bertrand Cantat, par contre,  on ne le dira  jamais assez) qui me tire les larmes, délicatesse hors du temps.

A Place To Bury Strangers. Crédits photo: Alex Pradervand.

A Place To Bury Strangers étaient un des groupes dont je me réjouissais le plus, et force est de constater que j’avais bien raison, l’intensité du concert étant à deux doigts d’arracher le toit de la petite scène. Une guitare est éclatée dès la fin de la première chanson, et le niveau d’énergie rageuse reste fermement au maximum pour la bonne heure que dure le set. Dion Lunadon (basse) joue de son instrument comme d’une arme, Lia Braswell est exceptionnelle (à toustes les batteur.euses qui chantent et jouent simultanément : on vous voit et on vous respecte) et Oliver Ackermann n’est pas loin de nécessiter un exorcisme. Un dernier big up aux ingés son, APTBS n’est pas facile à mixer et le défi a été relevé haut la main.

Les notes que j’ai prises au début d’Algiers sont les suivantes : « que des prestations possédées à ce festival putain ». Un peu synthétique, mais l’essentiel y est : le groupe a la force de ses convictions (anticolonialistes et anti-establishment saupoudrées d’une pincée d’ACAB on-ne-peut-plus justifiée) et l’intensité des sujets évoqués se retrouvent dans tous les aspects de la prestation, des extraits de discours au mélange des genres constant. Distordu et soul tout en étant ponctuellement si synthés-heavy qu’on croirait entendre un hybride M83 x Perturbator, l’identité est complète et la performance maîtrisée et intense. Sublime.

Il semblait tout indiqué qu’un groupe de la région clôture le festival, et Lʉterne l’ont fait avec brio. La définition-même du full package, la prestation est aboutie d’une manière toute 4D, les influences se croisent et se marient parfaitement – il faut noter que je suis partiale à l’utilisation de techniques vocales opératiques, surtout quand c’est bien fait – tout en restant prog et captivant juste comme il faut. On sent la vague d’un ‘oh’ dépité passer sur l’audience une fois les lumières rallumées, mais les Chaux-de-Fonnier.es nous rappellent pourquoi on se réjouit déjà de l’édition 2020. A l’année prochaine pour les quinze ans, vous êtes des vrai.es.


La perle du jour 

Sophie Hunger, son verre de rouge à la main : « J’ai une question, le toit est là toute l’année ou c’est juste pour le festival ? (le public : toute l’année !) ok, mais du coup, l’été, c’est pas une patinoire, si ? Il n’y a pas d’été au Locle, en fait, pardon (rires) »