Pic de canicule s’associe généralement avec orages. Cette troisième soirée de Paléo sera électrique (littéralement).


 

Fraîcheur répétitive 

On avance au ralenti lorsqu’on arrive sur la Plaine de l’Asse. Le ciel se couvre peu à peu et l’atmosphère est lourde lorsque Rolling Blackouts Coastal Fever montent sur la Grande Scène. Les Australiens déversent un ‘surf-rock’ frais et pêchu. On se dandine volontiers d’un pied à l’autre mais on se lasse malheureusement de ces mélodies trop répétitives.

 

The Twilight Sad, petits protégés de The Cure

Au même moment sous le Club Tent, The Twilight Sad entame un voyage la froideur post-punk. Les écossais ont déjà maintes fois écumer de monstrueuses scène en première partie des Cure. Cette fois le public est là pour eux, sans impatience et chaque note est une histoire. Les danses mouvementées de James Graham ne sont pas sans rappeler Ian Curtis à l’époque de Joy Division, sa voix est puissante et ne déraillera jamais; à aucun moment le groupe ne semble vouloir imiter un parent éloigné.  Il possède son propre style et nous emmène avec dans son univers délicieusement coldwave. C’était validé par Robert Smith et on comprend pourquoi. Combinant de multiples influences, le groupe a largement assez d’années d’activité derrière lui pour s’être détaché du style ses références et avoir forgé une identité forte. On en redemande. Ceux qui ont été propulsés par The Cure volent désormais de leurs propres ailes.

 

Rendez Vous

Tandis que les fans de rap se dirigent en masse vers la grande scène pour Lomepal, on continue notre soirée rock avec Rendez Vous (sans trait d’union s’il vous plaît) au Détour. C’est une frappe en plein visage dès le premier morceau, une claque énergétique qui déferle sur le public et emporte tout sur son passage, en accord avec le temps qui fait des sienne jusque sous le chapiteau. Pour ce concert, on reste dans l’univers coldwave / postpunk mais avec une fougue et une agressivité à réveiller les morts. Rendez Vous envoie du lourd et du sombre. C’est bon, on est réveillés pour le reste de la soirée.

 

Odezenne

Odezenne prend le relais sur la scène des Arches. Le trio atypique fait ce qu’il fait de mieux. On aime ou pas mais on sait leur reconnaître un talent d’écriture, et de nombreuses références musicales pointues qu’ils savent intégrer discrètement dans leur son et qui les rend certainement particuliers. Malgré leurs qualités, on a largement préféré rejoindre le Club Tent pour un autre groupe français.

 

Entre grunge et lo-fi

Honneur au rock français encore une fois ce soir. Après Johnny Mafia, il était temps de s’intéresser au collectif d’artistes Flippin’ Freaks de Bordeaux dont fait partie TH da Freak. Mélangez grunge et atmosphère lo-fi et vous obtiendrez la direction dans laquelle point ce jeune bordelais. S’il compose seul, les musiciens présents au Club Tent ne sont pas là pour faire de la figuration pour autant. La présence scénique de chacun est notable. Ces jeunes sont prêts à vous emmener dans leur rébellion sans pour autant tout péter ou prendre la grosse tête. Une énergie très sympa se dégage du groupe sur scène et on aimerait bien que la scène française rock soit plus représentée. C’est un début très prometteur pour TH da Freak, qui va certainement encore monter en popularité ces prochaines années.

La Cure de tous nos maux ?

En cette fin de soirée, la foule entière du Paléo est rassemblée sur le terrain de la grande scène et attend calmement The Cure. À son arrivée sur scène, Robert Smith semble ému. Il salue la foule au plus près, à doite et à gauche de la scène. Le concert commence sur la superbe Plainsong. Une habitude du groupe dont on ne se lasse pas, surtout après la pluie. Le groupe enchaîne avec de nombreux titres de l’album Disintegration, La voix de Robert Smith est impressionnante et n’a pas changé depuis plus de 40 ans. Elle nous porte toujours dans son monde et sait transmettre autant d’émotions que d’énergie.
La foule est transportée des années en arrière, mais reste trop immobile dans son ensemble. Il faut se réunir au plus proche de la scène pour retrouver un groupe d’agités qui ont retrouvé toute leur jeunesse passée le temps d’un concert et sautent et pogottent à la moindre occasion, quitte à se faire rabrouer par les bien-pensants qui les entourrent. La setlist est généreuse et bien conçue. L’expérience parle. Smith semble avec retrouver toute sa motivation, peut-être mu par la conception du prochain album qui devrait, on l’espère, sortir cette fin d’année.

On regrettera un peu l’absence de titres des albums Faith et Pornography mais ils conviendraient probablement moins à une setlist de festival. Le groupe nous a quand-même offert de très bon morceaux tels que The Caterpillar, Push et la superbe From the Edge of the Deep Green Sea. The Cure conclut son concert avec son 24ème morceaux de la soirée Boys Don’t Cry, pour ne décevoir personne. On repart des étoiles dans les yeux, comme à chaque fois et on aimerait que ça arrive plus souvent.

 

On reste toujours en vie

Le groupe LIFE conclut cette soirée au Club Tent pour ceux qui ne veulent pas aller se coucher si rapidement après les Cure. On rate le début mais on arrive alors que leur leader insulte Trump. Ça annonce la couleur. LIFE (en majuscule, comme le magazine américain du XXème siècle) livre un son punk et son leader, Mez, hurle au monde la vie et le chaos. Le groupe a une très forte interaction avec le public et le courant passe. Cette fureur punk pose la dernière pierre de la seule soirée résolument rock de ce Paléo 2019. Une belle soirée qu’on est pas prêt d’oublier.

Texte par Alessia Merulla & Coralie Binder
Photos par Coralie Binder & Davide Gostoli