MEUHSTACHE – Pour ne pas rester dans l’ombre

Date:

Le trio de witchy stoner genevois porté par la voix et les baguettes de Sarah Sandoz, sort un premier album, qui ose la différence, qui se construit dans le pas décalé et les choix assumés. Une aventure que la chanteuse et le guitaristes Thomas Tripod nous décryptent, entre nuit et rock. 

Un bovin à bacchantes, c’est quoi Meuhstache?

Sarah:  Le nom ce n’est rien de plus qu’une blague, à la symbolique pourtant assez forte. Dans le stoner il n’y a pas beaucoup de gonzesses et encore moins de femmes instrumentistes. J’avais envie de respecter un peu les codes débiles du stoner, ce côté pas prise de tête, tout en ayant des textes qui ont une portée engagée et militante.

A quoi ressemblait ton envie musicale, quand tu as contacté les gens pour lancer le groupe?

Sarah:  A la base je suis chanteuse, et je n’aime pas trop ça, je me fais chier, je ne sais pas trop quoi faire de mes mains. Ça m’a fait me sentir légitime d’avoir un instrument dans les mains. J’ai commencé la basse, j’ai fait de la batterie, et je me suis imaginé rejoindre des groupes. Mais en tant que meuf batteuse je me sentais mal à l’aise de contacter les gens pour rejoindre une formation existante, histoire de doute personnel et de confiance. Et en parallèle j’avais beaucoup, beaucoup de textes, je me suis dit que j’allais avoir l’audace d’être à l’initiative de mon propre projet dans un monde que j’aime, où il y a peu de femmes. Meuhstache c’était donc pouvoir faire la musique que j’aime et dire ce que j’ai à dire, sans que l’on me dise oui ou non.

Thomas, quand tu reçois une proposition comme celle-ci, qu’est-ce qui t’intéresse?

Thomas: Je ne suis pas du tout issu du stoner, étant plutôt de l’école metal. Avant de rejoindre Meuhstache j’avais un autre projet de reprises de génériques d’animés en japonais et c’était l’occasion d’avoir un groupe dont je ne m’occupe pas de l’aspect lead. Ça m’a déchargé d’une partie qui me plaisait moins. C’était l’occasion d’avoir un terrain de jeu propice à explorer.

Sarah:  En plus on est aussi amis parce que tu rejoins les valeurs militantes féministes de Meuhstache, ce qui n’était pas le cas ce notre précédent guitariste.

En regard du concept, des envies, est-ce que ce projet a suivi sa route, ou il a pris des chemins qui pouvaient vous surprendre? 

Sarah:  Non ça a suivi sa route. Je suis passionnée par l’histoire de la sorcellerie, qui est dans tous mes textes. On a pu créer cette image un peu de groupe de witchy stoner, on a coloré notre musique avec des influences orientales, des influences tribales à la batterie, hyper répétitives, hypnotique. On a pu asseoir ce style. On a rejoint Urgence Disk, le label, chez qui on a signé l’été dernier, puis on a enregistré l’album. C’était génial. Les portes s’ouvraient pour Meuhstache, parce que je crois que les textes, l’univers, parle aux gens. Si tu veux on est en train de construire ce petit coven (n.d.l.r.: assemblée ou clan de sorcières), brique par brique, c’est assez cool.

Avec Sarah à la batterie et deux guitaristes, on est dans une configuration relativement originale. Ne pas avoir de bassiste, cela s’est fait par choix ou par obligation?

Sarah:  C’est vraiment un choix. J’ai besoin dans la musique de pouvoir aimer les gens avec qui je travaille, d’avoir confiance. On s’est dit que l’on allait focusser au niveau des êtres humains et créer avec cette forme de contraintes, plutôt que l’inverse et d’aller chercher une formation classique et devoir à subir un bassiste. Ensuite on a trouvé vachement intéressant qu’Adrien (Matter) travaille le son de sa guitare avec un splitter, avec un octaver, donnant cet aspect autoroute dans le grave. Après on n’est pas fermés à modifier le truc si ça nous fait marrer, surtout pas parce qu’on nous dit qu’il faudrait un bassiste. J’aime être dans des trucs atypiques.

Ton rôle de chanteuse Sarah, tu disais qu’il «t’ennuyais», comment mets-tu tes priorités entre le chant et la batterie, comment construis-tu ton univers?

Sarah:  Les deux sont extrêmement liés, c’est la «batterichant», c’est quelque chose d’organique et fluide, comme un seul instrument. On a construit le premier album autour des textes. Le chant, la voix, les paroles, avaient de l’importance, parce que j’avais aussi beaucoup de choses à dire. Et là quand on réfléchit second album, on va plus dans la musicalité, dans l’instrument. Tout d’un coup la batterie prend plus de place. Pour moi ce sont deux éléments qui se servent l’un, l’autre.

