Promettant l’ondée planante, Marillion fait le plein au Z7


Le temple rock du Z7 à Pratteln a revêtu ses somptuosités ‘progressives’ et fait salle comble vendredi 28 juillet en accueillant Marillion. Pas moins de 1200 personnes étaient présentes à l’occasion d’un détour helvétique dans le cadre d’une tournée plus conséquente en Allemagne, avant le Zénith de Paris et le Royal Albert Hall cet automne.
L’essentiel de l’album ‘F.E.A.R.’ (Comprenez ‘Fuck everyone and run !’) sorti en automne 2016 y a été joué, ainsi que quelques ‘classiques’ de l’ère Hogarth en deux heures et plus de show bien ressenti, de part et d’autre, par un groupe et un chanteur en forme, ainsi que par le public, enthousiaste de bout en bout à l’écoute des œuvres dernières de Marillion, jouées sur fond d’images vidéo et d’un light-show titanesque.
Ce nouvel album, F.E.A.R., succès parmi les plus importants de Marillion ces vingt-cinq dernières années, est un album conceptuel qui, à l’instar des albums ‘Misplaced Childhood’ et ‘Brave’, démontre peut-être que Marillion n’est jamais aussi attendu que pour ses prouesses progressives. On ne s’étendra pas sur le concept, d’ailleurs peu lisible ou discernable sur scène pour un non anglophone. Une ironie sur notre monde actuel gouverné par ceux qui ont ‘la réussite dans les crocs’ (Bernard Lavilliers). Ça s’entend, Marillion est encore et toujours à la recherche du tube, ou du pérenne. D’une immortalisation plus conséquente.
Case nouvel album donc pour l’entrée en scène. Un ‘F.EA.R.’ dominé par le chanteur, interprète, acteur et musicien, dandy prog hanté, Steve Hogarth. Pete Trewavas (basse), Mark Kelly (claviers), Steve Rothery (guitares), Ian Mosley (batterie) ne sont pas en reste et jouent de leur liberté créative, pour faire planer l’assistance, les inciter à suivre ces mouvements orchestraux parfois frustrants. A un tournant de morceau, on est accroché, et c’est le moment choisi par le groupe pour décrocher.
Un peu perdu au milieu de ces gouttelettes somptueuses de guitares onctueuses, ces cris de baleines, ces miaulements que Rothery affectionne, ces emphases soudaines, arpèges cinglants de Kelly, le tout emballé dans une dramaturgie parfois oppressante, on est rattrapé par le chant bavard et mélancolique de Hogarth, qui sait dénicher de belles mélodies dans des contextes de dépouillement harmoniques.
L’artiste cherche à nous atteindre émotionnellement en permanence. Pesanteur terrestre et mélancolie révèlent une partie du décor sonore du groupe actuellement.
Côté répertoire, forcément non limité à F.E.A.R., on retiendra ‘Beyond You’, ‘Easter’ et ‘Neverland’ en conclusion d’une soirée suivie assidûment par des fans très convaincus.
Alors, triste, ce cloisonnement ? Alors, heureuse, cette position de quasi-leader dans l’univers progressif ? Que choisir, que prendre ? En tout cas, c’est vrai. Malgré une carrière apparaissant comme prodigue et exemplaire, originale avec sa double identité, Marillion risque bien de ne jamais atteindre ce statut tant rêvé de Pink Floyd, ou Radiohead. Trop enfermés dans leurs schémas, au nom d’une sacro-sainte liberté, à l’heure de jouer du Marillion, certes comme personne… ? En progressif, et c’est ce qui a tracé le destin du genre, on ne donne pas les clés au premier quidam venu. [Pierre-Yves Theurillat]

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