On entre à la Guinguette et c’est un film qui semble se mettre en route.

Celui qui a pour décor un bar américain du Texas où on écluse ses bières en bavassant avec des inconnus. Ambiance rétro, familiale. Les habitués se saluent de loin, interpellent la serveuse par son prénom. Des emblèmes à l’effigie de groupes de rock un peu partout, des points de lumière multicolores qui ondulent sur le sol et les murs.

Et voilà que l’espace prend une coloration plus précise lorsqu’Amaury, silhouette filiforme se détachant du rideau fuchsias à lampions, débute son premier morceau. Guitare sèche et harmonica : place au blues acoustique pur sucre. D’entrée, c’est l’univers du Mississippi qui nous prend à bras le corps.

La voix d’Amaury percute. Une voix au timbre chaud, au phrasé bien particulier, qui ressuscite les plus grands : Muddy Waters, Robert Johnson, B.B King…une voix qui raconte les peines, le labeur, les ruptures trop brusques et les cœurs brisés, recousus mille fois. Mais ce qui laisse sans voix, c’est sa manière survoltée de jouer de l’harmonica qu’il manie à la perfection pour mieux enfiévrer l’auditoire.

Et pour cause.

C’est dès l’âge de huit ans qu’il apprend l’harmonica et totalise à ce jour vingt ans de carrière, rythmée par un nombre impressionnant de scènes à travers une dizaine de pays.

―Hé, taisez-vous ! Pour une fois qu’on a quelqu’un qui a du talent !

Ça, c’est le cri du cœur d’un consommateur à l’adresse d’une tablée un peu trop dissipée et on ne peut que lui donner raison. Ébauche d’un sourire d’Amaury avant qu’il n’enchaîne avec un morceau de Clapton.

La soirée se poursuit avec des reprises originales telles que Thrill is gone, Sweet home Alabama, ou encore I shot a man a Reno qui déclenche un regain d’énergie et on savoure aussi, ça et là, des compositions issues de son dernier opus, qu’Amaury, très à l’aise dans ses interactions avec le public, présente en quelques mots. L’artiste aux multiples talents montre qu’il est tout aussi à l’aise dans les tempos endiablés que dans les morceaux plus suaves où sa voix se fait caressante, troublante. Plus de rappel à l’ordre. Désormais, on tape des pieds, des mains, on scande des paroles, on navigue entre plusieurs époques et on vit de cette fièvre que seuls les artistes passionnés sont capables de communiquer.

Le prochain album, à paraître en décembre teinté de blues/ folk, promet une nouvelle envolée vers le doux pays des endorphines et de la transe. Le vernissage se déroulera au caveau du cœur d’or à Chexbres le 13 décembre 2020 à 17h. Plus d’infos sur www.amauryfaivre.com,

Alors, surtout, restez aux aguets !

[Sabrina Richard]