Et tout d’un coup, arrive le titre «Saadia» où tu te retrouves seule face au micro.

Sarah:  Là je ne m’emmerde pas parce que cette chanson c’est une revanche pour les femmes qui ont dû se taire. Saadia c’est ma grand-mère, Marocaine, elle est morte à 36 ans. Elle fait partie de ces milliers femmes que l’on a fait taire, pour une raison ou une autre, et quand je chante cette chanson, je le fais pour elle, pour celles qui m’ont précédé, ou celles d’aujourd’hui qui ne peuvent pas prendre leur place. Et quand j’ai chanté sur la scène de PTR «Saadia» c’était hyper impressionnant de me tenir droite devant tout le monde, je ne savais pas quoi faire de mes mains, mais j’incarnais cette puissance et cet impact de pouvoir être libre, de me tenir là, de ne pas mourir à cause de ce que je disais. En fait quand je n’ai pas d’instrument, ce que je chante, j’en suis tellement convaincue, que ça prend toute la place.

Et du côté des guitaristes, comment est-ce que vous vivez ce moment un peu différent?

Thomas: A titre personnel, j’ai vraiment la sensation d’être là pour accompagner un discours. Lui donner peut-être un peu plus de corps et de résonnance. Je le vois vraiment comme un rôle de fond pour apporter du grain au message.

Au cœur de l’album, ce titre crée comme une fissure, un vide s’installe. Est-ce que cela va-t-elle rester unique, ou c’est quelque chose qui va pouvoir se développer sur d’autres thématiques?

Sarah:  Je pense que ça va rester, parce que je suis quelqu’un de très impulsif, et me lève la nuit pour écrire. Si on m’en empêche, je pourrais mourir. C’est très authentique comme démarche, du coup ça vient comme ça vient. Ce ne sera clairement pas une «Saadia 2», mais des OVNIS. Cela pourrait être de bosser avec un artiste qui ferait de l’accordéon version metal, tout d’un coup d’avoir la valse du trash. Ce qui nous caractérise, c’est cette audace de création sans chercher à répondre aux codes, et donc foutre des OVNIS en milieu d’album pour créer un avant-après.

«Nyctophilia», le titre de l’album, c’est l’amour de la nuit Qu’est-ce que la nuit a de fascinant pour vous?

Sarah:  Tout. Notre amitié s’est forgée dans la nuit. A nouveau tu vois on parle de contre-pied, pour moi la nuit c’est là qu’on fait les vilaines choses, qu’il y a la véritable contre-culture. Tout ce que l’on a pu reprocher aux femmes, et aux hommes, qui étaient accusés de sorcellerie, se passait la nuit. Et puis, nous, notre amitié avec Arien, s’est forgée pendant la nuit, dans les concerts, dans les soirées. Et avec Thomas, on regarde la lune ensemble. 

Thomas: Pour moi, c’est le côté où les gens se dévoilent, où il n’y a plus trop de filtres, où les interdits deviennent un peu moins interdits. Il y a ce côté relâchement, contemplatif avec la lune. Ça me provoque beaucoup d’émotions, notamment lié à la mélancolie.

Vous dites de votre musique que c’est du witchy stoner, c’est quoi votre rapport à la sorcellerie, au surnaturel?

Sarah:  Je suis vraiment passionnée de l’histoire de la sorcellerie, de l’implémentation du christianisme en Europe. Je suis fascinée par les courants religieux, et j’ai pendant longtemps animée le podcast « Partages de Soeurcières », donc fait pas mal de recherches sur le thème. Je trouve que la symbolique des archétypes et des symboles, est hyper intéressante à utiliser en musique, parce que c’est assez universel, et j’aurais presque la prétention de dire que n’importe quelle femme, même si elle n’écoute pas du stoner, pourrait être touchée par les paroles des chansons. La porte d’entrée, c’est justement ces symboles de la sorcière et de la femme. J’aime l’image de la sorcière, que les hommes peuvent tout à fait aussi personnifier, qui est révoltée, le côté moche et au fond des bois me va bien aussi, on me fout la paix.

[Yves Peyrollaz]

Liens utiles :

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

A partager ici

Actuellement disponible

N° 151 - Avril 2023

Les plus lus

news

vous pourriez aimer

Last Train – à la conquête du monde !

À l’occasion du Hellfest 2025, nous avons eu la...

Olympic Antigua: “J’ai fait mes premiers Paléo avec ma grand-maman”

Retour dans les années 60 mercredi au Paléo. Olympic...

Jacques Falda et Guitare en Scène : Interview Best-Of

C’est deux mois avant le superbe festival Guitare en...

AVENCHES OPEN AIR – Nouveau petit parmi les grands !

La Suisse est un des pays avec le plus...