Mike Patton est un musicien hors-pair que l’on ne présente plus. Le chanteur de Faith No More est un curieux qui ne s’impose aucune limite et qui est entièrement dédié à la musique. Il est incapable de dire non à des projets intéressants et on le retrouve donc dans divers projets parallèles tels que Mr. Bungle et Tomahawk pour ne citer que les plus connus. Alors, malgré un agenda surbooké, quand son pote Dave Lombardo lui glisse au fil d’une conversation qu’il a monté un petit groupe de hardcore et qu’ils ont besoin d’un nouveau chanteur, il n’hésite pas une seconde. Cela s’appelle « Dead Cross ». Ils ont enregistré un album de 28 minutes et comme ils voulaient tourner, ils ont encore sorti un EP avec deux nouveaux titres pour avoir un peu plus de matériel justifiant une tête d’affiche.

Les seuls noms des membres du groupes suffisent à attirer les curieux qui ont là une occasion unique de voir Mike Patton et Dave Lombardo, batteur historique de Slayer, ensemble sur scène. A Paris, pour le Download Festival peu avant, ce soir les musiciens de Dead Cross reviennent à des dimensions humaines dans la salle des Docks de Lausanne, qui elle vit sa semaine la plus puissante de l’année avec Neurosis, la veille et Body Count puis Stone Sour dans la foulée.

J’arrive malheureusement trop tard pour voir le groupe d’ouverture, Zeus, mais on m’en dit le plus grand bien. La salle est à moitié pleine et un rapide coup d’œil sur les t-shirts confirme que ce sont avant tout les disciples de Patton qui ont fait le déplacement et certains depuis loin à voir les plaques des voitures à proximité de la salle.

Patton et ses acolytes débarquent sur scène pour un set bien agressif. Un coup d’œil à la setlist confirme qu’ils jouent les dix titres de l’album et les 2 nouveaux, soit l’intégralité de leur répertoire. Bien que familier du répertoire de Bauhaus, pas évident de reconnaître ‘Bela Lugosi’s Dead’ pendant le concert. Vocalement, Patton est égal à lui-même, utilise deux micros, dont un qu’il met régulièrement dans la bouche, et joue en permanence avec son tableau d’effets. Derrière ses fûts, Dave Lombardo frappe fort et assure un tempo qui ne saurait descendre de la soirée. Seul regret, on le voit très peu à cause de la fumée et de son impressionnant drumkit. Oui, il y avait deux autres musiciens sur scène, mais difficile de leur accorder vraiment de l’attention quand on a deux phénomènes pareil sous les yeux

Entre les morceaux, on a évidemment droit à quelques séances sympas de discussion entre le groupe et le public, dont une partie en italien car Mike Patton ne parle pas le français. En fin de set, quelques jeunes femmes sont galamment invitées à venir danser sur scène pendant un morceau.

A peine quarante minutes que déjà Mike Patton dit « Ciao, Bisous » avant de lever le camp. Comme tout a été joué, on rêve secrètement d’entendre quelques titres du répertoire de chacun. On est vite exaucés quand Dave Lombardo martyrise ses fûts avec l’intro de ‘Raining Blood’. Patton saute dans le public pourtant clairsemé. Je le perds de vue et m’attend à ce qu’il ait chuté sur le sol. Cela me rappelle d’ailleurs qu’au Gurten, sur le Second Coming Tour, il avait aussi sauté dans le public et était revenu sur scène très fâché envers celui-ci qui avait laissé tomber un « old man ». Là, il réapparaît heureusement le sourire aux lèvres et chante au milieu des fans quelques instants avant de remonter sur scène. A peine la moitié du morceau que le groupe s’arrête et retourne définitivement en coulisse. Étrange fin de concert, mais comme on s’attend à tout avec  Mike Patton, il est finalement difficile d’être surpris. Sans compter que le show ayant été intense, on a quand même l’impression d’en avoir eu pour notre argent.

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