Il est 19h, c’est le groupe Make Them Suffer formé en 2008 à Perth en Australie, qui ouvre cette soirée. Ce soir, ils sont à des milliers de kilomètres de leur Australie, les voilà propulsés au cœur de l’Europe, dans la majestueuse salle Jahrhunderthalle à Frankfurt. Les lumières s’éteignent doucement et une dominante rouge envahit la scène. Derrière eux, aucun décor, aucune structure imposante. Juste les trois lettres MTS projetées en grand sur les écrans géants. Au clavier se tient une musicienne qui assure aussi certaines parties chantées. Elle n’intervient pas constamment. Par moments, elle vient simplement poser quelques notes ou quelques harmonies très discrètes. Et c’est justement ce qui fonctionne.

Cette présence subtile apporte une élégance inattendue à un metalcore pourtant massif et rugueux. Très vite, un détail attire l’attention. Le guitariste porte une attelle à la cheville droite. On apprendra qu’il s’est cassé la cheville deux jours plus tôt. Pourtant, il ne ralentit absolument pas. Il joue avec la même intensité, se déplace comme il peut, mais reste totalement engagé dans la prestation. À ses côtés, le chanteur porte une casquette et un large t shirt façon maillot de football américain sur lequel on peut lire en grand le mot « suffer ». L’ensemble donne un côté un peu brut, presque improvisé, mais terriblement efficace. Pendant une trentaine de minutes, le groupe enchaîne les titres avec une énergie impressionnante. Les guitares sont tranchantes, les breakdowns tombent lourdement et les lumières battent au rythme de la musique. Il n’y a pas de mise en scène sophistiquée, mais l’intensité est bien là. Une entrée en matière puissante, directe, sans détour.

19h45 c’est le groupe Dayseeker qui continue la soirée. Fondé en 2012 en Californie, le groupe s’est fait connaître grâce à une approche beaucoup plus mélodique et émotionnelle. Le résultat donne une musique plus aérienne, presque mélancolique par moments. La première chanson démarre sans décor particulier. La musique installe immédiatement une atmosphère plus posée. Le style évoque par moments un peu l’univers de Bad Omens, avec une approche légèrement plus progressive et atmosphérique. Puis les écrans géants s’activent et commencent à projeter un visuel.

On distingue la silhouette d’un personnage encapuchonné, vu de dos, face à un immense désert. Devant lui se dresse une lune gigantesque, ou peut-être une planète, aux couleurs d’un coucher de soleil flamboyant. Le nom du groupe apparaît lentement sur l’image. L’ambiance est nettement plus calme que celle du premier groupe. Mais au fil du concert, la tension monte progressivement. À partir du titre « Bloodless », les screams deviennent plus présents et la performance vocale gagne en intensité. La voix oscille entre fragilité mélodique et explosion de puissance. 

Il devient alors assez évident que les deux premières parties ont été choisies avec intelligence. Make Them Suffer représente la facette plus brute et plus violente du metalcore, tandis que Dayseeker en incarne la dimension plus sensible, presque romantique. Deux visages d’une même esthétique qui préparent parfaitement l’arrivée du groupe principal.

Enfin pour clôturer cette soirée en beauté c’est Motionless in White qui rentre en scène.  Le groupe s’est formé en 2005 en Pennsylvanie et s’impose aujourd’hui comme l’un des groupes les plus marquants du metalcore moderne. Leur univers mélange riffs massifs, esthétique gothique et touches électroniques. Au fil des années, des albums comme Creatures, Disguise ou encore Scoring the End of the World ont consolidé leur statut de groupe incontournable, autant pour leur musique que pour leurs performances scéniques très visuelles. Nous avions déjà eu l’occasion de les voir au mois de juin à Nancy, dans la salle de l’Autre Canal.

Une salle beaucoup plus petite, beaucoup plus intime. Autant dire que ce que nous voyons ce soir n’a absolument rien à voir. Le concert de Nancy ressemblait davantage à une sorte de rodage avant la saison des festivals. Ici, à Francfort, le groupe propose un véritable spectacle. Les écrans géants dominent la scène, les effets visuels sont omniprésents et la mise en scène inclut danseuses, costumes et pyrotechnie. Les danseuses de la troupe ‘Cherry Bombs’ emmenées par Mrs Corey Taylor, apparaissent régulièrement sur scène au fil du concert et changent de tenue selon les morceaux, ajoutant une dimension théâtrale au spectacle.

Lorsque les lumières s’éteignent, une musique électronique commence à résonner dans la salle. Les écrans s’allument lentement et, au centre, apparaît une image pour le moins inattendue. Un chat. Une simple photo de chat, mal détourée, qui tourne sur elle-même de manière presque épileptique. L’effet est volontairement absurde et déclenche immédiatement des rires dans le public. Une touche d’autodérision qui casse la tension avant l’explosion du premier morceau. Le groupe démarre alors avec « Meltdown ». L’impact est immédiat. Les classiques s’enchaînent, notamment « Disguise », repris en chœur par la salle entière. On remarque cependant l’absence de leur morceau culte « Soft » avec leur désormais célèbre « You’re mine motherfucker ».

En revanche, le groupe interprète « Werewolf », qui n’avait pas été joué lors du concert de Nancy, ce qui compense largement. Un détail amusant revient régulièrement pendant le concert, Chris Motionless passe son temps à replacer ses cheveux derrière ses oreilles. Un petit tic presque discret, mais qui devient vite évident lorsqu’on commence à le remarquer. L’un des moments les plus intenses du concert arrive sur « Slaughterhouse ». Le chanteur de Make Them Suffer rejoint le groupe sur scène et hurle avec Chris le célèbre « ONE MUTILATION, UNDER GOD ». Toute la salle reprend la phrase à l’unisson. L’effet est saisissant. On ressent presque physiquement la vibration collective, comme un courant électrique qui remonte le long de la colonne vertébrale.

Le groupe interprète également son nouveau titre « Afraid of the Dark », dévoilé fin janvier 2026. Malgré sa sortie récente, le public semble déjà parfaitement le connaître et le reprend avec enthousiasme, comme s’il faisait partie du répertoire du groupe depuis des décennies. Plus tard dans le concert, les lumières se tamisent et prennent une teinte bleutée. Des flocons de neige commencent à tomber sur la scène. Les danseuses déambulent, poétiquement, avec de grands drapés blancs. Dans cette atmosphère presque irréelle, le groupe entame « Another Life ». Le moment est suspendu, presque fragile, et la salle entière chante les paroles. Le concert se termine avec « Eternally Yours ». Chris Motionless et les danseuses lancent des roses dans le public, offrant un final à la fois spectaculaire et étonnamment romantique.  La setlist est particulièrement bien construite. Elle alterne habilement les morceaux les plus agressifs et les titres plus mélodiques, créant un équilibre constant entre puissance et émotion.

Cette soirée aura finalement proposé trois visions différentes mais complémentaires du metalcore. Make Them Suffer ouvre le bal avec brutalité et une énergie impressionnante. Dayseeker installe ensuite une atmosphère plus introspective et mélodique. Puis Motionless In White conclut avec un véritable spectacle scénique, mêlant puissance musicale et mise en scène spectaculaire.

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