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Brant Bjork

C’est dix bougies de soufflées pour le club rock du centre de la capitale vaudoise. Encore jeune, la salle a pourtant réussi à s’inscrire de manière définitif dans le paysage lausannois, parvenant à trouver une voix médiane entre les blockbusters bookés aux Docks et les p’tites scènes des bars.


Cette dixième année synthétisait de manière étonnamment pertinente l’identité que la salle s’est construite au fil des années. Dans son dynamisme tout d’abord : lancement d’un nouveau site web, puis d’un shop en ligne, collaboration avec des énormes events de la vie lausannoise comme Label Suisse (où chaque année le Romandie se distingue comme ‘the place to be’ parmi les festivités prévues), ou encore la célébration de leur anniversaire en bonne et due forme avec Caves et Tweens.

Le concert de Kruger était par exemple lui aussi chargé d’éloquence. Car en marquant la fin de carrière du groupe, n’était-ce pas inévitable de choisir le Romandie pour faire ce live historique, puisque la salle comme le groupe partagent une longévité similaire, le dernier flirt en date étant le vernissage de leur EP ‘333’ il n’y a pas si longtemps ? Une manière pour Kruger de dire au Romandie : ‘Vous étiez là au début, vous êtes là à la fin.’ Chacun à sa manière est une figure ‘rock’ de l’histoire de Lausanne, chacun ayant accompagné la ville et une génération de rockers sur dix ans de leur existence.

Et si Kruger représente la part sombre du Romandie, lequel n’a jamais boudé les musiques extrêmes, en témoignent en janvier Ondskapt et Inquisition, ou la prestation mémorable de Raketkanon en avril dernier, le Romandie ne cesse de rappeler qu’il doit sa fidélité au rock au sens large, de déclinaisons parfois plus pop (Saint Motel), plus stoner (Fu Manchu et Bloodnstuff) ou plus versatile (BRNS, d’abord prévu pour l’automne, annulé et heureusement repoussé en 2015). Une ouverture d’esprit dont le premier gagnant est évidemment le public lausannois, qui ne saurait où voir sur scène des artistes réputés mais pas assez fédérateurs pour finir aux Docks.

Mais là où excelle le Romandie, c’est dans l’art de repérer des artistes en voie d’exploser, à tel point qu’on soupçonne les programmateurs des festivals et salles suisses de les surveiller ; il arrive ainsi qu’on observe des similitudes suspectes, à peine espacées dans le temps, entre l’agenda du Romandie et celui de telle salle. L’exemple le plus édifiant de cette année doit être Kate Tempest et son hip-hop affranchi, qui enchaînera ensuite avec la salle de Fri-son – à la capacité de 1’500 places – pour finir bookée au Paléo. De là à conclure que si elle n’était pas passée au Romandie rien de tout cela ne se serait réalisé, il n’y a qu’un pas, que le Daily Rock n’hésiterait guère à franchir.

En remontant un peu plus loin, on se souvient du nez avisé qu’eurent les programmateurs en bookant Temples avant que ceux-ci ne sortent leur album ‘Sun Structures’ qui marqua les sorties de 2014. Cette année fut également l’occasion de booker les dépressifs français de Fauve (pas égal), un sold-out des semaines avant l’event qui diffusa une telle odeur de billets verts que les Docks ne purent s’empêcher d’annoncer une date similaire moins d’un an plus tard.

Le Romandie, c’est dix ans d’une passion de la musique authentique, miraculeusement préservée de la corruption qu’entraînent parfois les tristes contraintes financières auxquelles tous devons nous soumettre. C’est des découvertes à n’en plus finir, qui ont permis à la salle, pourtant si jeune, de tailler sa place au panthéon des clubs mythiques dont on surveille le programme depuis son ordi pour rattraper les albums qu’on a loupés (merci pour le Xiu Xiu d’ailleurs). Avec le départ des deux programmateurs, on a toujours l’appréhension de voir une belle époque se terminer à jamais, reste le concert de la légende du stoner américain Brant Bjork, à qui on doit la carrière de Fu Manchu ou Kyuss, qui clôtura avec panache une saison, une décennie. Le concert sera d’autant plus remarquable car il inaugure les ‘Rocket Sessions’ : en s’associant avec l’EJMA, votre billet vous donnera droit à un concert acoustique et intimiste dans les lieux estudiantins, avant d’avoir le groupe tout entier quelques pas plus loin, au Romandie. Ça sonne pas joli tout ça? Mais le stoner helvétique ne sera pas en reste, car les excellents The Dead Shamans viendront chauffer la salle et vous réveiller de votre transe acoustique.

www.leromandie.ch